<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://test.infokiosques.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>test.infokiosques.net</title>
	<link>https://test.infokiosques.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://test.infokiosques.net/spip.php?id_rubrique=18&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>test.infokiosques.net</title>
		<url>https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L144xH144/favicon-3-256-37457.png?1781293287</url>
		<link>https://test.infokiosques.net/</link>
		<height>144</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Larmes blanches</title>
		<link>https://test.infokiosques.net/spip.php?article2269</link>
		<guid isPermaLink="true">https://test.infokiosques.net/spip.php?article2269</guid>
		<dc:date>2026-01-17T19:39:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anonyme</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Antiracisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est &#224; propos de la fa&#231;on dont les [personnes racis&#233;es] essaie de pointer un probl&#232;me qui les affecte n&#233;gativement, pour se retrouver invariablement devant un mur de fragilit&#233; blanche tellement immuable, si vide d'empathie, ou du moindre remords, que la premi&#232;re fois que &#231;a t'arrive, tu pars du principe que c'est le fruit de ton imagination, que c'est toi le probl&#232;me, que tu aurais du approcher les choses diff&#233;remment et fera diff&#233;remment &#224; partir de maintenant. Et c'est ce que tu fais. Tu ajustes tes r&#233;actions, tu essaies de la jouer tranquille, tu fais gaffe &#224; ton intonation. Mais &#231;a continue d'arriver &#8212; en col&#232;re, triste, en criant, en suppliant, &#231;a n'a pas l'air d'avoir d'importance &#8212; jusqu'&#224; ce que, en tant que [personnes racis&#233;es] tu r&#233;alises avec choc que peu importe les faits dans la situation, le probl&#232;me n'est m&#234;me pas vraiment &#224; propos de toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; propos de comment la soci&#233;t&#233; blanche te regarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; propos de comment la soci&#233;t&#233; blanche te traite.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Antiracisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/larmesblanche-300-680f0.png?1779006330' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/larmesblanche-150.png?1770920999&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contexte :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le zine que vous allez lire est inspir&#233; de plusieurs auteurices et emprunte largement au travail de Ruby Hamad, notamment son livre &lt;i&gt;White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color&lt;/i&gt; (larmes blanches/cicatrices racis&#233;es : comment le f&#233;minisme blanc trahit les femmes racis&#233;es). L'auteure y parle des relations entre les femmes racis&#233;es (black &amp; brown&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'adjectif &#171; brown &#187; inclut toutes les personnes racis&#233;es qui ne sont pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et les femmes blanches dont le choix a &#233;t&#233; fait de les traduire tel quel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception de la derni&#232;re page ou &#171; femmes noires &#187; et remplac&#233; par &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. N&#233;anmoins, les m&#233;canismes d&#233;crits peuvent se retrouver dans d'autres circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui permet aux femmes (cis) de tirer profit de leurs larmes (litt&#233;rales comme figur&#233;) tient dans le fait d'appartenir elles-m&#234;mes &#224; un groupe domin&#233; et de ne pas se percevoir comme capable d'exercer une oppression. Il y a &#233;videmment la question de la sociabilisation genr&#233;e, mais surtout de pouvoir, &#224; une &#233;chelle individuelle, faire appel au registre de la fragilit&#233;, de l'innocence et de l'&#233;motion, pour obtenir de l'empathie. Appartenir &#224; d'autres communaut&#233;s marginalis&#233;es, queer ou handi par exemple, n'immunise pas contre cette dynamique, bien au contraire. Ce n'est pas parce qu'on ne poss&#232;de pas tous les privil&#232;ges inh&#233;rents au fait d'&#234;tre une femme cis blanche, qu'on ne peut pas parfois utiliser les m&#234;mes strat&#233;gies. De m&#234;me lorsque l'on parle ici des femmes racis&#233;es et des st&#233;r&#233;otypes qu'elles subissent, on peut &#233;tendre l'impact aux personnes se situant sur le spectre de la f&#233;minit&#233;, ou lues comme tel par l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les personnes qui ont contribu&#233; &#224; ce zine sont ou ont &#233;t&#233; affect&#233;es &#224; un moment de leur existence par les m&#233;canismes d&#233;crits ci-dessous, notamment dans des contextes f&#233;ministes queer/TPBG, antiautoritaire, militant ou non. En dehors des apports th&#233;oriques, ce zine se base aussi sur leurs exp&#233;riences. Il est largement nourri par des discussions, interpersonnelles comme publiques qui ont renforc&#233; l'id&#233;e que des ressources francophones manquaient sur le sujet. &#192; noter que ces &#233;crits (parce qu'ils existent bien) ne b&#233;n&#233;ficient pas de la m&#234;me possibilit&#233; de diffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si pas mal d'extraits sont issus de l'anglais, les analyses et t&#233;moignages sur le sujet sugg&#232;rent que le ph&#233;nom&#232;ne dont on parle ici est propre &#224; tout l'occident (Am&#233;rique, Europe, Australie) avec des variations selon le rapport au racisme de chaque r&#233;gion. On vit dans un pays qui pr&#233;tend que le racisme n'existe pas, qui pr&#233;f&#232;re souvent renvoyer les oppressions syst&#233;miques &#224; des questions de classes sociales ou de pr&#233;carit&#233; pour ne pas avoir &#224; affronter son pass&#233;. Une des cons&#233;quences, c'est que la compr&#233;hension du racisme en france manque g&#233;n&#233;ralement de nuance et il est parfois pr&#233;cieux de pouvoir s'appuyer sur des analyses d'autres pays pour comprendre les m&#233;canismes qui se jouent ici. Il est alors facile d'ignorer ces r&#233;flexions en partant du principe qu'elle ne s'applique pas dans un pays &#171; &lt;i&gt; qui ne voit pas les couleurs &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt; Elle [Assa Traor&#233;] et d'autres activistes, particuli&#232;rement celleux parmi les minorit&#233;s raciales, ont &#233;t&#233; accus&#233;&#183;e&#183;s de se baser sur des conceptions am&#233;ricaines du racisme quand iels fournissaient leurs propres analyses du racisme en france, bas&#233; sur leurs exp&#233;riences de personnes, n&#233;&#183;e&#183;s et &#233;lev&#233;&#183;e&#183;s en france. Ce qu'on observe ici c'est comment les activistes sont manipul&#233;&#183;e&#183;s lorsqu'iels font des liens &#233;vidents entre violence polici&#232;re et racisme syst&#233;mique. Il est plus facile de r&#233;duire de telles accusations &#224; l'influence am&#233;ricaine, que de prendre en compte l'exp&#233;rience et les critiques des minorit&#233;s ethnoraciales fran&#231;aises. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Racial Gaslighting in a Non-Racial France,&lt;/i&gt; Jean Beaman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les milieux f&#233;ministes, on comprend tr&#232;s bien que la culture du viol, ce n'est pas uniquement les agressions physiques qui sont probl&#233;matiques, mais aussi le harc&#232;lement de rue, le contr&#244;le vestimentaire, les &#171; &lt;i&gt; blagues &lt;/i&gt; &#187; sexistes&#8230; Tout &#231;a participe d'une m&#234;me logique qui normalise les violences. Le racisme et la supr&#233;matie blanche sont aussi un continuum, il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; les bruits de singe et les violences polici&#232;res, et de l'autre &#171; &lt;i&gt; juste une remarque maladroite &lt;/i&gt; &#187;. L'ignorance, le refus de comprendre l'impact du racisme ordinaire est aussi une strat&#233;gie de maintien de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;C'est quoi les larmes blanches ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le terme &#171; &lt;i&gt; larmes blanches &lt;/i&gt; &#187; sert &#224; d&#233;crire les r&#233;actions &#233;motionnelles de personnes blanches lorsqu'elles se sentent menac&#233;es ou attaqu&#233;es dans une conversation autour de leurs privil&#232;ges et du racisme. C'est un outil qui permet de mettre en lumi&#232;re la fa&#231;on dont l'&#233;motion de celles-ci conduit au silence des personnes racis&#233;es. Toutes les personnes racis&#233;es en ont &#224; un moment fait les frais, &#224; partir du moment o&#249; elles naviguent dans des environnements majoritairement blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que le m&#233;canisme est plus insidieux que d'autres formes de racisme d&#233;monstratives, il est rarement reconnu et son impact est souvent minimis&#233;, parfois m&#234;me par les personnes qui le subissent. L'image la plus caricaturale des larmes blanches que l'on conna&#238;t est celle d'une femme blanche qui accuse &#224; tort un homme noir d'&#234;tre dangereux, avec les cons&#233;quences parfois tragiques que cela peut avoir. En r&#233;alit&#233;, on retrouve ce m&#233;canisme partout, y compris dans des cercles progressistes, ou &#234;tre per&#231;u comme raciste est connot&#233; n&#233;gativement. Contrairement &#224; d'autres formes de racisme plus visibles, les m&#233;canismes des larmes blanches sont plus discrets, ce qui ne signifie pas que leur impact est moindre, mais cela les rend plus difficiles &#224; combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des principales critiques de ce concept est qu'il reposerait sur des ressorts sexistes en invalidant des &#233;motions et diviserait la lutte f&#233;ministe. Le refus de percevoir les rapports de pouvoir au sein d'un m&#234;me mouvement est ce qui le divise, et qui explique notamment la n&#233;cessit&#233; d'autres f&#233;minismes plus intersectionnels. Quant &#224; l'invalidation des &#233;motions, on comprend tr&#232;s vite que la question n'est pas d'avoir des &#233;motions ou de les rendre visibles, mais de comment celle-ci sont instrumentalis&#233;es pour &#233;viter toute prise de responsabilit&#233;s dans une situation d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt; Le trauma assaille les femmes racis&#233;es de toute part. Il y a la douleur initiale de subir le racisme genr&#233; et les discriminations, auquel s'ajoute la d&#233;tresse de ne pas &#234;tre crue ou soutenue, et de voir ses mots et son courage subtilement cr&#233;dit&#233; &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et puis il y a un type de traumatisme inflig&#233; aux femmes racis&#233;es que beaucoup d'entre nous trouvent le plus difficile &#224; rendre visible, celui que peu de gens sont pr&#234;ts &#224; admettre parce qu'il est tellement normalis&#233; que la plupart des gens refusent de le voir. Pour le dire moins po&#233;tiquement, c'est un traumatisme caus&#233; par les tactiques qu'emploient les femmes blanches pour s'attirer la sympathie et &#233;viter leur responsabilit&#233; en inversant les r&#244;les pour accuser leur accusateur&#183;ice. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;How white women use strategic tears to silence women of color, the Guardian&lt;/i&gt; Ruby Hamad, 7-05-2018&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; quoi &#231;a ressemble ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut trouver des exemples d'usage des larmes blanches dans des contextes publics, mais la plupart du temps, il se joue dans des rapports interpersonnels, avec des coll&#232;gues, des camarades ou des proches. Une personne d&#233;nonce une situation de racisme, et se retrouve &#224; devoir s'excuser ou prendre soin de la d&#233;tresse caus&#233;e chez son interlocuteur&#183;ice :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;i&gt; J'ai mis en valeur ce que j'ai commenc&#233; &#224; comprendre comme un sch&#233;ma tellement pr&#233;visible qu'il fonctionnait comme un plan &#233;tape par &#233;tape, qui pr&#233;d&#233;terminait la fa&#231;on dont les conflits interpersonnels entre femmes racis&#233;es et femmes blanches se jouaient. J'ai &#233;crit, que les femmes racis&#233;es sont profond&#233;ment impact&#233;es, souvent sans le r&#233;aliser, par la violence d'une vie dans une soci&#233;t&#233; qui ne reconnait pas, ou ne r&#233;compense pas leur valeur. Largement pas crues quand elles essaient de faire la lumi&#232;re sur leur exp&#233;rience du racisme genr&#233;, le manque de soutien qu'elles re&#231;oivent s'ajoute au trauma initial, les laissant s'interroger sur leur r&#233;alit&#233; comme sur elles-m&#234;mes. Le plus destructeur est quand cela arrive dans des interactions avec des femmes blanches, g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;es comme des amies, ou au moins amicales, dessinant la notion de ce que Luvvie Ajayi a appel&#233; l'instrumentalisation des larmes de femmes blanches. J'ai soulign&#233; comment, quand une femme blanche est mise &#224; d&#233;faut par une femme racis&#233;e, elle va souvent s'appuyer sur son privil&#232;ge racial pour inverser les r&#244;les et accuser son interlocutrice de lui faire du mal, de l'attaquer ou de la harceler. Ce processus conduit quasi syst&#233;matiquement &#224; attirer la sympathie et le soutien vers la femme blanche en d&#233;tresse, lui permettant d'&#233;viter toute reconnaissance n&#233;cessaire et laissant la 05femme racis&#233;e livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me, la plupart du temps sans r&#233;elles options &#8212; en particulier si l'interaction a lieu dans un cadre professionnel &#8212; si ce n'est d'accepter le bl&#226;me et de s'excuser. &lt;/i&gt; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 1 : When racism and sexism collide, &lt;/i&gt;Ruby Hamad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fragilit&#233; blanche d&#233;signe, entre autres, l'inconfort qu'ont les personnes blanches &#224; aborder le sujet du racisme et &#224; &#234;tre rappel&#233; &#224; leur position de personnes blanches, d'oppresseur&#183;euses. Quand une situation de racisme est d&#233;nonc&#233;e, peu importe sa gravit&#233;, les r&#233;actions sont assez pr&#233;visibles. Les personnes se sentent culpabilis&#233;es, jug&#233;es, voire attaqu&#233;es. Sur la d&#233;fensive, les r&#233;ponses apport&#233;es ont toutes pour but de soulager l'inconfort, sans n&#233;cessairement prendre de responsabilit&#233;s. Une liste non exhaustive du type de r&#233;ponse que l'on peut entendre : &#171; &lt;i&gt; Il y a eu un malentendu &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; la fa&#231;on dont tu t'adresses &#224; moi n'est pas correcte &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; c'&#233;tait pas mon intention &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; je fais X actions/fait partie de Y groupe en faveur des personnes racis&#233;es &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; j'ai rien dit de grave &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; tu t'inventes des probl&#232;mes &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; tu cherches le conflit &lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e, souvent inconsciente, est de renverser les positions pour faire sentir &#224; la personne racis&#233;e qu'elle est la source du probl&#232;me. Dans le cas des larmes blanches, on retrouve les m&#234;mes m&#233;canismes en jouant davantage sur d'autres registres : &#171; &lt;i&gt; &#231;a me blesse &#233;norm&#233;ment &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; je me sens pas en s&#233;curit&#233; &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; je traverse des trucs difficiles &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; tu ne te rends pas compte de ce que &#231;a me fait d'entendre &#231;a &lt;/i&gt; &#187; &#8230; En appuyant sur la corde sensible, les larmes blanches permettent &#224; son usager&#183;e de fuir une situation qui l'affecte trop tout en gagnant l'empathie de ses pairs. Cette empathie sert &#224; prot&#233;ger l'auteur&#183;e, tout en assurant la coh&#233;sion du groupe (blanc) face &#224; une minorit&#233; trop vocale.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='id9eb4_c0'&gt;Supr&#233;matie blanche&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id9eb4_c0'&gt;Croyance que les personnes blanches sont sup&#233;rieures aux autres membres de cette plan&#232;te, le plus souvent au d&#233;triment de celleux-ci.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les m&#233;canismes des larmes blanches.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Le registre &#233;motionnel &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; ce n'&#233;tait plus &#224; propos de ce qu'elle avait dit ou de pourquoi &#231;a avait &#233;nerv&#233; autant de personnes racis&#233;es : c'&#233;tait &#224; propos de ses sentiments. De son innocence. De sa position de victime. De sa f&#233;minit&#233; blanche strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;sent&#233; comme de l'impuissance et de la sentimentalit&#233;, mais c'est un abus de pouvoir. [&#8230;] Dans le m&#234;me temps, les arch&#233;types r&#233;ducteurs qui gouvernent la repr&#233;sentation de femmes racis&#233;es entrent en jeu. Col&#233;rique. Effrayante. Froide. Agressive. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 5 : When tears become weapons. &lt;/i&gt;Ruby Hamad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les larmes (et plus g&#233;n&#233;ralement l'expression de d&#233;tresse) permettent de mettre au centre de la conversation les &#233;motions et l'inconfort de la personne prise &#224; d&#233;faut. C'est une mani&#232;re de valoriser sa d&#233;tresse en invalidant celle de la personne en face. Les ressentis prennent le pas sur les faits. Se sentir menac&#233;&#183;e, revient &#224; &#234;tre menac&#233;&#183;e. Il est donc normal de chercher &#224; fuir, se d&#233;fendre ou contre-attaquer. La violence n'est plus dans cellui qui exerce ses privil&#232;ges ou sa domination, mais chez cellui qui la d&#233;nonce. C'est alors la responsabilit&#233; de la personne non-blanche de d&#233;sescalader la situation, de prendre soin des &#233;motions des autres, de faire preuve de patience et de compr&#233;hension. Le pr&#233;judice moral, associ&#233; au fait d'&#234;tre accus&#233;&#183;e de racisme, devient plus important que les comportements d&#233;nonc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Il est crucial de comprendre ce dont on parle quand on parle de larmes blanches. Le type de d&#233;tresse que nous analysons peut &#234;tre sinc&#232;re, mais il n'est ni l&#233;gitime ni innocent. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 1 : When racism and sexism collide, &lt;/i&gt;Ruby Hamad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'instrumentalisation de st&#233;r&#233;otypes raciaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les st&#233;r&#233;otypes raciaux associ&#233;s aux femmes racis&#233;es diff&#232;rent d'une ethnie &#224; une autre. Ils ont tous une histoire longue et complexe qui trouve ses racines dans le colonialisme et l'esclavage. Impossible ici de creuser en d&#233;tail chaque st&#233;r&#233;otype et son origine, mais il est important de retenir que ceux-ci agissent encore dans l'inconscient collectif et affecte n&#233;gativement l'existence de celleux qui les subisse. Agressivit&#233;, col&#232;re, fain&#233;antise, irrationalit&#233;, manipulation, ces st&#233;r&#233;otypes ne sont pas n&#233;s de nulle part, et ont chaque fois servi le m&#234;me but : d&#233;shumaniser des &#234;tres pour chercher &#224; d&#233;montrer la sup&#233;riorit&#233; de la race blanche. M&#234;me des qualit&#233;s en apparence enviables comme la force et la r&#233;silience des femmes noires entretiennent l'id&#233;e qu'on peut tout leur faire subir, sans trop de culpabilit&#233;. Continuer &#224; instrumentaliser ces st&#233;r&#233;otypes, consciemment ou non, revient non seulement &#224; perp&#233;tuer cette tradition, mais &#224; justifier la violence que les soci&#233;t&#233;s occidentales infligent aux personnes racis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le cas d'un conflit ou d'une agression raciste, ces st&#233;r&#233;otypes peuvent se transformer en armes pour nier la parole de l'autre et l&#233;gitimer sa r&#233;action : &#171; &lt;i&gt; si je me sens agress&#233;&#183;e dans cet &#233;change, c'est parce que tu es agressif&#183;ve &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; Si je d&#233;cide de fuir l'interaction, c'est parce que tu me fais peur &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; Si j'ai l'impression que tu es mena&#231;ant&#183;e, alors il est normal que je le sois en retour &lt;/i&gt; &#187;. Pas besoin que ces sensations se basent sur des faits pour &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parler de la forme pour &#233;viter d'aborder le fond est une diversion classique dans des interactions conflictuelles, particuli&#232;rement quand il existe des rapports de domination. Cela donne l'illusion que dans les bonnes dispositions, avec le comportement ad&#233;quat, nos remarques pourraient &#234;tre entendues et comprises. Que l'empathie est quelque chose qui se m&#233;rite en adoptant un &#171; &lt;i&gt; comportement civilis&#233; &lt;/i&gt; &#187; que l&#230; dominant&#183;e. est seul capable de d&#233;finir. Le pi&#232;ge, c'est qu'il n'existe pas de &#171; &lt;i&gt; bonne mani&#232;re &lt;/i&gt; &#187; de d&#233;noncer le racisme, en particulier dans des situations interpersonnelles. &#171; &lt;i&gt; Que nous soyons en col&#232;re ou calmes, que nous criions ou que nous supplions, nous sommes toujours per&#231;us comme l'agresseur&#183;euses. &lt;/i&gt; &#187; &#192; partir du moment o&#249; nous d&#233;cidons d'enfreindre la r&#232;gle principale &#8212; rester &#224; notre place &#8212; nous avons d&#233;j&#224; perdu et en payons les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; C'est un pi&#232;ge, qui restreint la capacit&#233; d'une femme racis&#233;e &#224; &#234;tre &#233;motive ou frustr&#233;e par quelque chose qu'elle subit. Si elle l'est, elle donne raison &#224; toustes ses d&#233;tracteur&#183;ices. Sa col&#232;re est naturellement invalid&#233;e, peu importe ce qu'elle dit ou ce qui l'agace, puisque &#8220;col&#232;re&#8221; est son &#233;tat irrationnel de base. Les st&#233;r&#233;otypes de la femme racis&#233;e (particuli&#232;rement noire, asiatique et arabe) en col&#232;re sont d&#233;shumanisants, des proph&#233;ties autor&#233;alisatrices qui gardent les femmes racis&#233;es dans un registre r&#233;duit de l'exp&#233;rience humaine. Si une femme racis&#233;e en vient &#224; perdre son sang-froid, ce sera joyeusement retenu comme une &#8220;preuve&#8221; de son &#8220;mauvais&#8221; caract&#232;re, permettant de m&#233;priser sa personne comme son argumentaire. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chap 3 : Angry Sapphires, Bad Arabs, Dragon ladies.&lt;/i&gt; Ruby Hamad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La d&#233;politisation &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Beaucoup de gens s'accordent &#224; dire qu'il existe un racisme d'&#233;tat, que les personnes racialis&#233;es vivent des discriminations &#224; l'embauche, dans l'acc&#232;s au soin ou au logement. Mais lorsque les comportements discriminants sortent du cadre institutionnel et se passent entre individus, ils perdent soudain toute port&#233;e politique. Il est en effet plus confortable de juger un d&#233;saccord entre deux personnes en mettant de c&#244;t&#233; les rapports de pouvoirs entre celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; La f&#233;minit&#233; blanche strat&#233;gique rend personnel ce qui est politique. Elle reformule des critiques l&#233;gitimes en disputes pu&#233;riles. Elle retire la charge des structures et des syst&#232;mes qui entravent les femmes racis&#233;es pour les r&#233;duire aux comportements, r&#233;els ou per&#231;us de celles-ci. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 5 : When tears become weapons. &lt;/i&gt;Ruby Hamad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s tout, est-ce qu'on peut vraiment parler de racisme ? Est-ce que c'est vraiment le sujet ici ? Est que le racisme ne prend pas trop de place ? Ce qui est pratique, c'est que c'est la majorit&#233; qui tranchera. La majorit&#233; blanche qui d&#233;cide de ce qui tient du racisme acceptable ou non. L'argument selon lequel &#171; &lt;i&gt; on serait toustes un peu raciste &lt;/i&gt; &#187; est souvent une mani&#232;re de justifier une certaine tol&#233;rance, comme si le racisme &#233;tait une fatalit&#233;, quelque chose de normal que les concern&#233;&#183;e&#183;s doivent accepter de subir et non un probl&#232;me &#224; combattre. Parler de d&#233;saccord dans une situation qui implique du racisme est un moyen pour les personnes blanches de pouvoir se situer &#224; l'ext&#233;rieur, de ne pas se sentir concern&#233;es. S'il s'agit d'une dispute, toutes les opinions sont valables, chacun est libre d'avoir sa propre version, car apr&#232;s tout, &#231;a ne concerne que les partis impliqu&#233;s. On peut difficilement &#234;tre juge et partie, mais &#231;a n'emp&#234;chera pas les personnes blanches d'ignorer leur biais raciaux et de croire sinc&#232;rement &#224; l'objectivit&#233; de leur analyse. Les comportements racistes ne sont jamais individuels, ils sont le r&#233;sultat du monde dans lequel nous &#233;voluons, et qui les rend possibles. Dans le cas d&#233;crit ici, individualiser le probl&#232;me revient &#224; faire peser l'int&#233;gralit&#233; de la charge sur les personnes racis&#233;es qui doivent donc d&#233;cider entre se d&#233;fendre face &#224; un&#183;e individu prot&#233;g&#233;&#183;e par son groupe ou partir. Les larmes blanches, en mettant la personne blanche au centre, sa perception, son ressenti, r&#233;&#233;crivent l'histoire en sa faveur. En m&#234;me temps, elles effacent toute forme d'individualit&#233; pour r&#233;duire la personne racis&#233;e &#224; une caricature. La violence s'ajoute &#224; la violence, puisque les cons&#233;quences de cette d&#233;shumanisation ne s'arr&#234;tent pas &#224; deux individus dans un espace social donn&#233;, mais influe ensuite dans toutes les interactions qui existent dans ce m&#234;me endroit.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='idf62f_c0'&gt; Solidarit&#233; blanche :&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='idf62f_c0'&gt;On parle de solidarit&#233; blanche pour d&#233;crire l'accord tacite qu'il existe entre les personnes blanches pour prot&#233;ger leurs int&#233;r&#234;ts. Un accord qui passe notamment par le fait de ne pas nommer ses privil&#232;ges ou de ne pas interpeller ses pairs lorsqu'iels ont des comportements racistes parce que ceux-ci b&#233;n&#233;ficient au groupe dans son ensemble. &#202;tre &#233;duqu&#233;e en tant que personne blanche implique d'avoir appris cette forme de solidarit&#233; et d'en b&#233;n&#233;ficier, qu'on le veuille ou non. Remettre frontalement celle-ci en cause dans un espace social donn&#233;, peut exposer &#224; la perte d'avantages dans celui-ci, mais n'est pas une option si on cherche &#224; avoir une approche antiraciste. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; En version plus simple : la solidarit&#233; blanche, c'est toutes les mani&#232;res qu'ont les gens d'entretenir la supr&#233;matie blanche.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'inversion des r&#244;les &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; &#224; chaque fois que j'ai essay&#233; d'approcher une amie ou coll&#232;gue pour lui parler de quelque chose qu'elle a fait ou dit et qui a eu un impact n&#233;gatif sur moi, je me suis retrouv&#233;e &#224; m'excuser aupr&#232;s d'elle, m&#234;me si j'&#233;tais certaine que j'&#233;tais celle qui avait &#233;t&#233; l&#233;s&#233;e. Ma confiance ab&#238;m&#233;e, doutant de mes propres souvenirs et interpr&#233;tations des &#233;v&#233;nements, je me retrouvais &#224; patauger, entre la col&#232;re et la sensation de ne pas &#234;tre entendue, terrifi&#233;e &#224; l'id&#233;e de perdre une amie ou un job si je ne l&#226;chais pas l'affaire. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 1 : When racism and sexism collide, &lt;/i&gt;Ruby Hamad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Visibiliser une oppression ressemble souvent &#224; traverser un terrain min&#233;. Il faut &#234;tre assez s&#251;r&#183;e de soi, dans une soci&#233;t&#233; qui vous explique que vos exp&#233;riences n'existent pas. Il faut aussi trouver l'&#233;nergie, le temps, et l'espace d'avoir une conversation qui la plupart du temps est d&#233;sagr&#233;able, en prenant en compte les potentiels risques. Puis il y a tous les st&#233;r&#233;otypes &#224; d&#233;jouer pour avoir une chance d'&#234;tre entendu&#183;e. Pour les personnes racis&#233;es, la question est toujours la m&#234;me : est-ce qu'il est plus difficile de parler ou de se taire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Malgr&#233; cela, le spectre de la victimisation est toujours pr&#233;sent : est-ce que ce n'est pas un peu abus&#233; ? Une mani&#232;re de se victimiser ? Un moyen de se venger ? D'attaquer un&#183;e individu ou un groupe minoris&#233; ? D'obtenir des faveurs et de l'attention ? Il ne s'agit pas de nier qu'il peut exister des situations sp&#233;cifiques o&#249; le racisme peut &#234;tre instrumentalis&#233;, mais d'observer comment cette accusation est quasi syst&#233;matique dans ces conversations et avec quelles cons&#233;quences. Il n'est ainsi pas rare que des personnes &#224; la base cibles d'une (micro) agression, se retrouve &#224; devoir justifier, d&#233;fendre, voire s'excuser de leurs torts suppos&#233;s pour &#233;viter des repr&#233;sailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'invisibilisation &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Mettre en valeur mon privil&#232;ge racial invalide les formes d'oppressions que je subis (ex. : classisme, sexisme, h&#233;t&#233;rosexisme, &#226;gisme, validisme, transphobie). On va donc avoir besoin de s'attarder sur la fa&#231;on dont ton comportement est oppressif pour moi. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;White fragility : why it is so hard for white people to talk about racism ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 10 : White fragility and the rule of engagement. &lt;/i&gt;Robin Diangelo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous ne vivons pas encore dans un monde o&#249; la supr&#233;matie blanche est abolie, et o&#249; les personnes racis&#233;es tirent un quelconque b&#233;n&#233;fice de leur ethnicit&#233;. Dans les faits, elles sont plus susceptibles d'&#234;tre exclues d'environnements qui leur sont d&#233;j&#224; hostiles par d&#233;faut, se privant de ressources, de soutien ou m&#234;me de liens. Ce qui, quand on parle de personnes appartenant &#224; plusieurs communaut&#233;s, revient souvent &#224; les pousser &#224; l'isolement. C'est la raison pour laquelle il est g&#233;n&#233;ralement plus sage pour les concern&#233;&#183;e&#183;s de se taire et de faire profil bas, permettant de largement sous-estimer les probl&#233;matiques de racisme dans les espaces &#224; la marge.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Quoi qu'il en soit, des noir&#183;e&#183;s entreprennent des transitions de sexe et peuvent &#234;tre amen&#233;&#183;e&#183;s, lorsqu'il et elles vivent en occident, &#224; mobiliser, faute de mieux, des ressources d&#233;velopp&#233;es pas des milieux trans ou queer blancs. Les tentatives d'exister en dehors de ses milieux constitu&#233;s par le racisme (et pas seulement &#8220;travers&#233;&#8221; par lui) se multiplient, non sans difficult&#233; au regard de la pr&#233;carit&#233; &#233;conomique des noir&#183;e&#183;s, malgr&#233; la volont&#233; manifeste par endroits d'entamer un processus d'autonomisation &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Afro Trans Perspectives. Entretiens. Po&#233;sie. Fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. Quand changer de sexe &#233;claire sur la condition noire occidentale &#8212;&lt;/i&gt; Joao Gabriel, Collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;duire la question du racisme ordinaire &#224; un simple conflit, en particulier dans des espaces par ailleurs politis&#233;s revient &#224; faire dispara&#238;tre les rapports de forces pour privil&#233;gier l'illusion de la &#171; &lt;i&gt; communaut&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Une communaut&#233; qui peut ainsi se d&#233;fausser d'une remise en cause globale tout en affirmant th&#233;oriquement faire le contraire. Cette culture du silence, entretenue par tous les m&#233;canismes cit&#233;s pr&#233;c&#233;demment et tant d'autres, perp&#233;tue un statu quo o&#249; les personnes racis&#233;es sont seulement tol&#233;r&#233;es dans les espaces blancs. Les larmes blanches ne prot&#232;gent pas uniquement un&#183;e individu, mais tout le groupe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &#192; quoi servent les larmes et la fragilit&#233; blanche ? &lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Maintenir la solidarit&#233; blanche, en faisant appel &#224; l'empathie de son groupe&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Emp&#234;cher toute forme de remise en question, en priorisant les &#233;motions et ressentis de la personne blanche&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Minimiser la r&#233;alit&#233; du racisme et son impact&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Silencier les personnes racis&#233;es, en les obligeant &#224; des standards contradictoires et impossibles &#224; tenir.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Transformer les personnes blanches en victimes, en enfermant les personnes racis&#233;es dans des st&#233;r&#233;otypes raciaux associ&#233;s &#224; la violence.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; D&#233;tourner la conversation, en mettant au centre la personne blanche.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Prot&#233;ger une vision du monde limit&#233;e, o&#249; il est impossible qu'une exp&#233;rience puisse &#234;tre r&#233;elle si elle n'est pas observ&#233;e ou exp&#233;riment&#233;e par une personne blanche.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Supprimer la question du racisme comme syst&#232;me en individualisant le probl&#232;me.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Maintenir le statu quo, pr&#233;server son confort. Bref, perp&#233;tuer la supr&#233;matie blanche.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit un acte calcul&#233; ou compl&#232;tement inconscient ne change rien &#224; l'impact que cela a sur la personne qui en est la cible. Parce que les larmes blanches sont souvent utilis&#233;es par des personnes qui ont moins de pouvoir dans notre soci&#233;t&#233;, leur impact est souvent peu consid&#233;r&#233;, y compris par les personnes qui le subissent. Il est difficile de mesurer l'impact de quelque chose qui n'existe pas, de poser des mots sur un sch&#233;ma dont on pressent bien qu'il se r&#233;p&#232;te un peu trop souvent. Pourtant, lors de conversation en non-mixit&#233;, nul besoin de th&#233;orie pour savoir de quoi on parle. Parce qu'&#224; des degr&#233;s divers, nous l'avons toustes v&#233;cu, et observ&#233; nos proches racis&#233;s le vivre. Mais essayer de partager cette exp&#233;rience &#224; ses proches blanc&#183;he&#183;s revient souvent &#224; faire face &#224; un mur d'incompr&#233;hension, voir de r&#233;action d&#233;fensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Quel impact ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans son livre &lt;i&gt;La Charge Raciale&lt;/i&gt;, Douce Dibondo, explique toutes les fa&#231;ons dont le v&#233;cu des personnes racis&#233;es, en particuli&#232;rement noires est r&#233;gi par des contraintes invisibles pour les autres. Elle d&#233;crit le lent apprentissage, souvent inconscient, des personnes racis&#233;es vivant en occident, dans des espaces o&#249; elles sont le plus souvent minoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En tant que personnes minoris&#233;es, nous nous retrouvons dans la position de chercher des solutions individuelles &#224; des probl&#232;mes syst&#233;miques. Mais m&#234;me ces recours-l&#224; peuvent &#234;tre limit&#233;s. Par exemple, l'acc&#232;s &#224; des outils th&#233;rapeutiques est compliqu&#233; pour toutes les personnes pr&#233;caires, et p&#233;nalisent donc plus largement les personnes non-Blanche. Le fait de trouver un&#183;e th&#233;rapeute ne garantit pas de trouver une personne capable de prendre en compte les oppressions syst&#233;miques.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Souvent incompris&#183;e&#183;s, il est commun pour les patient&#183;e&#183;s noir&#183;e&#183;s de faire de la p&#233;dagogie, voire de d&#233;ployer un argumentaire si leur v&#233;cu et leur ressenti sont questionn&#233;s, portant alors la charge explicative qui revient normalement &#224; un&#183;e professionnnel&#183;le de la sant&#233; cens&#233;e comprendre toutes les subjectivit&#233;s. [&#8230;] Il est imp&#233;ratif de saisir combien nous sommes assign&#233;&#183;e&#183;s &#224; porter un poids existentiel, une charge raciale qui s'impose dans quasiment toutes les sph&#232;res de la vie et dans tous les espaces g&#233;ographiques &#224; majorit&#233; blanche ou racis&#233;e. Le manque flagrant de connaissance quant &#224; la condition noire entra&#238;ne parfois de mauvais diagnostics ou un traitement inad&#233;quat. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; La charge raciale : vertige d'un silence &#233;crasant ; Qui a peur du psychopolitique ?&lt;/i&gt; Douce Dibondo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apprendre &#224; naviguer la fragilit&#233; blanche, et toutes les formes de manipulations qui l'accompagnent, fais partie de la charge raciale. L'impact &#224; long terme du racisme sous toutes ses formes est difficile &#224; quantifier sur une vie. Il ne fait cependant aucun doute que le m&#233;pris et la n&#233;gation de son humanit&#233; ab&#238;ment corps et psych&#233;s. Le racisme tue, de fa&#231;on brutale, ou &#224; petit feu en s'en prenant jour apr&#232;s jour &#224; notre int&#233;grit&#233; physique et mentale. Les larmes blanches ne font pas exception. En tenant plus du domaine des relations interpersonnelles, elles viennent questionner les liens individuels, et alimentent une m&#233;fiance qui s'&#233;tend &#224; chaque nouveau coup. Difficile d'inviter r&#233;guli&#232;rement dans son quotidien, de fa&#231;on choisie ou non, des personnes qui nient continuellement nos exp&#233;riences. La plupart du temps sans aucune conscience des d&#233;g&#226;ts caus&#233;s. Le foss&#233; qui en r&#233;sulte semble souvent invisible pour celleux qui n'en subissent pas les cons&#233;quences. Si m&#234;me les personnes blanches en lesquelles nous pla&#231;ons notre confiance sont capables de nier leurs positions de domination tout en minimisant nos v&#233;cus &#224; qui peut-on faire confiance ? O&#249; commence l'instinct de pr&#233;servation et o&#249; s'arr&#234;te l'hypervigilance ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Elle marche sur des &#339;ufs, consciente de sa peau noire fonc&#233;e quand elle interagit avec des personnes blanches &#8212; ce qui, puisqu'elle habite en Australie depuis deux d&#233;cennies, signifie tous les jours. Elle applique une &#171; attention extr&#234;me autour de la blanchit&#233; &#187; et trouve plus simple d'&#233;viter de cr&#233;er des relations d'amiti&#233; avec les femmes blanches dans leur ensemble : &#171; Le maximum que je fais est de dire &#8220;salut&#8221; et sourire. C'est tout. Mes ami&#183;e&#183;s m'auraient d&#233;crite comme tr&#232;s amicale, toujours &#224; sourire et &#224; tenter de trouver le bon chez les personnes blanches, mais &#231;a a chang&#233; maintenant. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 3 : Angry Sapphires, Bad Arabs, Dragon ladies.&lt;/i&gt; Ruby Hamad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;vitement n'est pas toujours possible ni souhaitable, mais il n'en est pas moins une strat&#233;gie compr&#233;hensible. Elle induit n&#233;anmoins un co&#251;t social, qui se manifeste par la perte de ressources, d'opportunit&#233;s, d'entraides et peut conduire &#224; l'isolement. Lorsque l'on parle de fragilit&#233; ou de larmes blanches, on ne parle pas de m&#233;canismes qui arrivent uniquement apr&#232;s une micro-agression ou une remarque oppressive. On parle parfois de harc&#232;lement, d'humiliation r&#233;p&#233;t&#233;e, d'un climat rendu volontairement hostile envers les personnes racis&#233;es, d'une justification aux discriminations ou aux agressions verbales, physiques et sexuelles dans l'indiff&#233;rence des personnes blanches qui en sont t&#233;moins.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Et maintenant ?&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &#171; Si tu remets en cause notre [confort racial]&#8230; nous ne pouvons pas le supporter, notre capacit&#233; &#224; le g&#233;rer est d'&#224; peu pr&#232;s z&#233;ro. Et je vais me l&#226;cher et faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu arr&#234;tes de me remettre en question. Et si c'est pleurer, je pleurerai. Je ne suis peut-&#234;tre pas en train d'y penser consciem15ment, mais c'est comme &#231;a que &#231;a marche &#187; en d'autres mots, les larmes peuvent &#234;tre sinc&#232;res, mais &#231;a ne les rend pas innocentes ou inoffensives : l'oppos&#233; en r&#233;alit&#233;. &#171; D&#232;s que je me mets &#224; pleurer, toutes les ressources reviendront vers moi, et toi (la personne racis&#233;e) sera l&#230; m&#233;chant&#183;e. C'est pour &#231;a que je pense que c'est une forme de harc&#232;lement &#187; Diangelo a continu&#233;. &#171; Je parie que tu endures bien plus de racisme de la part de personnes blanches chaque jour que ce que tu t'ennuies &#224; nous raconter. Et pourquoi tu te fatiguerais ? Parce que tu serais probablement puni davantage. Donc c'est juste une belle forme du contr&#244;le racial blanc. Tu restes &#224; ta place, et je reste &#224; la mienne, et apr&#232;s je peux dire que tu es mon amie, ma coll&#232;gue &#8212; tu vois comme je ne suis pas raciste ? Mais (uniquement) tant que tu ne viens pas remettre en question mon identit&#233; ou ma position. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;/i&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 5 : When tears become weapons.&lt;/i&gt; Ruby Hamad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#201;crire et analyser des enjeux de racisme est toujours complexe, parce que la r&#233;alit&#233; qui est d&#233;crite est inaudible pour une part non n&#233;gligeable des personnes qui auront acc&#232;s &#224; ces textes. De nombreux auteur&#183;es, Ruby Hamad compris, tentent de quadriller le terrain pour &#233;viter que leurs mots ne soient interpr&#233;t&#233;s de fa&#231;on parfois totalement contraire &#224; leur sens, en sachant pertinemment que c'est peine perdue. Au-del&#224; des habituelles critiques sur le fait de trop se concentrer sur l'identit&#233; ou de se victimiser, il existe toujours la crainte de voir ses propres mots retourn&#233;s contre soi, pour toutes les raisons &#233;voqu&#233;es jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les personnes non-blanches qui &#233;crivent sur le racisme sont aussi souvent somm&#233;es de trouver elles-m&#234;mes les solutions aux probl&#232;mes qu'elles subissent. Comme s'il suffisait d'apprendre les bons termes et d'avoir la bonne posture dans une situation donn&#233;e pour se sortir de d&#233;cennies d'&#233;ducation &#224; la supr&#233;matie blanche. Faire une liste de recommandations &#224; adopter semble st&#233;rile, tant on sait comment celles-ci peuvent verser dans le performatif et produire l'effet inverse de celui recherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Cesser nos sch&#233;mas racistes doit &#234;tre plus important que travailler &#224; convaincre les autres que nous n'en avons pas. Nous en avons, 16et les personnes racis&#233;es savent d&#233;j&#224; que nous en avons ; nos efforts pour prouver le contraire ne sont pas convaincants. Une prise en compte honn&#234;te de ces sch&#233;mas n'est pas une mince affaire au vu du pouvoir de la fragilit&#233; blanche et de la solidarit&#233; blanche, mais c'est n&#233;cessaire. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;White fragility : why it is so hard for white people to talk about racism&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 10 : White fragility and the rule of engagement.&lt;/i&gt; Robin Diangelo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Rester paralys&#233;&#183;e par la culpabilit&#233; ou le sentiment d'impuissance est aussi une mani&#232;re de fuir ses responsabilit&#233;s. Les larmes blanches et ses m&#233;canismes fonctionnent gr&#226;ce &#224; la solidarit&#233; blanche. Si les personnes blanches ne sont pas directement celles qui mettent leur d&#233;tresse au centre, elles sont celles qui orientent leur empathie dans la m&#234;me direction, hi&#233;rarchisent les souffrances, adoptent des conduites punitives, pacificatrices ou des dynamiques de groupe excluantes. Le sentiment de culpabilit&#233; et de responsabilit&#233; sont deux choses tr&#232;s diff&#233;rentes, quand l'un entra&#238;ne l'&#233;vitement, l'autre pousse &#224; agir.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='id06b1_c0'&gt;PACIFICATION :&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id06b1_c0'&gt;La pacification est un terme colonial qui sert &#224; d&#233;crire les actions militaires visant &#224; r&#233;duire toutes formes de r&#233;bellion par la force. Dans le langage courant, on parle de pacification quand un groupe dominant cherche &#224; amenuiser un conflit selon des modalit&#233;s qui lui b&#233;n&#233;ficie par d&#233;faut, que ce soit la m&#233;diation, l'usage d'un r&#232;glement, le recours judiciaire... Cela sert &#224; donner l'illusion d'une volont&#233; de dialogue, de paix, dans un contexte in&#233;galitaire et injuste qui peut &#234;tre source de violences pour la ou les personnes opprim&#233;es.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Tourner le dos &#224; la col&#232;re des femmes Noires, avec l'excuse ou le pr&#233;texte d'&#234;tre intimid&#233;e, ne donne aucune force &#224; quiconque &#8212; c'est uniquement une autre fa&#231;on de pr&#233;server les &#339;ill&#232;res raciales, le pouvoir des privil&#232;ges &#233;tablis, intouchables, intacts. La culpabilit&#233; n'est qu'une autre fa&#231;on de nous traiter en objet. On demande toujours aux peuples opprim&#233;s de tendre un peu plus la joue, de construire un pont entre aveuglement et humanit&#233;. On attend des femmes Noires qu'elles mettent leur col&#232;re au service exclusif du salut des autres, ou de leur information. Mais cette&#233;poque est r&#233;volue. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; De l'usage de la col&#232;re : la r&#233;ponse des femmes au racisme,&lt;/i&gt; Audre Lorde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le ph&#233;nom&#232;ne d&#233;crit depuis le d&#233;but existe dans des environnements o&#249; la blanchit&#233; est une norme qui n'est pas sinc&#232;rement remise en question, ou consid&#233;r&#233;e comme un probl&#232;me. L&#230; raciste est toujours un autre th&#233;orique dans lequel personne ne se reconnait. &#199;a ne peut pas &#234;tre soi, ou ses proches, parce que cela obligerait &#224; regarder en face sa blanchit&#233;, ses privil&#232;ges, et le prix de ses l&#226;chet&#233;s quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes racis&#233;es peuvent expliquer, visibiliser autant qu'elles veulent leur probl&#233;matique, s'il n'y a personne pour les entendre, cela ne sert &#224; rien. Et pourtant nous avons toujours la responsabilit&#233; d'&#233;duquer nos pairs blanc&#183;hes, de comprendre et d'avoir de l'empathie pour leur ignorance, quant bien m&#234;me elle est souvent choisie, entretenue et nous fait du mal.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Nos dires ne sont pas &#233;cout&#233;s dans la blanchit&#233;, c'est la mani&#232;re dont on dit qui est scrut&#233;e. Est-ce qu'ils ne sont pas trop radicaux, s&#233;paratistes, trop vindicatif&#183;ve&#183;s. Qui est le corps qui parle ces dires ? Ce corps n'est-il pas susceptible d'attentat au chaos public ? Voil&#224; le mur cognitif de la blanchit&#233; et de son silence. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; La charge raciale : vertige d'un silence &#233;crasant. Le silence, c'est l'antidote ? Et les subalternes se turent.&lt;/i&gt; Douce Dibondo.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'amour de nous-m&#234;mes &lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Les femmes blanches peuvent exprimer le spectre entier des &#233;motions humaines, mais les femmes racis&#233;es ne peuvent pas se sentir tristes ou en col&#232;re que quelqu'un leur ait fait du mal. Nous devons vivre notre vie sur cette ligne&#8230; C'est difficile de prendre soin de soi quand tu re&#231;ois constamment le message que tu ne vaux rien. Tu commences &#224; penser que tu ne vaux rien. Il est tr&#232;s, tr&#232;s important que nous posions des limites pour dire &#171; &lt;i&gt; la porte est l&#224; &#8212; est-ce que tu peux partir s'il te pla&#238;t ? &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;/i&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 5 : When tears become weapons.&lt;/i&gt; Ruby Hamad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au cours de nos discussions, on a tent&#233; de r&#233;fl&#233;chir plus loin que la question des larmes blanches, de comment s'en prot&#233;ger ? On a essay&#233; de penser des alternatives, des ressources, mais surtout de trouver des strat&#233;gies qui ne reposent pas sur la validation blanche, mais sur notre pouvoir. Car malgr&#233; la somme d'histoires qu'on pouvait s'&#233;changer, quasi aucune n'avait sembl&#233; aboutir &#224; une forme de reconnaissance, encore moins de r&#233;parations. Les r&#233;ponses consistaient le plus souvent en des formes de compromis, toujours au d&#233;savantage des m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En n'ayant aucune assurance sur comment, ou pourquoi ce zine sera utilis&#233;, ce point ne sera pas plus d&#233;velopp&#233; ici, mais en esp&#233;rant qu'il pourra &#234;tre un moyen de d&#233;clencher ces discussions, partout o&#249; elles seraient utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce zine n'a jamais eu pour but d'aider les blanc&#183;hes &#224; comprendre, ou agrandir leur bo&#238;te &#224; outils antiraciste. On sait tr&#232;s bien comme il est facile (et commun) de se cr&#233;er une fa&#231;ade antiraciste pour s'immuniser de toute critique. S'il permet &#224; certain&#183;e&#183;s de d&#233;velopper plus d'empathie, tant mieux, mais il existe d'abord pour nous. Pour toustes celleux qui ont subi ces m&#233;canismes sans avoir les mots ou les outils pour comprendre assez vite ce qui &#233;tait en train d'arriver. Voici une liste non exhaustive de choses &#224; se rappeler si c'est ton cas.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le nombre ne fait pas la justesse&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; Ce n'est pas parce que la majorit&#233; (blanche) autour de toi ne voit pas ce que tu vis que cela signifie que &#231;a n'existe pas. Parfois tu es sur&#183;e de ce que tu viens d'exp&#233;rimenter, tu es certain&#183;e que l'interaction que tu viens de vivre comportait du racisme. Pour autant tu pourrais trouver 5, 10, 50, 100 personnes qui pourraient t'expliquer que tu as tort, parfois ces personnes sont m&#234;me tes ami&#183;es blanc&#183;he&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Ce n'est pas toujours parce que tu as fait quelque chose de &#171; &lt;i&gt; mal &lt;/i&gt; &#187; que tu es puni&#183;e&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Au contraire, il semblerait qu'iels aient utilis&#233; cela comme une justification pratique pour se d&#233;barrasser d'une employ&#233;e &#224; &#8220;probl&#232;me&#8221; qui avait malencontreusement enfreint l'une des r&#232;gles ta19cites de la soci&#233;t&#233; occidentale blanche : ne remet pas en question ou souligne des biais raciaux &#8212; ou si tu le fais, pr&#233;pare-toi &#224; en subir les cons&#233;quences&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; White Tears/Brown scars : How White Feminism Betrays Women of Color ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chap 1 : When racism and sexism collide,&lt;/i&gt; Ruby Hamad.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les blanc&#183;hes ne comprendront jamais&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; Mais &#231;a ne les emp&#234;che pas de croire sinc&#232;rement pouvoir comprendre. Voire de penser que si on leur expliquait mieux, si tu leur expliquais mieux, alors iels pourraient comprendre. Un bon exemple est la fa&#231;on dont iels vont trouver dans leur v&#233;cu des situations &#171; &lt;i&gt; similaires &lt;/i&gt; &#187; o&#249; les enjeux de racismes sont inexistants pour chercher &#224; faire des parall&#232;les, ce qui revient &#224; rendre invisible une violence sp&#233;cifique, donc &#224; ajouter &#224; celle-ci. &#202;tre un&#183;e bon&#183;ne alli&#233;&#183;e c'est &#234;tre capable d'avoir de la curiosit&#233;, d'&#233;couter, et de ne pas conditionner son empathie au fait de pouvoir &#171; &lt;i&gt; comprendre &lt;/i&gt; &#187; une situation qu'on ne vivra jamais.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Tu ne dois de p&#233;dagogie &#224; personne.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; Dans une situation d'agression qui implique directement ou non d'autres personnes, il est commun de se retrouver &#224; expliquer pourquoi ce que l'on vit est une agression. Ce qui peut revenir parfois &#224; expliquer ce qu'est le racisme. Ce n'est pas le r&#244;le des personnes racis&#233;es de faire comprendre et accepter aux personnes blanches leurs endroits de domination. C'est un cadeau, qui tend trop souvent &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un d&#251;. Ce n'est pas non plus ta responsabilit&#233; de soulager l'inconfort et la culpabilit&#233; des blanc&#183;hes qui t'entourent.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Tu peux refuser de &#171; simplement discuter &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; Parce que m&#234;me s'il s'agit d'un simple &#233;change pour la/les personnes blanches, &#231;a peut signifier pour toi de te retrouver &#224; nouveau dans une situation stressante voire abusive. Il y a plein de raisons de ne pas vouloir se retrouver dans un &#233;change o&#249; on sait que l'enjeu du racisme est au centre, parce qu'on sait comment ses discussions peuvent se d&#233;rouler. On ne &#171; &lt;i&gt; refuse pas le dialogue &lt;/i&gt; &#187; quand on choisit de se pr&#233;server des m&#233;faits de la blanchit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Tu as le droit d'avoir des &#233;motions&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; Tu as le droit d'&#234;tre en col&#232;re, d'&#234;tre triste, d'&#234;tre exasp&#233;r&#233;&#183;e, fatigu&#233;&#183;e ou au contraire de ne rien ressentir. Le spectre de tes &#233;motions est plus large que le cadre auquel tu es assign&#233;&#183;e. Il y a plein de bonne raison de ne pas rendre visibles ses &#233;motions dans plein de situations, notamment pour &#233;viter de se mettre en danger. &#199;a n'en fait pas moins une situation profond&#233;ment injuste. Ce n'est pas normal que ta survie d&#233;pende de ta capacit&#233; &#224; cesser d'agir comme un &#234;tre humain. Cette injonction &#224; garder la t&#234;te froide en toute circonstance va souvent avec le fait de sous-estimer l'impact de ce qui est v&#233;cu. Prends le temps n&#233;cessaire pour dig&#233;rer &#224; ton rythme.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est OK de partir.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; C'est probablement pas pour rien que les livres de Ruby Hamad et Douce Dibondo se terminent tous les deux pas la m&#234;me proposition, &#224; savoir cessez de s'engager autant que possible, avec la blanchit&#233; et donc avec les blanc&#183;hes. &#201;videmment, plus facile &#224; faire dans des contextes ou l'on n'est pas isol&#233;&#183;es et/ou une communaut&#233;, qu'elle soit familiale ou amicale nous attend quelque part. C'est d'ailleurs bien souvent la raison pour laquelle on minimise ou ferme les yeux sur nos propres abus (et ceux dont on est t&#233;moins). On a pas toujours quelque part o&#249; aller. Au-del&#224; de &#231;a, on peut ne pas avoir envie de &#231;a, et exister dans un monde o&#249; on se m&#233;fie de la majorit&#233; des gens qui nous entoure est &#233;puisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le conseil reste n&#233;anmoins valable, et il peut &#234;tre int&#233;ressant de faire la balance entre ce qu'on gagne &#224; subir une situation donn&#233;e (s&#233;curit&#233; mat&#233;rielle, affective, financi&#232;re&#8230;) et ce qu'on y perd (son temps, son sommeil, sa sant&#233; mentale, son identit&#233;.). Il n'existe pas de solution toute faite, mais des sommes de strat&#233;gies individuelles et communautaires, d'o&#249; l'importance de&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Ne pas rester seul&#183;e &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; C'est probablement le point le plus important &#224; retenir, ne serait-ce que pour se souvenir des pr&#233;c&#233;dents. Prends soin et nourris tes liens avec d'autres personnes non-blanches qui peuvent comprendre les difficult&#233;s que tu traverses. Cultive des espaces d'entraide, de solidarit&#233;, de lien, de repos, de r&#233;flexion. Habite des espaces hors de la blanchit&#233;, juste pour le soulagement de baisser la garde quelques heures ou quelques jours et ne pas avoir la sensation de toujours marcher sur des &#339;ufs. Il semble qu'il y ait un consensus, &#224; la fois dans les &#233;crits, mais aussi dans nos conversations sur la n&#233;cessit&#233; vitale de se retrouver entre nous, ne serait-ce que pour se rappeler que non, nous ne sommes pas l'agresseur&#183;euse, nous ne sommes pas fol&#183;les, nous ne nous victimisons pas pour rien. On parle d'oppressions syst&#233;miques, parce qu'elles font justement syst&#232;mes, nous subissons toustes des variations des m&#234;mes sch&#233;mas, y compris dans nos relations les plus proches. Il peut &#234;tre facile de l'oublier, ou de penser que notre situation n'est que le fruit de notre parcours individuel, si on n'a aucun pair autour de nous pour nous rappeler la banalit&#233; de notre v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On a pas toustes les m&#234;mes strat&#233;gies face &#224; la blanchit&#233;, et il y aura toujours des personnes racis&#233;es qui choisiront de se ranger de son c&#244;t&#233; pour tout un tas de raisons trop complexes &#224; d&#233;velopper ici. On n'est pas toustes aux m&#234;mes endroits ou aux m&#234;mes &#233;tapes dans notre compr&#233;hension du racisme. Un r&#233;flexe naturel peut-&#234;tre d'&#234;tre plus dur&#183;e envers celleux qui nous ressemble, parce qu'iels devraient comprendre, et plus patient&#183;e avec les blanch&#183;es. C'est important de garder en t&#234;te que l'action des premi&#232;r&#183;es ne sera jamais aussi nocives et destructrices que celle des second&#183;es. La vraie source du probl&#232;me reste le syst&#232;me dans lequel on vit et qui nous a &#233;duqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apprendre &#224; fonctionner hors de ce syst&#232;me, &#224; d&#233;coloniser nos esprits, &#224; d&#233;loger la blanchit&#233; de nos t&#234;tes est vital. La th&#233;orie a ses limites, et on voit comment elle peut r&#233;guli&#232;rement &#234;tre r&#233;appropri&#233;e et aval&#233;e (une pens&#233;e pour Audre Lorde et bell hooks en premier lieu). Ce qui se construit &#224; l'abri du regard dominant est n&#233;cessaire et beau. Et c'est la raison pour laquelle ce zine s'arr&#234;tera l&#224;,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Nous ne parlons souvent qu'en surface de soutien et de connexion mutuelle entre femmes noires, car nous n'avons pas encore franchi les barri&#232;res qui nous m&#232;nent &#224; ces possibilit&#233;s, ni pleinement explor&#233; les col&#232;res et les peurs qui nous emp&#234;chent de r&#233;aliser le pouvoir d'une v&#233;ritable sororit&#233; Noire. Et reconna&#238;tre nos r&#234;ves, c'est parfois reconna&#238;tre la distance qui les s&#233;pare de notre situation actuelle. Reconnus, nos r&#234;ves peuvent fa&#231;onner notre avenir, si nous les nourrissons de travail acharn&#233; et de l'attention du pr&#233;sent. Nous ne pouvons nous contenter de liens superficiels, ni de parodies d'amour-propre. Nous ne pouvons pas continuer &#224; nous fuir les unes les autres au plus profond de nous-m&#234;mes par crainte de la col&#232;re de l'autre, ou continuer &#224; croire que le respect signifie ne jamais regarder une autre femme noire directement ou ouvertement dans les yeux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;tais pas fait&#183;e pour &#234;tre seul&#183;e ou sans toi qui comprends. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Sister outsider ; Eye to Eye : Black Women, Hatred and Anger ; Audre Lorde ; letter from black feminist, 1972&#8212;1978,&lt;/i&gt; Barbara &amp; Berverly Smith&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'adjectif &#171; &lt;i&gt; brown &lt;/i&gt; &#187; inclut toutes les personnes racis&#233;es qui ne sont pas noires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'exception de la derni&#232;re page ou &#171; &lt;i&gt; femmes noires &lt;/i&gt; &#187; et remplac&#233; par &#171; &lt;i&gt; personnes racis&#233;es &lt;/i&gt; &#187; pour les raisons d&#233;velopp&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Contact : ouinouinbouhou@riseup.net&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/larmes_blanches-12p-cahier.pdf" length="2594066" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/larmes_blanches-24p-page-par-page.pdf" length="405267" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La mixit&#233; choisie sans hommes cis &#224; l'atelier v&#233;lo</title>
		<link>https://test.infokiosques.net/La-mixite-choisie-sans-hommes-cis-a-l-atelier-velo</link>
		<guid isPermaLink="true">https://test.infokiosques.net/La-mixite-choisie-sans-hommes-cis-a-l-atelier-velo</guid>
		<dc:date>2025-12-15T20:14:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>BQ&#192;M-E</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Dans notre atelier v&#233;lo, m&#234;me si on fait plein d'efforts pour que toutes les journ&#233;es d'atelier soient accueillantes pour tout le monde, il reste que dans la pratique, ce n'est pas toujours le cas. Alors pour donner un espace aux personnes subissant des comportements nuisibles, on a cr&#233;&#233; des p&#233;riodes en mixit&#233; choisie sans hommes cis.&#034;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Feminisme-questions-de-genre" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Auto-organisation-experimentations-collectives" rel="tag"&gt;Auto-organisation, exp&#233;rimentations collectives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Infokiosque-fantome-partout" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH150/logo-mixite-velo-1e35e.jpg?1781291438' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/logo-survol-mixite-velo.jpg?1770921582&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans notre atelier v&#233;lo, m&#234;me si on fait plein d'efforts pour que toutes les journ&#233;es d'atelier soient accueillantes pour tout le monde, il reste que dans la pratique, ce n'est pas toujours le cas. Alors pour donner un espace aux personnes subissant des comportements nuisibles, on a cr&#233;&#233; des p&#233;riodes en mixit&#233; choisie sans hommes cis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mixit&#233; choisie &#224; l'atelier v&#233;lo&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;BQ&#192;M-E est l'atelier de v&#233;lo communautaire de l'UQ&#192;M (l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; principale de l'organisme est d'offrir un espace d'atelier pour que les gens (&#233;tudiant-es de l'UQ&#192;M ou pas) puissent venir r&#233;parer leur v&#233;lo avec l'aide des b&#233;n&#233;voles m&#233;canos sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mardis de 16 &#224; 20 heures, l'atelier est ouvert en mixit&#233; choisie sans hommes cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zine r&#233;dig&#233; en 2024&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH321/mixite_choisie_v-a00685e6-01cc9.jpg?1781291438' width='500' height='321' /&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mixit&#233; choisie sans hommes cis &#224; BQ&#192;M-E... Pourquoi ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; BQAM-E, m&#234;me si on fait plein d'efforts pour que toutes les journ&#233;es d'atelier soient accueillantes pour tout le monde, il reste que dans la pratique, ce n'est pas toujours le cas. Les cas o&#249; une personne ne respecte pas les connaissances d'une autre ou o&#249; une personne se fait cruiser de mani&#232;re lourde dans l'atelier, &#231;a arrive. Et dans ces cas-l&#224;, la plupart du temps, ces comportements nuisibles viennent de la part d'hommes cisgenres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un 'homme cisgenre' (ou 'homme cis') c'est quelqu'un qui a grandi comme un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et sont dirig&#233;s vers les personnes ayant une apparence plus f&#233;minine. Alors pour donner un break &#224; ces personnes-l&#224;, pour leur donner un espace o&#249; elles savent que cette situation d&#233;sagr&#233;able n'arrive pas, on a cr&#233;&#233; BQAM-E en mixit&#233; choisie sans hommes cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est s&#251;r que dans un monde id&#233;al, on aurait pas besoin de cet espace o&#249; on exclue les hommes cis, mais dans un monde id&#233;al, les hommes cis ne grandiraient pas dans une soci&#233;t&#233; qui leur montre &#224; d&#233;valoriser les connaissances des femmes et des personnes queer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une 'personne queer' est une personne qui se distingue de la norme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; devoir 'se prouver' envers iels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;'iel' et 'iels' sont des nouveaux pronoms, cr&#233;&#233;s pour avoir une mani&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; devoir faire les choses &#224; leur place (surtout les choses manuelles). Sans parler du fait que socialement, c'est normalis&#233; pour les hommes de pouvoir exprimer leur d&#233;sir pour les personnes &#224; l'apparence f&#233;minine (par exemple, en commentant leur apparence ou en les cruisant (*cruiser : draguer, s&#233;duire, flirter) dans des contextes qui s'y pr&#234;tent pas), et que &#231;a devient lourd &#224; porter pour ces personnes-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je brosse &#224; gros traits, c'est des tendances, &#231;a veut pas dire que &#231;a s'applique &#224; tout le monde, mais pour avoir plus de 6 ans de b&#233;n&#233;volat dans l'atelier en p&#233;riodes mixtes, ces tendances se retrouvent effectivement dans des comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, on essaie fort d'am&#233;liorer la situation, en incluant ces questions dans la formation que l'on donne aux b&#233;n&#233;voles, en encourageant la communication directe (se le dire quand quelque chose ne va pas), en mettant sur pied un syst&#232;me de 'plaintes' o&#249; les personnes qui fr&#233;quentent l'atelier peuvent nous donner de la r&#233;troaction par rapport &#224; leurs exp&#233;riences, etc. Mais changer une culture c'est long, et c'est pas un processus lin&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout que BQAM-E n'est pas un vase clos. L'atelier est ouvert &#224; tout le monde, et &#231;a vaut aussi pour devenir b&#233;n&#233;vole (le processus est rapide et il n'y a pas de processus de s&#233;lection). Alors c'est s&#251;r qu'&#233;tant dans une soci&#233;t&#233; avec tous les d&#233;fauts qu'on a &#233;num&#233;r&#233;s plus t&#244;t, il y a des gens qui n'ont pas remis en question ces choses-l&#224; qui fr&#233;quentent l'atelier et/ou deviennent b&#233;n&#233;voles, et &#231;a peut mener &#224; des actes plates de leur part. M&#234;me si dans la grande majorit&#233; des cas, les p&#233;riodes en mixit&#233; se passent bien, m&#234;me pour les personnes qui ne sont pas des hommes cis, le probl&#232;me c'est que quand des 'actes plates' arrivent, ils sont, la plupart du temps, commis par un groupe d&#233;fini de personnes (les hommes cis) envers un autre groupe de personnes (les femmes ou les personnes d'apparence plus f&#233;minine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On veut que BQAM-E soit un lieu o&#249; les gens peuvent apprendre &#224; ne plus reproduire ces comportements poches, mais on ne veut pas que &#231;a soit fait toujours au d&#233;triment des m&#234;mes personnes, d'o&#249; l'id&#233;e de cr&#233;er une soir&#233;e o&#249; les hommes cis sont exclus pour que les autres aient un espace plus agr&#233;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour certaines personnes (m&#234;me pour certain-es b&#233;n&#233;voles), c'est ce qui leur permet de revenir &#224; l'atelier apr&#232;s avoir v&#233;cu des moments difficiles dans l'atelier en mixit&#233;, dans un magasin de v&#233;lo ou juste dans le milieu cycliste ou celui de la m&#233;canique en g&#233;n&#233;ral. Pour certain-es autres, c'est ce qui leur permet de venir une premi&#232;re fois essayer de faire de la m&#233;canique v&#233;lo, en sachant qu'il y a pas un homme qui va leur enlever les outils des mains.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un truc que l'on s'est d&#233;j&#224; fait dire :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hey ! mais je vois un homme dans l'atelier alors que c'est suppos&#233; &#234;tre en mixit&#233; choisie sans hommes cis ! Qu'est-ce qu'il fait l&#224;, lui ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute que la personne que tu vois a une pr&#233;sentation de genre (une apparence) pas ou peu f&#233;minine (ex : de la barbe). &#199;a veut pas dire que cette personne est un homme cis. &#199;a peut &#234;tre une personne trans masculine (personne femme devenue un homme), une personne non binaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une personne non binaire, c'est une personne qui ne se d&#233;finit ni comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou plein d'autres possibilit&#233;s ! On essaie de ne pas assumer le genre des personnes selon leur apparence, on respecte leur capacit&#233; &#224; d&#233;cider quel genre leur convient.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite histoire (tr&#232;s vite) r&#233;sum&#233;e de la pratique de mixit&#233; choisie&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le fait de se regrouper entre personnes d'un groupe discrimin&#233; est une pratique qui date ! Difficile de d&#233;terminer une date pr&#233;cise, mais plusieurs recensent des exemples de ce type de pratique, alors r&#233;alis&#233;e &#171; entre femmes &#187;, d&#232;s la R&#233;volution fran&#231;aise (Voir l'article de Fanny Gallot et Alban Jacquemart dans les r&#233;f&#233;rences &#224; la fin).
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est plus r&#233;cemment, dans les ann&#233;es 60 et 70, que cette pratique s'est pr&#233;sent&#233;e davantage explicitement comme un outil politique, notamment dans les mouvements f&#233;ministes et les mouvements antiracistes. Les regroupements de &#171; non-mixit&#233; &#187; ont alors &#233;merg&#233; souvent en r&#233;ponse au fait que certaines luttes &#233;taient jug&#233;es &#171; secondaires &#187;, ou moins importantes, qu'un combat dit &#171; principal &#187;. Par exemple, les femmes &#233;tatsuniennes afro-descendantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une personne afro-descendante est issue de parents ou d'anc&#234;tres d'origine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont observ&#233;, &#224; l'&#233;poque des luttes pour les droits civiques, que leur r&#233;alit&#233; &#233;tait trait&#233;e comme secondaire autant dans les luttes f&#233;ministes que dans les luttes antiracistes : elles ont donc cr&#233;&#233; leurs propres collectifs et organisations. La Combahee River Collective, organisation f&#233;ministe lesbienne noire, en en un exemple marquant.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les objectifs de cette pratique sont :
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#199;a favorise la prise de parole et la participation des personnes, dont l'appartenance &#224; un groupe, et/ou leur apparence, tend &#224; minimiser l'&#233;coute qu'on leur porte&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#199;a permet un lieu d'&#233;change, une prise de conscience de r&#233;alit&#233;s communes pour ces personnes (exemple : ok, je ne suis pas seul.e &#224; me sentir comme &#231;a dans telle situation !)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#199;a favorise &#171; l'autonomisation &#187; de ces personnes : en s'organisant d&#233;j&#224; entre elles pour cette activit&#233; ou cet espace, elles peuvent cr&#233;er les bases d'une organisation qui peut induire des changements politiques pour am&#233;liorer leur situation&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#199;a participe (bien que de fa&#231;on imparfaite) &#224; ce que ces personnes, expos&#233;es davantage &#224; de l'inf&#233;riorisation, du m&#233;pris, de la violence, de la part des groupes dominants, se sentent davantage en s&#233;curit&#233; (id&#233;e de &#171; safe-space &#187;)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Comme le montrent ces &#233;l&#233;ments, ce n'est pas n&#233;cessairement une fin en soi, c'est g&#233;n&#233;ralement un outil parmi d'autres afin d'offrir des espaces accueillants et qui favorisent la transformation sociale.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Aujourd'hui, l'id&#233;e de se r&#233;unir, ou de se r&#233;server un espace, entre personnes d'un groupe discrimin&#233; prend diverses formes : collectifs militants, comit&#233;s syndicaux, comit&#233;s &#233;tudiants, activit&#233;s communautaires ou de quartier&#8230; On retrouve m&#234;me des r&#233;cup&#233;rations commerciales de cette id&#233;e (ex. : gyms &#171; pour femmes &#187;) !&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Non-mixit&#233; &#187; ou &#171; mixit&#233; choisie &#187; ?
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La &#171; non-mixit&#233; &#187; fait r&#233;f&#233;rence &#224; des pratiques d'organisation entre personnes partageant une oppression commune, sans les membres du ou des groupes dominants. C'est ce qui a &#233;t&#233; historiquement utilis&#233; par les mouvements f&#233;ministes (entre femmes, donc sans hommes) &amp; antiracistes (entre personnes de couleur, donc sans personnes blanches), mais aussi plusieurs autres !&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La &#171; mixit&#233; choisie &#187; fait r&#233;f&#233;rence &#224; des pratiques plus r&#233;centes, notamment dans les milieux f&#233;ministes et queers, qui veulent inclure les r&#233;alit&#233;s des personnes trans et non-binaires. L'id&#233;e de &#171; mixit&#233; choisie &#187;, bien qu'elle vienne des pratiques de &#171; non-mixit&#233; &#187;, est n&#233;e de sa critique. Bref, cela vise &#224; souligner que &#171; des espaces sans hommes cis peuvent &#234;tre mixtes, c'est-&#224;-dire compos&#233;s de personnes ayant diverses exp&#233;riences li&#233;es au genre. &#187; (Voir l'article de Gustave dans les r&#233;f&#233;rences)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Au-del&#224; de tout cet h&#233;ritage historique et politique, la pratique de mixit&#233; choisie d&#233;coule souvent de besoins ou de probl&#232;mes concrets. Ici, &#224; BQAM-E, on a abord&#233; la question avec plusieurs usag&#232;res et usagers qui venaient &#224; cette plage horaire, et voici quelques-unes de leurs r&#233;ponses !
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; C'est moins intimidant, surtout pour s'initier &#224; la m&#233;canique&lt;/li&gt;&lt;li&gt; C'est plus facile de m'int&#233;grer&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Je me sens plus &#233;cout&#233;.e et &#231;a &#233;vite le &#171; mansplaining&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mansplaining : Wikip&#233;dia : Le mansplaining (de l'anglais &#171; man &#187;, homme, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Pour s'am&#233;liorer et apprendre, c'est plus s&#233;curisant, car j'ai l'impression qu'il y a moins de jugement&lt;/li&gt;&lt;li&gt; J'ai eu de mauvaises exp&#233;riences pass&#233;es avec des hommes cis dans les milieux cyclistes&lt;/li&gt;&lt;li&gt; En ce moment, je ne viendrais pas &#224; BQAM-E sinon&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Et aussi : &#231;a adonne dans mon horaire !&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Gustave. (2024). &#171; Sur conduire un tracteur avec ses chums de fille, ou la mixit&#233; choisie : comment, pourquoi, vers quoi ? &#187;. Premi&#232;re Ligne. &lt;a href=&#034;https://premiereligne.info/sur-conduire-un-tracteur-avec-ses-chums-de-fille-ou-la-mixite-choisie-comment-pourquoi-vers-quoi/#_ftnref1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://premiereligne.info/sur-conduire-un-tracteur-avec-ses-chums-de-fille-ou-la-mixite-choisie-comment-pourquoi-vers-quoi/#_ftnref1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;St&#233;phanie Mayer. (2014). &#171; Pour une non-mixit&#233; entre f&#233;ministes &#187;. Revue Possibles. 38 (1). 97-110. &lt;a href=&#034;https://revuepossibles.ojs.umontreal.ca/index.php/revuepossibles/article/view/502/520&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://revuepossibles.ojs.umontreal.ca/index.php/revuepossibles/article/view/502/520&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fanny Gallot et Alban Jacquemart. (2023). &#171; Quelles pratiques f&#233;ministes de la non-mixit&#233; ? &#187;. Travail, genre et soci&#233;t&#233;s. 49. 161-164. &lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2023-1-page-161?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://shs.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2023-1-page-161?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un 'homme cisgenre' (ou 'homme cis') c'est quelqu'un qui a grandi comme un homme et qui s'identifie encore avec ce genre-l&#224;, par opposition &#224; une personne trans, qui a chang&#233; de genre au cours de sa vie (Ex : une personne n&#233;e homme qui d&#233;cide de devenir une femme, ce n'est pas une personne cis, c'est une personne trans.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une 'personne queer' est une personne qui se distingue de la norme homme/femme h&#233;t&#233;ro, soit par son apparence (ex : avoir une apparence qui emprunte aux deux genres &#224; la fois, ou juste qui s'&#233;loigne des deux) ou de son orientation sexuelle (pas h&#233;t&#233;ro).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;'iel' et 'iels' sont des nouveaux pronoms, cr&#233;&#233;s pour avoir une mani&#232;re d'inclure les femmes, les hommes et les personnes queer dans un m&#234;me mot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une personne non binaire, c'est une personne qui ne se d&#233;finit ni comme homme ni comme femme, donc qui fait le choix d'abandonner le genre dans lequel elle a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e pour quelque chose qui se trouve en dehors de cette dualit&#233; homme/femme. Cette personne n'a pas n&#233;cessairement l'air 'androgyne', elle peut avoir l'air 'vraiment d'une femme' ou 'vraiment d'un homme'. Le genre, ce n'est pas juste notre apparence, mais &#231;a peut inclure aussi la mani&#232;re dont on se comporte dans le monde, les r&#244;les que l'on se donne, la fa&#231;on dont on entre en relation avec les autres, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une personne afro-descendante est issue de parents ou d'anc&#234;tres d'origine africaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mansplaining : Wikip&#233;dia : Le mansplaining (de l'anglais &#171; man &#187;, homme, et &#171; explaining &#187;, explication) est un concept f&#233;ministe n&#233; dans les ann&#233;es 2010 qui d&#233;signe une situation dans laquelle un homme explique &#224; une femme quelque chose qu'elle sait d&#233;j&#224;, voire dont elle est experte, souvent sur un ton paternaliste ou condescendant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Vous pouvez contacter les cr&#233;ateurices de ce zine par email au pissenlitjaune [at] protonmail.com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/mixite_choisie_velo-2025-fil-16pa5.pdf" length="17166083" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/mixite_choisie_velo-2025-cahier-8pa4.pdf" length="17114020" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Libre flot</title>
		<link>https://test.infokiosques.net/Libre-flot</link>
		<guid isPermaLink="true">https://test.infokiosques.net/Libre-flot</guid>
		<dc:date>2023-08-14T13:34:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Libre Flot</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Lettres de Libre Flot, militant internationaliste et ancien combattant du Rojava. Arr&#234;t&#233; le 8 d&#233;cembre 2020 avec 8 autres personnes pour &#034;association de malfaiteurs terroristes&#034;, il raconte comment l'isolement carc&#233;ral affecte sa sant&#233; et son int&#233;grit&#233; psychique. Il ne sortira de ce r&#233;gime de d&#233;tention qu'apr&#232;s 36 jours de gr&#232;ve de la faim.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Prison-justice-repression" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Infokiosque-fantome-partout" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L139xH150/couv_libre_flot_300_pxl-1c4fc.png?1781293516' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='139' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/couv_libre_flot_150-150_pxl.png?1770923090&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Libre Flot a &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; le 12 d&#233;cembre 2020 suite &#224; l'op&#233;ration &#034;antiterroriste&#034; du 8 d&#233;cembre 2020. C'est un militant libertaire et internationaliste qui a pris part &#224; de nombreuses luttes en France (centres sociaux autog&#233;r&#233;s, ZADs, Jungle de Calais, etc.) avant de rejoindre la r&#233;volution sociale, f&#233;ministe et &#233;cologiste du Rojava en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A son retour, apr&#232;s avoir combattu contre Daesh et particip&#233; &#224; la lib&#233;ration de Raqqa (ville d'o&#249; les attentats du 13 novembre avaient &#233;t&#233; plani&#64257;&#233;s), il est per&#231;u comme un ennemi par la France (complice d'Erdogan dans le g&#233;nocide des kurdes), qui voit d'un mauvais oeil ses engagements politiques r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ayant combattu les terroristes, c'est pourtant en &#034;terroriste&#034; qu'il est accueilli. La DGSI place des micros et GPS dans son camion et traque la moindre de ses paroles pendant 2 ans. Il va &#234;tre fantasm&#233; comme un dangereux &#034;leader charismatique&#034;, &#034;v&#233;t&#233;ran&#034; d'une zone de guerre dont les connaissances pourraient &#234;tre mises &#224; pro&#64257;t dans les luttes &#233;cologistes ou sociales en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette suppos&#233;e &#034;dangerosit&#233;&#034;, il va &#234;tre condamn&#233;, sans proc&#232;s, &#224; subir l'isolement carc&#233;ral pendant 16 mois. Il raconte dans ces lettres l'impact de l'isolement sur sa sant&#233;, la corruption, l'inacc&#232;s aux soins, et le pro&#64257;t qu'a tir&#233; le juge d'instruction de cette situation de torture blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 14 mois de ce r&#233;gime carc&#233;ral violent, il a entam&#233; une gr&#232;ve de la faim le 27 f&#233;vrier 2022 pour exiger sa libert&#233; conditionnelle que le juge Jean Marc Herbaut s'obstine &#224; lui refuser, alors qu'elle est approuv&#233;e par les Services P&#233;nitentiaires d'Insertion et de Probation (SPIP). La direction de Bois d'Arcy, et le gouverement font pression pour qu'il reste enferm&#233;. L'isolement sera ainsi reconduit par Dupont-Moretti, au 17e jour de sa gr&#232;ve de la faim. Apr&#232;s 36 jours sans s'alimenter, apr&#232;s une vague de solidarit&#233; partout en Europe, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; hospitalis&#233; : il sera lib&#233;r&#233; (sous bracelet) pour &#034;raisons m&#233;dicales&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire toute la brochure, t&#233;l&#233;charger la version pdf page par page :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8831 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;77&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/libreflot_isolementgrevefaim-2022-32pa5-pageparpage.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.1 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1781293305' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Libre flot - version page par page
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;32 pages A5 &#224; imprimer en format livret.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/libreflot_isolementgrevefaim-2022-16pa4-livret.pdf" length="1154347" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les licornes existent et ont la rage</title>
		<link>https://test.infokiosques.net/Les-licornes-existent-et-ont-la-rage</link>
		<guid isPermaLink="true">https://test.infokiosques.net/Les-licornes-existent-et-ont-la-rage</guid>
		<dc:date>2023-06-19T17:08:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Licornes enrag&#233;es</dc:creator>


		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Queer, transp&#233;d&#233;bigouines</dc:subject>
		<dc:subject>Sexualit&#233;s, relations affectives</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;&#199;a cause de quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bi&#183;es existent, la biphobie aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle impr&#232;gne toute la soci&#233;t&#233;, et malheureusement nos milieux queer/tpg ne sont pas &#233;pargn&#233;s. Dans nos communaut&#233;s, elle se traduit principalement par : une invisibilisation/n&#233;gation de l'existence des bi&#183;es dans nos luttes ; un refus de prendre en compte la r&#233;alit&#233; des violences v&#233;cues par les personnes bi&#183;es ; un soup&#231;on constant d'&#234;tre des &#8220;tra&#238;tres &#224; la cause&#8221; ; une exclusion des espaces d'auto-support, notamment f&#233;ministes ; une hypersexualisation paradoxalement coupl&#233;e &#224; un moindre acc&#232;s aux relations amoureuses (sauf entre personnes bi&#183;es ou &#224; h&#233;t&#233;roland).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure exp(l)ose les argumentaires biphobes de nos milieux, donne des billes pour y r&#233;pondre, et lance quelques pistes de r&#233;flexion autour d'une pens&#233;e politique radicale bi.&#034;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Infokiosque-fantome-partout" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Queer-transpedebigouines" rel="tag"&gt;Queer, transp&#233;d&#233;bigouines&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Sexualites-relations-affectives" rel="tag"&gt;Sexualit&#233;s, relations affectives&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L134xH150/licornesimages-000-b53c6.jpg?1781293516' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='134' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/licornesimages-150-150pxl.jpg.jpg?1770921360&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#199;a cause de quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bi&#183;es existent, la biphobie aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle impr&#232;gne toute la soci&#233;t&#233;, et malheureusement nos milieux queer/tpg ne sont pas &#233;pargn&#233;s. Dans nos communaut&#233;s, elle se traduit principalement par : une invisibilisation/n&#233;gation de l'existence des bi&#183;es dans nos luttes ; un refus de prendre en compte la r&#233;alit&#233; des violences v&#233;cues par les personnes bi&#183;es ; un soup&#231;on constant d'&#234;tre des &#8220;tra&#238;tres &#224; la cause&#8221; ; une exclusion des espaces d'auto-support, notamment f&#233;ministes ; une hypersexualisation paradoxalement coupl&#233;e &#224; un moindre acc&#232;s aux relations amoureuses (sauf entre personnes bi&#183;es ou &#224; h&#233;t&#233;roland).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure exp(l)ose les argumentaires biphobes de nos milieux, donne des billes pour y r&#233;pondre, et lance quelques pistes de r&#233;flexion autour d'une pens&#233;e politique radicale bi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L357xH464/licornes1-e1237.png?1781293516' width='357' height='464' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;* &#224; chaque connerie biphobe prononc&#233;e, y'a une licorne qui cr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; nos frangin&#183;es bi&#183;es : nos complices, nos ami&#183;es, nos amant&#183;es on vous aime &lt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y'a quoi dans cette brochure ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Intro : de quoi on cause, pour qui et pourquoi ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Clich&#233; : &#034;La biphobie n'est pas une oppression syst&#233;mique&#034;&lt;br class='manualbr' /&gt;Clich&#233; : &#034;Les bi&#183;es &#231;a n'existe pas.&#034;&lt;br class='manualbr' /&gt;Clich&#233; : &#034;Les bi&#183;es sont des chaudasses infid&#232;les.&#034;&lt;br class='manualbr' /&gt;Clich&#233; : &#034;&#202;tre bi&#183;e, c'est avoir le privil&#232;ge h&#233;t&#233;ro&#034;&lt;br class='manualbr' /&gt;Clich&#233; : &#034;Les bi&#183;es sont des sales tra&#238;tres &#224; la cause&#034;&lt;br class='manualbr' /&gt;Th&#233;orie politique radicale bie&lt;br class='manualbr' /&gt;Conclusion&lt;br class='manualbr' /&gt;Bi&#183;bliographie&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Intro : de quoi on cause, pour qui et pourquoi ? &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_8759 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L206xH312/licornes2-ac1c6.png?1781293516' width='206' height='312' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est qui ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, c'est trois personnes, bi/pan, fran&#231;ais&#183;es, blanc&#183;hes, trans et/ou non-binaires. Nos bisexualit&#233;s ne sont pas identiques et notre fa&#231;on de la d&#233;fendre politiquement point par point n'est pas tout &#224; fait identique non plus. Cette brochure est issue de nos v&#233;cus, de nos recherches, mais aussi en tr&#232;s grande partie de nos discussions avec d'autres complices bi&#183;es et de t&#233;moignages de leurs vies dans les milieux tpg et/ou queer. C'est pas que &#8220;nous trois&#8221;, quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mmm. . . bisexualit&#233;, mais encore ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait nous dire : est-ce qu'au final, on n'aurait pas toustes un peu des pratiques bi.&#183;es (&#224; cause de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; obligatoire comme syst&#232;me ou de nos genres), mais que pour se diff&#233;rencier d'h&#233;t&#233;roland il serait au moins n&#233;cessaire d'utiliser un vocabulaire communautaire reconnaissable (p&#233;d&#233;, gouine) ? Nous sommes convaincu&#183;es qu'utiliser d'autres mots, comme bi ou pan, ne peut qu'enrichir nos communaut&#233;s, en faisant exister des v&#233;cus, des d&#233;sirs, des r&#233;flexions et des luttes plus complexes que ce qu'apporte l'imaginaire monosexuel port&#233; par les termes gouine et p&#233;d&#233;. On pense qu'une fois qu'on change et enrichit sa perspective sur un sujet, c'est un outil, des connaissances, une sensibilit&#233; de gagn&#233; pour rouvrir des portes que le cis-t&#232;me a ferm&#233; il y a belle lurette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, qu'est-ce qu'on entend par &#034;bisexualit&#233;&#034; ? Il y a plein de mani&#232;re de la d&#233;finir, encore plus de la vivre, et loin de nous l'envie d'en normaliser l'usage. Mais on aime bien l'approche de Robyn Ochs, qui a le m&#233;rite d'&#234;tre une des plus englobante qu'on connaisse : &#034;je me dis bisexuelle car je reconnais que j'ai en moi le potentiel d'&#234;tre attir&#233;e romantiquement et/ou sexuellement - par plus d'un sexe et/ou genre, pas forc&#233;ment de la m&#234;me mani&#232;re, et pas forc&#233;ment avec la m&#234;me intensit&#233;&#034;. Donc &#034;bi&#034;, pour nous, ici, &#231;a veut dire &#034;plus d'un&#034; (et pas &#034;deux&#034;... chut, on vous a vu celleux au fond qui r&#226;lent en disant que &#034;bi&#034; &#231;a renforce la binarit&#233; et que c'est caca ! Est-ce qu'on repproche aux meufs et mecs trans de renforcer la binarit&#233; de genre ?!). Quand on parlera de bisexualit&#233;, ou de personnes bies, &#231;a sera le plus souvent comme d'un terme parapluie pour englober toutes les pratiques et identit&#233;s non-monosexuelles (pan, omni, queer...). Nous pensons que nous ne pouvons pas &#233;chapper compl&#232;tement &#224; la binarit&#233; du syst&#232;me, et que parfois m&#234;me on la d&#233;sire. Mais il existe malgr&#233; tout des espaces que l'on arrive &#224; cr&#233;er hors de cette binarit&#233;, notamment dans nos relations (sans pour autant en faire na&#239;vement le seul et l'unique lieu de r&#233;volte &#224; l'ordre &#233;tabli).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les bi.es existent, la biphobie aussi. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ouais, la biphobie existe m&#234;me en dehors d'h&#233;t&#233;roland, dans les milieux queer / transp&#233;d&#233;(bi)gouines, m&#234;me si elle y prend des formes un peu diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bi&#183;es luttent contre la biphobie partout et depuis toujours. Et iels sont partout dans les autres luttes aussi. Les militant&#183;es bi&#183;es, il y a en des tas. Qui ont travaill&#233; sur la biphobie en g&#233;n&#233;ral, sur les violences conjuguales, sexuelles et sexistes, contre le patriarcat et les queerphobies. Ce sont des ami&#183;es et des amant&#183;es, des camarades dans les luttes et des complices dans l'action. Iels sont bi&#183;es, on des pratiques bi&#183;es, des v&#233;cus de violences, et iels se risquent parfois &#224; s'avancer pour raconter que dans nos milieux, il y a des choses qui font violences, qu'iels sont en gal&#232;re, qu'iels ont besoin de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'on fait aussi, avec cette brochure. On esp&#232;re qu'elle sera re&#231;ue avec la bienveillance et le soutien que l'on attend d'une communaut&#233; de lutte et de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un guide d'autod&#233;fense &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est d'abord un guide d'autod&#233;fense &#224; destination des personnes bies et de leur alli&#233;&#183;es. MAIS il s'adresse aussi aux gouines, p&#233;d&#233;s et autres membres de nos communaut&#233;s qui auraient envie d'en apprendre plus sur la biphobie, le monosexisme et, peut-&#234;tre m&#234;me, de rouvrir des zones inconfortables de r&#233;flexion et de nager en eaux troubles avec nous. En tout cas, on essaie ici de d&#233;velopper des contreargumentaires aux pens&#233;es biphobes qu'on a le plus rencontr&#233;es dans les milieux queer/tpg, parce qu'on est plut&#244;t pour le partage des bou&#233;es de sauvetage de qualit&#233; que pour la noyade sans aide &#224; cause des gros courants dominants, qu'ils se pensent radicaux ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre pr&#233;cision&lt;/strong&gt; : ce zine n'est PAS un r&#232;glement de compte communautaire pour dire que les bi&#183;es souffrent plus que les autres personnes queers, ou tout autre essai de hi&#233;rarchisation sur le plongeoir des oppressions. Aussi, on tient &#224; pr&#233;ciser que comme pour toute autre &#233;tiquette identitaire, &#234;tre &#8220;bi&#183;e&#8221; n'implique pas les m&#234;mes r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles pour tout le monde, m&#234;me s'il y a des points communs. Nos v&#233;cus sont multiples et complexes. Partager une &#233;tiquette commune, c'est avant tout partager des luttes et comprendre ce qui nous opprime pour mieux cibler nos actions et nos buts : se noyer ensemble ou s&#233;par&#233;ment, sortir de l'eau, choisir une autre bou&#233;e, en forme de licorne, de flamand rose, replonger, ouvrir les yeux sous l'eau, changer de plongeoir, faire pipi dans l'eau, etc. C'est en cela que l'on pense que la biphobie et cette brochure sont politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre but est aussi de remettre du lien entre certains mots (politiques) et des pratiques (intimes ou pas). Qui aujourd'hui ne relationne encore qu'avec des personnes cis et du m&#234;me genre dans le milieu queer/tpg ? Il est temps, apr&#232;s l'ouverture non ciscentr&#233;e des d&#233;finitions des termes de gouine et de p&#233;d&#233;, de revisiter aussi le terme de bisexualit&#233;, au del&#224; du terme queer, ainsi que sa port&#233;e concr&#232;te et politique &#224; ce que veulent proposer nos milieux : chercher comment articuler d'autres mani&#232;res de relationner et de produire de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le pointe Shiri Eisner dans Bi : Notes for a bisexual revolution, il y a deux grandes approches possibles pour aborder la biphobie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En r&#233;pondant point par point &#224; chaque clich&#233;/critique biphobe en disant &#034;nan, c'est faux, voil&#224; pourquoi [ins&#233;rer ici un argumentaire]&#034;. M&#234;me si elle peut &#234;tre n&#233;cessaire dans plein de situations, cette approche peut avoir tendance &#224; venir normaliser/lisser les identit&#233;s et pratiques bi&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. En venant questionner les raisons profondes de l'existence de ces clich&#233;s : que cache la biphobie, que dit-elle du monosexisme ? Cette approche est plus &#034;radicale&#034;, dans le sens o&#249; elle vient chercher les &#034;racines&#034; de l'oppression afin de mieux la d&#233;monter. Mais elle est plus confrontante que la premi&#232;re et donc pas toujours adapt&#233;e si on cherche &#224; ne pas trop brusquer nos camarades biphobes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu t'en doutes, on va m&#233;langer ces deux approches dans cette brochure ! :)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Super pour toi mais moi chuis pas bi.e, je vois pas pourquoi je lirais ce texte&#034; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu n'aimes pas le terme de bisexuel&#183;le pour parler de toi mais que tu lui pr&#233;f&#232;res celui de pansexuel&#183;le ; que t'es asexuel&#183;le mais biromantique ; que t'es un p&#233;d&#233; qui couche avec des meufs et/ou des personnes sur le spectre f&#233;minin ou une gouine qui couche avec des mecs ou des personnes sur le spectre masculin ; et que, plus largement, tes amours, ta sexualit&#233;, tes relations sortent des normes monosexuelles (aka h&#233;t&#233;rosexuelles ou homosexuelles) : cette brochure est aussi pour toi, darling ! On n'est pas oblig&#233;&#183;e d'&#234;tre bi&#183;e pour vivre de la biphobie, alors on va s&#251;rement d&#233;crire dans la suite des situations que tu vis d&#233;j&#224; et pour lesquelles tu seras content&#183;e d'avoir des contre-argumentaires. Et c'est aussi possible qu'il y ait des trucs qu'on dise qui te heurtent, o&#249; tu te sentirais jug&#233;&#183;e voire ni&#233;&#183;e dans tes identit&#233;s. On s'en excuse d'avance. La biphobie a des racines profondes en chacun&#183;e de nous (oui oui, en nous aussi, qui &#233;crivons ce texte !) et ce n'est pas facile de la critiquer sans donner l'impression de critiquer aussi les individu&#183;es qui la portent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme on l'a dit plus haut, m&#234;me si t'es absolument pas bi&#183;e du tout, t'as aussi le droit de vouloir r&#233;fl&#233;chir &#224; la question, pour toi-m&#234;me, et ptet aussi pour soutenir encore mieux les bi&#183;es qui t'entourent (car, on le rappelle : on est PLEIN ! &lt;3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bi.es et lien avec l'identit&#233; de genre et/ou le parcours identitaire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voudrait encore une fois faire un petit rappel : les v&#233;cus bi/pan sont multiples ! Ce n'est pas parce qu'on se regroupe sous les m&#234;mes &#233;tiquettes qu'on vit/pense/ressent les m&#234;mes choses concernant la bisexualit&#233; et la biphobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notamment dans les milieux queer/tpg, selon notre identit&#233; de genre et/ou notre parcours identitaire, on sera plus ou moins accept&#233;&#183;es en tant que bi&#183;es. Par exemple, les meufs cis bies vont &#234;tre plus hypersexualis&#233;es, mais aussi moins prises au s&#233;rieux dans leur militantisme queer ; les mecs cis bi vont &#234;tre tr&#232;s vite accus&#233;s d'entrisme et vus comme des ennemis politiques ; et la bisexualit&#233; des personnes trans va &#234;tre plus facilement accept&#233;e, parce que, bon, c'est des trans, c'est d&#233;j&#224; le &#8220;jackpot identitaire des oppressions&#8221;, alors iels peuvent bien coucher avec qui iels veulent, &#231;a sera de toute fa&#231;on hors d'h&#233;t&#233;roland et donc acceptable, voire subversif ! Comme si ne pas reconnaitre le genre qui nous &#233;tait assign&#233; &#224; la naissance effa&#231;ait tous les autres facteurs pertinents dans la lutte contre cish&#233;t&#233;roland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, nous sommes convaincu&#183;es que les bisexualit&#233;s portent en leur coeur une critique politique du syst&#232;me de genre, au del&#224; des positionnements individuels des personnes bi/pan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus de la bisexualit&#233; comme une identit&#233; politiquement valable a des r&#233;sultats vraiments d&#233;gueus dans nos groupes, avec des pratiques qu'on trouve de ouf r&#233;ac' : genre &#231;a serait Ok de se dire 100% p&#233;d&#233; tout en couchant avec des meufs trans, et Ok de se dire 100% gouine en baisant avec des mecs trans... alors qu'en fait c'est quand m&#234;me pas mal bien transphobe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; celleux qui r&#233;torqueraient que &#034;gouine&#034; et &#034;p&#233;d&#233;&#034; sont plus des identit&#233;s de genre que des orientations sexuelles, on ne va pas d&#233;cider &#224; votre place quel sens vous voulez mettre aux mots pour vous d&#233;finir. Mais on aimerait bien que vous essayiez de tirer toutes les ficelles qui d&#233;coulent de votre raisonnement, au regard de tout ce qu'on a &#233;crit dans ce zine : de comment &#231;a vient invisibiliser le genre des personnes trans avec lesquelles vous coucher ; de comment &#231;a vient invisibiliser des pratiques relationnelles/sexuelles qui de fait sont bisexuelles (au del&#224; de comment peuvent bien se d&#233;finir les gens) ; et du coup de comment &#231;a vient en permanence refoutre au placard toutes les personnes bies/pan de nos milieux, avec toutes les cons&#233;quences pourries qu'on connait, en particulier sur la sant&#233; mentale, la sociabilit&#233; et la difficult&#233; &#224; cr&#233;er des solidarit&#233;s politiques (voir plus loin dans la brochure, notamment dans la partie sur l'oppression syst&#233;mique)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, y'a s&#251;rement des bi&#183;es qui ne seront pas d'accord avec tout ce qu'on a &#233;crit. C'est ok, on est l&#224; pour en discuter. Mais, s'il te plait, TOI LE&#183;A MONO QUI NOUS LIT, n'utilise pas taon pote (ali)bi&#183;e qui dit que la biphobie n'existe pas pour nier tout ce qu'on a pu &#233;crire ici. Essaie un minimum de te remettre en question avant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note sur les mots utilis&#233;s &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler de nos milieux, on utilise &#8220;queer&#8221; et/ou &#8220;tpg&#8221; dans la brochure. C'est pas parfait, &#231;a parle de milieux parfois diff&#233;rents, mais &#231;a nous suffit pour ce qu'on veut dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareil, des fois on utilisera des mots qui pourront paraitre inexacts ou insuffisants : on vous fait confiance pour les remplacer par ceux qui vous sembleront les plus justes si besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne lecture &#224; contre-courant ! :)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Clich&#233; : &#034;La biphobie n'est pas une oppression systemique&#034; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La biphobie &#231;a n'existe pas, tout ce que vous vivez c'est de l'homophobie ou de la transphobie&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Nan mais ok, ptet vous vivez de la biphobie des fois, mais c'est pas non plus comme si c'&#233;tait une oppression syst&#233;mique, faut pas le mettre sur le m&#234;me plan que l'homophobie ou la transphobie !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8761 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L190xH191/licornes3-af1a1.png?1781293516' width='190' height='191' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est quoi une &#034;oppression syst&#233;mique&#034; ? Introduction au monosexisme &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des gros gros point qui est utilis&#233; dans les milieux tpg/queer pour silencier les bi&#183;es qui l'ouvrent sur la biphobie, c'est de r&#233;torquer que, de toute fa&#231;on, &#034;la biphobie c'est pas une opression syst&#233;mique&#034;. Argument ultime, BAM, ta gueule. Finito. Bon, alors, d&#233;j&#224; &#231;a nous saoule d'instrumentaliser le langage militant pour &#233;viter une discussion o&#249; on risquerait de devoir se remettre en question (parce que bon, syst&#233;mique ou pas, la biphobie existe bien dans nos milieux)... mais en plus, on n'est pas d'accord ! D'ailleurs, Shiri Eisner utilise le terme de &#034;monosexisme&#034; pour parler de la structure sociale qui permet la biphobie. Cela nous rappelle que la biphobie/le monosexisme, c'est pas juste une s&#233;rie de clich&#233;s sur les bi&#183;es :&lt;br class='manualbr' /&gt;c'est toute une structure sociale qui discrimine les personnes non-monosexuelles, dans de nombreux aspects de leurs vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monosexisme se base sur le sexisme : la division des genres bas&#233;e sur les g&#233;nitaux donne acc&#232;s &#224; des droits sp&#233;cifiques (cissexisme) et &#224; des modes de relations o&#249; l'acc&#232;s au genre oppos&#233; est valoris&#233; (h&#233;t&#233;rosexualit&#233;) tandis que l'acc&#232;s au m&#234;me genre (homosexualit&#233;) est d&#233;valoris&#233; notamment en terme de droits (acc&#232;s au mariage, &#224; la procr&#233;ation, etc.). C'est ainsi que cela structure et fait syst&#232;me. Pourtant, l'injonction &#224; choisir une hi&#233;rarchie (cishet) ou la sous-hi&#233;rarchie (cishomo) c'est-&#224;-dire le monosexisme, ne rend pas compte des situations des personnes bies qui naviguent entre les deux. Cette invisibilisation des v&#233;cus bi est l'un des principaux leviers du monosexisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les internets, on a trouv&#233; cette d&#233;finition qu'on aime bien : une oppression syst&#233;mique, c'est une oppression qui fait syst&#232;me, c'est-&#224;-dire que personne n'y &#233;chappe, personne n'est en dehors de ce syst&#232;me. Elle repose sur quatre piliers : Institutionnel - Structurel - Historique - Individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Institutionnel : au niveau des institutions d'une soci&#233;t&#233; (Etat, syst&#232;me de sant&#233;, syst&#232;me judiciaire, etc.) &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; Structurel : qui se retrouve dans toutes les strates de la soci&#233;t&#233; (logement, travail, &#233;cole, loisirs, urbanisme etc.) &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; Historique : qui trouve ses racines dans le pass&#233;, repose sur un syst&#232;me &#233;labor&#233; dans le temps et par des &#233;v&#232;nements pr&#233;cis et datables (colonisation, guerres, lois etc.)&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; Individuel : qui se retrouve au niveau interpersonnel, entre deux personnes ou plus ou qui a &#233;t&#233; int&#233;rioris&#233; (violences physiques, verbales, tout ce qui se fonde sur l'apparence ou le passing, l'automutilation etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, un m&#233;canisme peut reposer sur plusieurs piliers. Par exemple : le contr&#244;le au faci&#232;s aka profilage racial repose notamment sur un pilier individuel et institutionnel car c'est une int&#233;raction entre deux personnes, qui est encourag&#233;e par l'institution. De plus, les syst&#232;mes oppressifs reposent souvent les uns sur les autres. Ex : la transmisogynie (c'est-&#224;-dire du sexisme sp&#233;cifique au fait d'&#234;tre une meuf trans ou une personne trans-f&#233;minine) implique le cis-sexisme (soit une organisation sociale bas&#233;e sur la division des genres, eux m&#234;mes bas&#233;s sur l'apparence des organes g&#233;nitaux et leurs acc&#232;s au droit). C'est l'imbrication de ces quatre piliers qui fonde l'aspect syst&#233;mique d'une oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; la biphobie : m&#234;me si on pense qu'elle se recoupe &#224; certains endroits avec d'autres oppressions comme l'homophobie, la lesbophobie, la transphobie ou la misogynie, elle a quand m&#234;me de nombreuses composantes sp&#233;cifiques et &#231;a en fait une oppression &#224; part enti&#232;re. Une meufs cis bie, par exemple, ne vit pas que du sexisme et de l'homophobie, mais aussi des violences li&#233;es sp&#233;cifiquement au fait qu'elle est bie et qui ne sont pas la simple somme des violences sexistes et homophobes. Dans toute la suite de la brochure, vous verrez ces 4 pilliers apparaitre. Si si !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle du monosexisme &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &#233;videmment, dans ce monde plein de science, prouver le monosexisme &#231;a implique de sortir les chiffres... et pas ceux qui donnent la patate !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les ressources en fran&#231;ais sur la question sont assez rares. Mais *pour vous*, cher public (!), nous avons fouill&#233; les tr&#233;fonds d'Internet et brav&#233; l'anglais universitaire pour vous raconter la tragique histoire de la biphobie, vue par les sciences humaines. Les &#233;tudes sont parfois men&#233;es en Am&#233;rique du Nord, parfois en Europe. On sait que selon les r&#233;gions du monde, les r&#233;alit&#233;s ne sont pas exactement les m&#234;mes. Mais on prend le parti de supposer que le monde occidental est suffisamment homog&#232;ne sur la question pour qu'on se fasse pas chier &#224; distinguer les pays : peut-&#234;tre que la biphobie est moins pire en Su&#232;de qu'en France (au pif), mais elle y existe quand m&#234;me. On va donc vous filer ici les principaux r&#233;sultats, et &#224; la fin de la brochure il y a toutes les ressources qu'on a utilis&#233;es, si jamais vous avez envie d'aller v&#233;rifier ou de creuser plus le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des gros points, c'est la sant&#233; mentale assez caca des personnes bi&#183;es. La principale responsable de &#231;a (mais pas la seule), c'est l'invisibilisation des bi&#183;es et de la bisexualit&#233; (voir plus loin dans la brochure), qui a pour cons&#233;quences : l'isolement voire l'exclusion, le manque de communaut&#233;, le placard, l'incoh&#233;rence entre ce que l'on est et ce que l'on proj&#232;te au monde, le doute permanent de son orientation sexuelle (puisqu'on nous dit qu'elle n'existe pas), et d'autres trucs. Du coup, petite liste moche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Les bi&#183;es ont plus de risques d'avoir des pens&#233;es suicidaires : pour avoir une id&#233;e des ordres de grandeur, dans une des &#233;tudes &#231;a concerne 45% des femmes bi&#183;es, contre 10% des h&#233;t&#233;ras et 29% des lesbiennes ; chez les hommes, on est &#224; 35% chez les bi, 7% pour les h&#233;t&#233;ros et 25% des gays.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; Dans la m&#234;me logique, les bi&#183;es sont plus touch&#233;es par la d&#233;pression, l'anxi&#233;t&#233; et d'autres troubles de l'humeur.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; ...et idem pour les addictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En terme de sant&#233; physique, on n'est pas &#233;pargn&#233;&#183;es non plus : les bi&#183;es sont plus &#224; risque d'avoir de l'hypertension art&#233;rielle, iels fument plus et boivent plus d'alcool (avec les cons&#233;quences que l'on conna&#238;t) et sont aussi plus vuln&#233;rables face aux IST, du fait du manque d'informations sp&#233;cifiques aux bi&#183;es sur la question (brochures, programmes de pr&#233;vention...) et de la plus grande difficult&#233; &#224; s'outer aupr&#232;s des soignant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette pas-si-fabuleuse aventure, les femmes bi&#183;es sont les grandes perdantes (hop, encore une liste moche !) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; les femmes bies ont en moyenne un niveau d'&#233;tudes plus bas que les autres femmes ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; elles sont aussi plus nombreuses &#224; vivre sous le seuil de pauvret&#233; ;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; et enfin, &#034;last but not least&#034;, les femmes bi&#183;es sont beaucoup plus touch&#233;es par les violences conjugales et/ou sexuelles. &#199;a fait des chiffres du genre : 61% ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; agress&#233;es sexuellement ou viol&#233;es par un partenaire, contre 44% des lesbiennes et 35% des h&#233;t&#233;ras. De plus, 76% d'entre elles ont subi de la violence psychologique de la part de leur partenaire et 69% ont &#233;t&#233; victimes de coercition (menaces, contr&#244;le &#233;conomique et isolement) contre 48% des lesbiennes et 41% des h&#233;t&#233;ras. Enfin, 63% des femmes bi&#183;es, disent avoir &#233;t&#233; viol&#233;e, pour 49% des lesbiennes et 35% des h&#233;t&#233;ras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, bien entendu, selon les &#233;tudes les chiffres varient. C'est pas des trucs toujours simples &#224; mesurer, pour plein de raisons. Mais l'&#233;l&#233;ments qui ne change pas, c'est que les bi&#183;es sont &#224; chaque fois plus touch&#233;&#183;es que les autres ! Tous ces &#233;l&#233;ments (mauvaise sant&#233; mentale et physique, difficult&#233; d'acc&#232;s &#224; l'emploi, pauvret&#233;, violences) sont des facteurs importants de surmortalit&#233; chez les bi&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, on sait bien qu'une personne exil&#233;e bisexuelle qui demanderait l'asile pour se prot&#233;ger des pers&#233;cutions qu'elle vit du fait de son orientation sexuelle ne sera pas prise au s&#233;rieux si elle se dit bi&#183;e et se retrouve oblig&#233;e de se d&#233;finir comme homo. Ou encore, le monde m&#233;dical nous renvoie fr&#233;quemment qu'une personne bie est une personne au d&#233;veloppement &#8220;psycho-sexuel&#8221; perturb&#233;. Cela montre &#224; quel point le monosexisme est ancr&#233; profond&#233;ment dans les institutions (notamment fran&#231;aises).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors si tout &#231;a, &#231;a ne prouve pas le caract&#232;re syst&#233;mique de la biphobie/du monosexisme, on ne sait pas ce qu'il faut... !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Clich&#233; : &#034;Les bi&#183;es ca n'existe pas.&#034; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;T'as juste pas encore choisi &lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;T'es lesbienne, mais tu ne le sais pas encore&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;On est toustes un peu bi&#183;es&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Les bi-curieux c'est des homo refoul&#233;s&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8762 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L222xH118/licornes4-189a3.png?1781293516' width='222' height='118' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une histoire de l'invisibilisation des bi.es &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bi&#183;es sont activement invisibilis&#233;&#183;es d&#232;s le d&#233;part de nos luttes dans la modernit&#233;. Prenons un point de d&#233;part pr&#233;cis : les Etats-Unis des ann&#233;es 70. C'est une p&#233;riode pertinente, parce que nos imaginaires militants et communautaires, certaines de nos pratiques, de nos histoires, sont marqu&#233;s par l'h&#233;ritage de cette &#233;poque : la cr&#233;ation des marches des fiert&#233;s par exemple, en m&#233;moire aux &#233;meutes de Stonewall &#224; New York en 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va r&#233;sumer les choses. A cette &#233;poque, il y a d'une part les mouvements gays et lesbiens dont le niveau d'organisation augmente consid&#233;rablement, sur tous les aspects : nombre de personnes, lieux, journaux, collectifs et associations, &#233;crits, musiques, f&#234;tes, mobilisations, m&#233;diatisations... Ils ont en majorit&#233; une approche des luttes qui se construit en imitation des luttes pour les droits civiques, notamment issues des luttes des personnes noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche les m&#232;ne &#224; se constituer, &#224; la fois concr&#232;tement et dans la th&#233;orie politique, en tant que communaut&#233; sp&#233;cifique, afin qu'elle puisse &#234;tre reconnue comme telle aux yeux de l'&#233;tat Etats-uniens. De ce fait, iels pourront obtenir de l'action publique et de la repr&#233;sentation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il y des mouvements queer qui se d&#233;veloppent, en parall&#232;le et en confrontation avec les mouvements lesbiens et gays. Les motifs de s&#233;parations sont multiples : strat&#233;giques, identitaires, dans les objectifs politiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambiance est &#224; la mont&#233;e en puissance comme jamais, et ces deux visions, ces deux mondes, avancent en alli&#233;&#183;esadversaires. Les luttes sont ponctu&#233;es de victoires et de conflits. Pour une partie des gays et lesbiennes, la subversion et les remises en cause des mouvements queers mettent en p&#233;ril la nouvelle norme, la possibilit&#233; d'acceptation, de pouvoir n'&#234;tre plus ni dangereux ni bizarre. Mais pour &#231;a, il faut apparaitre comme des communaut&#233;s organis&#233;es et respectables. Pour obtenir une visibilit&#233; puis une prise en compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conflits entre gays/lesbiennes et queer, l'un d'eux est sur la d&#233;finition m&#234;me de nos communaut&#233;s et de leurs contours : au d&#233;but des ann&#233;es 90, un des d&#233;saccords majeurs, c'est l'acceptation ou pas des personnes bi&#183;es et des personnes trans. Il y a un rejet de leur int&#233;gration, avec pour les un&#183;es comme les autres un argumentaire proche : la peur d'&#234;tre infiltr&#233;&#183;es par des &#034;faux&#034; et le risque que ce soit des tra&#238;tres. Et en fondement, la question de la strat&#233;gie. Car '&#201;tat et les queerphobes jouent sur la fluidit&#233; des identit&#233;s queer : plus nos identit&#233;s sont fluides, moins elles peuvent &#234;tre des communaut&#233;s au sens &#201;tats-unien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons une ann&#233;e en exemple : en 93 la pride de San Fransciso, alors la plus importante du monde, choisit en th&#232;me &#034;Year of the Queer&#034;. Ce choix montre un important changement de rapport de force au sein des organisations, pour l'&#233;largissement des luttes et des communaut&#233;s. Cette ann&#233;e-l&#224;, l'&#233;tat du Colorado invalide une loi de discrimination positive en faveur des gays et lesbiennes. L'argument, c'est que la fluidit&#233; des individus, et donc de leurs communaut&#233;s, rend cette loi impossible &#224; appliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce changement dans le rapport de force se poursuit, et en 95 l'organisation de la pride de San Francisco change de nom, passant de &#034;Gays et Lesbiennes&#034; &#224; LGBT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup, les bi&#183;es et les trans seraient-iels des apparitions des ann&#233;es 90, des nouveaut&#233;s &#224; prendre en compte en cours de route ? &#201;videmment, non. C'est plut&#244;t que l'invisibilisation tout au long de cette histoire militante, dans les communaut&#233;s et dans les luttes, commence &#224; flancher un peu. Parce que dans les &#233;meutes de Stonewall en 69, un tournant politique et symbolique, il y a d&#233;j&#224; des bi&#183;es et des trans. Et pas genre un peu, assis&#183;es sur les c&#244;t&#233;s et qui papotent pendant que &#231;a s'&#233;meute. Iels sont partie prenante des mouvements et des communaut&#233;s. L'ann&#233;e suivante, &#224; la premi&#232;re c&#233;l&#233;bration des &#233;meutes, la &#034;marraine&#034; (Mother of Pride) de la marche est une militante bisexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toute cette pr&#233;sence, ces actes, ces r&#233;alit&#233;s du taf militant, &#231;a passe &#224; l'as. Parce que le monde &#233;tant ce qu'il est, c'est des mecs cisgenres homosexuels qui r&#233;cup&#232;rent la visibilit&#233;, font l'&#233;criture de cette histoire, bref : qui sont le centre. Les bi&#183;es (et d'autres) &#233;taient l&#224;, au d&#233;part et ensuite, mais sans autonomie, sans visibilit&#233;, ni reconnu&#183;es ni racont&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette invisibilisation des bi&#183;es, on peut l'aborder par plein de biais diff&#233;rents. En vrac, quelques exemple : dans les recherches sur les sexualit&#233;s, qui commencent dans les ann&#233;es 68, la bisexualit&#233; est travaill&#233;e de mani&#232;re ultra minoritaire. Rien que pour que le mot bisexualit&#233; apparaisse, c'est pas &#233;vident : entre 75 et 85, seuls 3% des travaux en parlent, puis 16% sur 85-95 et 19% sur 95-05. Et bien souvent, m&#234;me quand &#231;a parle de bisexualit&#233;, c'est pour expliquer pourquoi on n'en parlera pas trop, ou que c'est un &#233;tat transitoire des jeunes queer, bref pour justifier que ce ne soit pas un sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En histoire, dans les r&#233;cits biographiques, les bisexuel&#183;les c&#233;l&#232;bres sont souvent cat&#233;goris&#233;&#183;es comme h&#233;t&#233;ro ou homo, m&#234;me lorsqu'iels se r&#233;clamaient ouvertement &#234;tre bi&#183;es. Et quand bien m&#234;me, que fait-on de celleux qui ne se r&#233;clamaient ouvertement de pas grand chose, dont la fluidit&#233; au cours du temps les a fait &#034;finir&#034; d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre de la monosexualit&#233;, ou m&#234;me qui se revendiquaient ouvertement &#234;tre homosexuel&#183;les ou h&#233;t&#233;rosexuel&#183;les, malgr&#233; leurs relations sexo-affectives multiples ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne pr&#233;tendra pas ici qu'il y aurait une r&#233;ponse simple ou unique sur comment appliquer un terme et une cat&#233;gorie (homosexuel&#183;le, bisexuel&#183;le, transgenre) &#224; d'autres &#233;poques et d'autres contextes. Mais on peut constater quand m&#234;me que de nombreux personnages historiques sont &#233;tiquett&#233;s homosexuel&#183;les, consid&#233;rant que l'existence de relations sexuelles homo est suffisante, m&#234;me quand iels &#233;taient mari&#233;&#183;es et avaient des relations affectivo-sexuelles h&#233;t&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi leur appliquer une &#233;tiquette d'homosexualit&#233; plut&#244;t que de bisexualit&#233;, puisque de toute fa&#231;on on leur applique un mot et un concept anachronique qu'iels n'utilisaient pas ni m&#234;me ne connaissaient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que des statistiques ont commenc&#233; &#224; &#234;tre faites, la quantit&#233; de personnes bisexuel&#183;les est apparue beaucoup plus importante que &#231;a n'est g&#233;n&#233;ralement suppos&#233;. Ainsi par exemple, en fonction des sondages et des enqu&#234;tes, il y a en fRance entre 3,2 &#224; 3,5% de personnes homosexuelles et 3 &#224; 3,9% de personnes bies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit il y a environ autant d'homosexuel&#183;les que que bi&#183;es. Pourtant &#224; lire l'histoire de nos mouvements, &#224; voir nos organisations et nos milieux, on pourrait passer &#224; c&#244;t&#233; de leur existence tant elle parait anecdotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invisibilisation est telle que les bi&#183;es elleux m&#234;me se connaissent mal : dans l'enqu&#234;te nationale sur la biphobie de 2015, 15% des r&#233;pondant&#183;es bi&#183;es ne connaissent pas d'autres personnes bi&#183;es qu'elleux m&#234;mes et &#224; peine plus de la moiti&#233; connaissent des &#034;bi&#183;es c&#233;l&#232;bres&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des clich&#233;s pour invisibiliser &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;Des h&#233;t&#233;r@s r&#233;foul&#233;&#183;es, qui veulent s'amuser le samedi soir&lt;/i&gt;&#8221; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220;&lt;i&gt;De toute fa&#231;on tout le monde est un peu bi&#183;e&lt;/i&gt;&#8221; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8220;&lt;i&gt;C'est juste des pratiques c'est pas politique&lt;/i&gt;&#8221;... bla bla bla&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, &#234;tre bi&#183;e ce serait pas assez engageant pour &#234;tre pris au s&#233;rieux, jamais assez d&#233;finitif pour &#234;tre int&#233;gr&#233;, et ce serait des pratiques un peu honteuses, bien plus des pratiques de sexualit&#233; qu'une r&#233;elle orientation sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les clich&#233;s et rejets sont l&#224; depuis le d&#233;but de l'organisation des milieux LGBT+ et tpg. Sur eux sont fond&#233;es les injonctions identitaires : par exemple, les bi&#183;es doivent prouver leur int&#233;gration en ne montrant pas trop d'h&#233;t&#233;rosociabilisation en public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bi&#183;es doivent assumer leurs choix et pas se plaindre des cons&#233;quences. Il est classique de constater une plus grande sororit&#233; pour des meufs h&#233;t&#233;ras en gal&#232;re dans leur(s) relation(s) que pour les meufs bies, consid&#233;r&#233;es comme ayant eu le choix. Plus encore les mecs bi, quand ils sont cis, sont soup&#231;onn&#233;s d'&#234;tre des infiltr&#233;s, et ils ont s&#233;rieusement int&#233;r&#234;t &#224; montrer la r&#233;alit&#233; de leur queerness en couchant/sortant r&#233;guli&#232;rement avec des mecs cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait deux personnes bi&#183;es sur terre : un mec cis bi, qui g&#232;re pas trop avec les mecs avec qui il relationne, et une meuf cis bie qui s'av&#232;rera t&#244;t ou tard &#234;tre finalement h&#233;t&#233;ra...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tou&#183;tes les bi&#183;es ont ce potentiel de merder dans leurs relations sexo-affectives et sont attendu&#183;es au tournant quand iels vivent une situation qui ressemble &#224; ces clich&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas le droit &#224; une diversit&#233; de mod&#232;les, nous sommes r&#233;duit&#183;es &#224; plus ou moins grossi&#232;rement ces deux clich&#233;s n&#233;gatifs. Bien s&#251;r, on fait des erreurs dans nos relations. Comme tout le monde. Sauf que les merdes individuelles des bi&#183;es, elles p&#232;sent sur toute la famille : cette meuf bie qu'on connait qui a fait &#231;a, ce mec bi qu'on connait qui a fait &#231;a... &#231;a justifie des accusations g&#233;n&#233;rales contre les bi&#183;es, un doute initial et permanent qu'&#224; un moment ou un autre une situation comme &#231;a arrivera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme on s'attend &#224; &#231;a de nous, toute histoire qui vient valider ce clich&#233; est consciensieusement catalogu&#233;e et ressortie &#224; l'envie. Alors qu'au contraire, toustes les bi&#183;es qui sont &#8220;bien int&#233;gr&#233;&#183;es &#224; queerland&#8221;, ben on les oublie (quand carr&#233;ment on ne les voit pas&#8230;). &#199;a s'appelle le biais de confirmation : on ne retient que ce qui vient confirmer nos croyances d&#233;j&#224; &#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quand date ce p&#233;ch&#233; originel ? Qui est le premier mec cis bi &#224; avoir &#233;t&#233; plus engag&#233; avec une meuf qu'avec un mec, o&#249; est la premi&#232;re meuf cis bie qui s'est finalement cas&#233;e avec un mec ? Peu importe, on n'a pas fini de payer pour elleux. Tant pis pour la r&#233;alit&#233; complexe de nos v&#233;cus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des cons&#233;quence de tout &#231;a, c'est qu'on est plein &#224; ne pas oser se nommer comme bi&#183;es tant qu'on a pas eu &#8220;suffisamment&#8221; de relations avec des personnes de genres diff&#233;rents. On a quelques probl&#232;mes de l&#233;gitimi&#233;, quoi, et c'est pas sans raison. Y'en a m&#234;me parmis nous qui se cachent carr&#233;ment et ne sortent jamais du placard, m&#234;me dans les milieux queer/tpg. Par exemple, il y a plusieurs ann&#233;es aux UEEH, quand on a voulu faire un groupe de parole pour les personnes bi/pan, certain&#183;es ont demand&#233; &#224; le faire dans un endoit discret, histoire de ne pas s'outer comme bi&#183;es par peur des repr&#233;sailles. Cette peur ne vient pas de nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est hyper gal&#232;re de relationner avec des personnes queer/tpg quand iels nous abordent avec autant de m&#233;fiance (voir aussi la partie Clich&#233; : &#034;Les bi&#183;es sont des chaudasses infid&#232;les.&#034;). Du coup on se retrouve souvent remis&#233;&#183;es &#224; h&#233;t&#233;roland, venant donc confirmer les clich&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bingo ! Si on &#233;tait accueilli&#183;es par nos camarades des milieux queer/tpg avec plus de chaleur et d'enthousiasme, peut-&#234;tre qu'on arr&#234;terait de les quitter pour des h&#233;t&#233;r@s, vous croyez pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le noeud des mixit&#233;s choisies &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point qui nous crispe r&#233;guli&#232;rement, c'est certaines mixit&#233;s choisies pour nos &#233;v&#233;nements, en particulier : tpg, mtpg, tpgia, ou encore &#8220;mtpg, c'est &#224; dire sans mecs cis h&#233;t&#233;ro&#8221;. Y'a d'autres mixit&#233;s choisies / non mixit&#233;s qui nous questionnent, mais pas directement en lien avec des bails de biphobie alors on ne va pas d&#233;velopper &#231;a ici, d'autres l'ont d&#233;j&#224; tr&#232;s bien fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces acronymes sont de ceux qu'on voit le plus souvent dans nos milieux (mais pas les seuls, heureusement !). Le gros point commun qu'ont toutes ces mixit&#233;s, c'est qu'elles invisibilisent activement les personnes bies, en refusant de les nommer dans les personnes comprises dans la mixit&#233; choisie. Meufs, trans, p&#233;d&#233;, gouines, inter et personnes asex ont leur place&#8230; mais pas nous. &#192; croire que dans la t&#234;te de nombre de camarades, nous n'existons pas. Or, on l'a dit et redit, on est ici depuis le d&#233;but, pas &#8220;&#224; c&#244;t&#233;&#8221;, pas &#8220;en soutien&#8221;, mais au front, dans les orgas, dans les solidarit&#233;s, dans les intimit&#233;s, bref : partie prenante de communaut&#233;s qui sont les n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a voulu comprendre d'o&#249; &#231;a venait, notamment ce terme de &#8220;tpg&#8221;. Alors on a fouill&#233;, on a questionn&#233; des ancien&#183;nes. Et on a appris que &#8220;transp&#233;d&#233;gouine&#8221;, c'est un terme qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000, suite &#224; des conflits interpersonnels au sein d'un collectif militant, qui impliquaient notamment des personnes bi&#183;es. Le collectif a fait scission, en deux collectifs : l'un bi-radical, et l'autre organisant des &#233;v&#233;nements en mixit&#233; &#8220;transp&#233;d&#233;gouines&#8221;. Le terme a &#233;t&#233; choisi (et invent&#233;) pour exclure sp&#233;cifiquement les personnes bi&#183;es avec qui il y avait conflit. Un peu d&#233;mesur&#233;, non ? Et compl&#232;tement biphobe. Un autre &#8220;p&#233;ch&#233; originel&#8221; don't on se passerait bien. Comme si le conflit &#233;tait l&#224; &#224; cause de la bisexualit&#233; des personnes impliqu&#233;es, et que toute personne bi&#183;e portait en elle la m&#234;me menace de dissension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde n'a pas l'historique de ce terme (nous m&#234;me on ne savait pas tout &#231;a avant d'&#233;crire cette brochure), alors on veut bien croire que tout le monde ne l'utilise pas avec un objectif d'exclusion des bi&#183;es. Mais vu le contexte biphobe de nos milieux, si nous sommes les bienvenu&#183;es (et on ne voit vraiment pas pourquoi on ne le serait pas !!), alors svp pr&#233;cisez-le. Et &#233;vitez &#224; tout prix l'&#233;longation de tpg (mtgp, tpgia) sans nous ajouter, c'est encore plus excluant : genre, on a essay&#233; de penser &#224; tout le monde, mais, oups, on vous a oubli&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, &#224; celleux qui disent ne pas aimer les acronymes, on voudrait pointer que &#8220;tpg&#8221;, c'en est un. Si si, on vous assure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y'a des mots beaucoup plus inclusifs qui existent&#8230; comme &#8220;queer&#8221;, par exemple. Ou des raccourcis qui nomment celleux qu'on exclue (comme &#8220;sans mecs cis h&#233;t&#233;ro&#8221;). Ou des paraphrases qui ont le m&#233;rite de nommer ce qui nous rassemble : &#8220;pour les minorit&#233;s de genre et/ou d'orientation sexuelle&#8221;, &#8220;pour toutes celleux qui subissent et luttent contre le cish&#233;t&#233;ropatriarcat&#8221;, etc. Et plein d'autres &#224; inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un petit point sur &#8220;mtpg&#8221; et ses d&#233;riv&#233;s : ce sont des mixit&#233;s qui incluent officiellement les p&#233;d&#233;s cis tout en excluant activement les mecs cis bi. C'est pas un hasard. La biphobie que nos frangins cis vivent est assez sp&#233;cifique et bien v&#233;ner. On en parle plus longuement dans la partie &#8220;les bi&#183;es sont des sales tra&#238;tres &#224; la cause&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Clich&#233; : &#034;Les bi&#183;es sont des chaudasses infideles.&#034; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est l'h&#233;t&#233;ro qui veut s'amuser le samedi soir&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;Un plan &#224; trois, &#231;a te dit ?&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;En fait, t'es vraiment une chaudasse... !&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;(en couple avec une personne monosexuelle) &#171; &lt;i&gt;mais... &#231;a te manque pas de coucher avec les hommes/femmes ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8763 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L193xH194/licornes5-8e6d4.png?1781293516' width='193' height='194' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le gros clich&#233; qui tourne dans la t&#234;te de beaucoup de monosexuel&#183;les, c'est que les bi&#183;es sont des grosses chaudasses. Les bi&#183;es seraient toutes des personnes infid&#232;les car potentiellement insatisfait&#183;es de ne sortir qu'avec une seule personne et donc de n'avoir acc&#232;s qu'&#224; &#8220;un seul genre&#8221;, clich&#233; qui colle un peu plus aux mecs cis bi qu'au meufs cis bies (c'est les &#233;tudes qui le disent, cf la bibliographie). Y'a plusieurs cons&#233;quences &#224; l'existence de ce st&#233;r&#233;otype, qui s'entrem&#234;lent toutes (et contribuent &#224; faire des bi&#183;es un groupe social opprim&#233; sp&#233;cifique, cf la partie sur l'oppression syst&#233;mique) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 &#8211; Les monosexuel&#183;les, bien qu'iels envisagent pour la plupart la possibilit&#233; de coucher avec des bi&#183;es, sont moins chaud&#183;es &#224; d&#233;velopper des sentiments amoureux, et encore moins &#224; se sentir d'entrer en relation amoureuse avec un&#183;e bi&#183;e. Quelques chiffres issus de l'enqu&#234;te nationale sur la bisexualit&#233; de 2015, par SOS Homophobie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; la moiti&#233; seulement des h&#233;t&#233;r@s seraient ok pour coucher avec un&#183;e bi&#183;e, pour 77 % des lesbiennes et 83 % des gays&#8230; mais pas tout le monde, quoi (!!) ; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; sur &#8220;d&#233;velopper des sentiments amoureux envers un&#183;e bi&#183;e&#8221;, les h&#233;t&#233;r@s et les lesbiennes ne bougent pas trop, tandis que les gays passent &#224; seulement 68 % &#224; &#234;tre ok ; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8226; enfin, quand il s'agit de se mettre en relation amoureuse, c'est la d&#233;bandade, seulement 42 % des h&#233;t&#233;r@s, 62 % des lesbiennes et 53 % des gays sont partant&#183;es !! (pour ces trois questions, les bi&#183;es ont aux alentours de 90 % de r&#233;ponses positives&#8230; soit quand m&#234;me une part non n&#233;gligeable de biphobie int&#233;rioris&#233;e, murf :/ ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &#8211; Du coup, les bi&#183;es gal&#232;rent &#224; nouer des relations amoureuses avec des mono, puisque ces dernier&#183;es veulent bien d'elleux... mais seulement tant qu'on s'en tient au cul (et encore) ! Ce qui vient donc entretenir le clich&#233; que les bi&#183;es sont des chaudasses, qui sont l&#224; juste pour s'envoyer en l'air&#8230; alors que c'est surtout qu'on ne nous laisse pas le choix (clich&#233; auto-r&#233;alisateur, te revoil&#224; !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &#8211; Dans le cas o&#249; un&#183;e bi&#183;e est en relation amoureuse avec un&#183;e mono, comme ce&#183;tte dernier&#183;e craint de ne pas &#234;tre &#8220;suffisant&#183;e sexuellement&#8221;, il y a un risque plus grand d'injonction &#224; devoir &#224; tout prix partager une sexualit&#233; &#8220;chouette&#8221;. Entendre par l&#224; : &#8220;si on baise pas assez, c'est que je te suffit pas ; alors si tu m'aimes, faut qu'on baise plus&#8221;. Ce qui g&#233;n&#232;re viols conjugaux et autres violences, en plus d'entretenir l'image des bi&#183;es ayant une sexualit&#233; d&#233;brid&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &#8211; Enfin, parce que les bi&#183;es sont invisibilis&#233;&#183;es voire ni&#233;&#183;es dans leur identit&#233;, iels doivent un peu en permanence &#8220;prouver&#8221; que leur orientation sexuelle est r&#233;elle. Il y a donc une pression sociale constante &#224; coucher r&#233;guli&#232;rement avec des gens de diff&#233;rents genres, pour ne pas &#234;tre &#8220;d&#233;class&#233;&#183;e&#8221;, de bi&#183;e &#224; homo ou h&#233;t&#233;r@. &#199;a fait donc que beaucoup de bi&#183;es ont, de fait, une sexualit&#233; ouvertement active et multiple afin de continuer &#224; exister comme bi&#183;e aux yeux de leur(s) groupe(s) d'appartenance. Pourtant, on vous assure : ce n'est pas parce qu'on est bi&#183;e qu'on est forc&#233;ment polyamoureux&#183;se ou libertin&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, tout &#231;a s'exprime diff&#233;remment selon les groupes sociaux&#8230; et les milieux queer/tpg ne sont pas &#233;pargn&#233;s ! C'est ouf le nombre de refus qu'on essuie de la part de gouines ou de p&#233;d&#233;s quand iels apprennent qu'on est bi&#183;e. Ou bien l'impression de souillure qu'on a en tant que meuf bie quand on dit aux camarades tpg avoir couch&#233; avec un mec cis : genre &#8220;mais tu parles d'un mec&#8230; il &#233;tait trans, au moins ?!&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on trouve tout &#231;a quand m&#234;me vachement ironique. Car le clich&#233; de d&#233;part est bas&#233; sur une vision essentialiste, en mode : &#8220;c'est fondamentalement diff&#233;rent de coucher avec une meuf que de coucher avec un mec, alors si t'es bi&#183;e t'as besoin des deux&#8221;. Y'a des bi&#183;es, des lesbiennes, des gays et des h&#233;t&#233;r@s qui pensent &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas le point de vue partag&#233; dans les milieux queer/tpg, en tout cas pas tels que nous les vivons. Nos communaut&#233;s sont construites sur des bases identitaires ET politiques, notamment f&#233;ministes mat&#233;rialistes : nous militons pour que les identit&#233;s de genre soient trait&#233;es comme des constructions sociales et pas comme des &#233;l&#233;ments inn&#233;s de nos individualit&#233;s. Alors c'est quand m&#234;me grave dommage qu'on perp&#233;tue un st&#233;r&#233;otype qui s'appuie sur des trucs aussi nazes et en contradiction avec ce pour quoi on se bat, non ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Clich&#233; : &#034;Etre bi&#183;e, c'est avoir le privilege hetero&#034; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;ou le fameux &#034;refuge d'h&#233;t&#233;roland&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Toi t'es &#224; l'abri, tu peux aller te planquer quand tu veux&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;J'en ai marre de ces bi&#183;es qui retournent toujours &#224; h&#233;t&#233;roland&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &lt;i&gt;La biphobie &#231;a n'existe pas, tout ce que vous vivez c'est de l'homophobie, mais avec le privil&#232;ge h&#233;t&#233;ro en plus&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8764 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L187xH156/licornes6-dbd96.png?1781293516' width='187' height='156' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Passing Bi &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on regarde nos v&#233;cus de bi&#183;es et si on lit un peu les frangin&#183;es qui th&#233;orisent dessus (Shiri, te revoil&#224; !), il semblerait que c'est quasi impossible de sortir du placard en tant que bi&#183;es. Ou alors on doit le faire encore et encore et encore et encore... Il n'y a pas de r&#233;el &#034;passing&#034; bi, pas de mani&#232;re de s'afficher publiquement comme tel&#183;le : si on a un look queer, on passe pour homo ; sinon, on passe pour h&#233;t&#233;ro. Pas de troisi&#232;me option, sauf dans des situations un peu drama ou qui impliquent un affichage extr&#234;me, du genre &#034;je roule des pelles &#224; des mecs ET des meufs dans la m&#234;me soir&#233;e&#034; ou encore &#034;ch&#233;rie, je te quitte pour un autre&#034;. Et d&#232;s que la situation est pass&#233;e, dans la t&#234;te des gens on retourne d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre de la monosexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seules personnes qui nous identifient comme bi&#183;es, sans que l'on aie besoin en permanence d'un badge taille XXL qui clame notre bisexualit&#233;... ce sont des autres bi&#183;es ! Et encore, pas toustes. Plut&#244;t celleux qui ont d&#233;j&#224; (presque) gagn&#233; la bataille contre leur biphobie int&#233;rioris&#233;e. On se reconnait timidement, sur des petits riens qu'on serait bien en peine de nommer. Et on garde l'information secr&#232;te, quelque soit le milieu, queer ou h&#233;t&#233;ro : il ne s'agirait pas d'outer un&#183;e frangin&#183;e bi&#183;e sans son autorisation. On h&#233;site m&#234;me &#224; en parler &#224; la personne concern&#233;e, de peur de se tromper et de s'outer soi m&#234;me aupr&#232;s de quelqu'un&#183;e qui ne nous voudrait pas du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup, si on ne passe que tr&#232;s peu pour bi&#183;e, il se passe quoi pour nous ? Et bien on passe constamment, de mani&#232;re volontaire ou impos&#233;e, comme faisant partie de groupes auxquels on n'appartient pas vraiment. Cela nous donne certes acc&#232;s &#224; certains avantages (par exemple via le fait d'&#234;tre pris&#183;e pour h&#233;t&#233;r@), mais avec toujours le risque d'&#234;tre d&#233;couvert&#183;e comme imposteur. Et alors l&#224;, on nous le fait payer cher ! Nous sommes des traitres, on contamine, on souille les espaces bien propres du monosexisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que bi&#183;e, la question de &#034;quand s'outer&#034; se pose en permanence, surtout dans les espaces de flirt, sans r&#233;ponse satisfaisante. D'o&#249; par exemple l'isolement, les probl&#232;mes de sant&#233; mentale, mais aussi les violences conjugales comme moyen de nous faire payer notre transgression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#034;refuge d'h&#233;t&#233;roland&#034; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, revenons sur cette question des privil&#232;ges que les bi&#183;es auraient en passant pour h&#233;t&#233;r@s. Subitement, &#234;tre au placard deviendrait une chance... Du fait d'&#234;tre bi.e, on aurait une porte de sortie des oppressions : retourner au placard et se r&#233;fugier &#224; h&#233;t&#233;roland, avec tous les privil&#232;ges que &#231;a implique. On serait m&#234;me des genres d'hybrides, &#233;ternellement dans l'entreb&#226;illement du placard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, mais : ce fameux privil&#232;ge de pouvoir continuer &#224; se cacher, sur quoi il tient ? Parce que, admettons que le le placard soit une chance, alors dans ce cas c'est une chance partag&#233;e bien au-del&#224; des bi&#183;es. Si on se dit que le placard, c'est une super cabane, &#231;a vaut pour tout le monde, les lesbiennes et les gays compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et habituellement, c'est pas consid&#233;r&#233; comme une tr&#232;s bonne cabane. C'est m&#234;me plut&#244;t carr&#233;ment une souffrance, tr&#232;s souvent une situation subie, associ&#233;e &#224; la peur. Et sortir son esprit du placard, puis en sortir tout enti&#232;r&#183;e, quand c'est voulu, c'est m&#234;me plut&#244;t consid&#233;r&#233; comme un grand moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi pour nous, &#231;a serait un privil&#232;ge d'y retourner et un refuge d'y &#234;tre ? L'argumentaire classique, celui qu'on entend, c'est qu'on peut se cacher, qu'on peut (se) mentir, qu'on peut nier nos d&#233;sirs, nos v&#233;cus et nos relations, qu'on peut douter&#8230; C'est un peu &#233;trange de devoir le redire comme &#231;a, mais le placard, c'est le m&#234;me, et il a jamais vraiment transpir&#233; le fun. Et que m&#234;me s'il donne acc&#232;s &#224; certains (petits) avantages, il ne fait pas dispara&#238;tre d'un coup de baguette magique toutes les oppressions que l'on peut vivre en tant que bi&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, il faut trancher, soit le placard est un havre de paix et de s&#233;curit&#233; &#224; H&#233;t&#233;roland, soit c'est source de mal-&#234;tre et c'est une violence. Et ce, pour TOUT le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Clich&#233; : &#034;Les bi&#183;es sont des sales traitres a la cause&#034;&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_8765 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L211xH232/licornes7-6e0e5.png?1781293516' width='211' height='232' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La trahison par la (soit-disant) int&#233;gration &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que la bisexualit&#233; aurait une esp&#232;ce de super statut et d'acceptation dans h&#233;t&#233;roland, c'est tenace et &#231;a &#224; de l'ampleur depuis les ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a vient pas de nulle part : des m&#233;dias tr&#232;s populaires et importants font des unes sur la bisexualit&#233;, en mode grande vitrine de coolitude. Mais dans les faits, c'est pas un traitement de fond, c'est plut&#244;t quelques pics o&#249; la visiblit&#233; est grande et fait le focus sur des c&#233;l&#233;brit&#233;s. Par exemple, dans le genre ancien il y a la Une 'Bi Chic' du TimeMagazine, et dans le genre r&#233;cent, l'&#233;norme succ&#232;s musical &#034;I kissed a girl&#034;. Le reste du temps, la bisexualit&#233; est totalement absente (voir la partie sur l'invisibilisation des bi&#183;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des trucs qui se popularisent avec cette tendance &#224; la coolitude bi : l'id&#233;e que &#034;de toute fa&#231;on tout le monde est un peu bi&#183;e&#034;, des mots comme &#034;bicurieux&#183;ses&#034;, tout &#231;a diffus&#233; par les radios, les magazines et les t&#233;l&#233;s, et bient&#244;t ancr&#233; comme une repr&#233;sentation type : les bi&#183;es que l'on montre sont avant tout des bi&#183;es blanc&#183;hes, essentiellement des meufs, de classe moyenne sup (et cis, bien entendu). Les autres, nous n'existons toujours pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une jolie vitrine de la bisexualit&#233;, avec juste derri&#232;re tous les principaux clich&#233;s qui font tellement de mal aux bi&#183;es : la chaudasse, la licorne, les traitres, l'infid&#232;le, etc. Parce que cette coolitude, elle n'existe qu'associ&#233;e &#224; h&#233;t&#233;roland, au potentiel plan &#224; 3, &#224; une libido d&#233;mesur&#233;e, &#224; une sexualit&#233; exotique et d&#233;vou&#233;e. Toute relation plus s&#233;rieuse serait un malentendu, entrav&#233; de jalousie et de violences conjuguales (en moyenne plus &#233;lev&#233;es que celles v&#233;cues par les h&#233;t&#233;r@s, on le rappelle, voir la partie sur les oppressions syst&#233;miques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette coolitude de fa&#231;ade peut donner l'impression qu'il n'y aurait aucune oppression. En tout cas, qu'il y a en aurait moins. C'est cette pr&#233;tendue &#8220;meilleure place&#8221; qui fait que les bi&#183;es sont dans le meilleur cas consid&#233;r&#233;&#183;es comme des alli&#233;&#183;es au sein milieux queer/tpg, sans jamais vraiment en faire partie. C'est cette pr&#233;tendue &#8220;meilleure place&#8221; qui permet par exemple &#224; des queers de moins soutenir des meufs bies que des meufs h&#233;t&#233;ras dans leurs relations violentes avec des mecs cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les meufs cis bies : la trahison de la gouinerie et du f&#233;minisme &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(en groupe de parole f&#233;ministe queer) &#171; &lt;i&gt;Ici c'est pas l'espace pour causer de tes relations h&#233;t&#233;ro&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tra&#238;trise politique implique qu'il y a trahison des valeurs politiques du milieu, soit trahison d'un f&#233;minisme blanc queer et anar. Cela est d&#251; au fait que la plupart des personnes qui le composent sont afab, avec une majorit&#233; de meufs cis gouines blanches et c'est donc &#224; partir du v&#233;cu majoritaire de ces personnes que la doctrine et la pens&#233;e du milieu s'est construite et impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennemi politique est le mec cis (h&#233;t&#233;ro mais cis en g&#233;n&#233;ral) car il incarne la figure dominante du patriarcat. Heureusement, il existe des critiques de plus en plus visibles sur le fait que toutes les masculinit&#233;s ne se vallent &#233;videmment pas et ne sont pas n&#233;cessairement toxiques (hommes racis&#233;s, pauvres, hommes trans ou personnes trans masculines, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans cette configuration de pens&#233;e f&#233;ministe blanche anar/queer, continuer &#224; VOULOIR coucher avec l'ennemi par d&#233;sir / amour / etc., sans r&#233;tribution codifi&#233;e comme celle du travail du sexe est per&#231;u comme une trahison &#224; la &#034;gouinerie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'explique : Le sentiment d'appartenance au milieu tpg et les hi&#233;rarchies intracommunautaires se construisent (m&#234;me si personne ne dit vouloir cela) sur une hi&#233;rarchie des oppressions (race, genre, classe, validisme), coupl&#233;e &#224; une narration de soi &#034;critique&#034;, en mode &#8220;j'ai bien compris ce qu'on attend de moi pour &#234;tre reconnu&#183;e dans ma valeur&#8221;. Cela a des impacts directs sur nos histoires de coeur et de cul. Autrement dit, pour &#234;tre reconnu&#183;e dans le milieu, il faut coucher de pr&#233;f&#233;rence avec les membres du-dit milieu, SURTOUT quand t'es une meuf cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, sans cadre mat&#233;rialiste tel que le &#034;travail du sexe&#034;, vouloir faire perdurer et incarner une situation d'exploitation (ici les rapports cish&#233;t&#233;ros) est percu comme une forme avanc&#233;e de stupidit&#233; face &#224; un milieu qui apporterait toutes les solutions alternatives &#224; ce que propose h&#233;t&#233;roland, notamment sexuellement et affectivement. Soutenir des bies dans leurs relations avec des mecs cis, &#231;a serait accepter que des frangines &#8220;sortent du milieu pour coucher&#8221; et donc reconna&#238;tre que la gouinerie f&#233;ministe n'a pas tout r&#233;solu en terme d'alternatives de vie au monde cish&#233;t&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors comme le probl&#232;me ne PEUT PAS venir de notre cher milieu (non non), ce sont forc&#233;ment les meufs d&#233;sign&#233;es comme bies ou h&#233;t&#233;ras qui sont les coupables, en retournant toujours vers les hommes cis apr&#232;s des histoires de gouines. &#192; la trahison personnelle s'ajoute donc la trahison politique. Les queers accorderaient-iels donc tant d'importance politique aux relations sexuelles, pour en faire ainsi le centre de leur r&#233;volution ? Est-ce vraiment en fliquant mutuellement nos coucheries qu'on veut renverser ce monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mecs cis bi : des predateurs infiltr&#233;s &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(une meuf cis en parlant d'un copain cis p&#233;d&#233;) &#171; &lt;i&gt;Ah mais il est bi en fait ?? Je vais plus me sentir &#224; l'aise &#224; dormir avec lui, du coup&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biphobie envers les mecs cis, en tout cas dans les milieux queer/tpg, est assez diff&#233;rente de celle envers les meufs cis. Parce qu'il n'aurait pas &#8220;compl&#232;tement&#8221; quitt&#233; h&#233;t&#233;roland, le mec cis bi appartient encore &#224; la classe de &#8220;l'ennemi&#8221;. C'est un pr&#233;dateur en puissance. L'accepter parmi nous, c'est laisser entrer le tra&#238;tre et le danger. Car c'est bien connu, les mecs cis bi dans les milieux queer/f&#233;ministes, ils sont juste l&#224; pour p&#233;cho de la meuf d&#233;construite. Et d'ailleurs ils sont pas vraiment bi, ils disent juste &#231;a pour augmenter leur street-cred et baiser plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on essaie de pousser l'argumentaire sur des bases f&#233;ministes mat&#233;rialistes, y'a des trucs qui font sens au premier abord : oui, puisque les mecs cis (bi) sont les terribles agents du patriarcat, sortir avec comporte son lot de violences potentielles. Mais n'est-ce pas la m&#234;me pour toute dynamique relationnelle, puisque toutes les relations comportent, &#224; des degr&#233;s divers, des rapports de pouvoirs et de domination ? Dans ce cas, pourquoi diaboliser les uns, mais pas les autres ? Certain&#183;es pourraient dire qu'un p&#233;d&#233; cis avec une personne transmasc, c'est une relation queer, que c'est pas pareil ; que m&#234;me s'il y a des rapports de pouvoir, c'est pas exactement la m&#234;me vu que &#231;a concerne des personnes queer. Ok. Mais alors !breaking news ! : une relation entre une personne bie et une autre personne queer&#8230; ben c'est une relation queer aussi. Les mecs cis bi sont queers, eux aussi. Aucun&#183;e de nous n'est &#8220;&#224; moiti&#233; h&#233;t&#233;r@ et &#224; moiti&#233; homo&#8221;. On est bi&#183;es, on est l&#224;, et on est queer. LES MECS CIS BI AUSSI. Faut le r&#233;p&#233;ter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, avec des croyances pareilles, on voit la difficult&#233; que peuvent avoir les mecs cis bi dans nos milieux &#224;&#8230; ben tout simplement &#224; exister, en fait. Aucun&#183;e de nous n'a envie d'&#234;tre constamment trait&#233;&#183;e en ennemi par les gens qui devraient constituer notre communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les personnes trans, dans tout &#231;a ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nan mais toi t'es trans, &#231;a compte pas&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a &#233;voqu&#233; dans l'intro : du fait de leur parcours de genre, les personnes trans b&#233;n&#233;ficient d'une sorte &#8220;d'immunit&#233; &#224; la biphobie&#8221;. On est d&#233;j&#224; bien assez &#8220;cool&#8221; d'&#234;tre trans, on peut donc bien coucher avec qui on veut et s'&#233;tiqueter comme on veut. D'ailleurs, la coolitude &#231;a s'attrape comme comme une IST : coucher avec nous, &#231;a fait monter la fame de nos amant&#183;es cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre-argumentaire : Berk. Caca. #transphobie #biphobie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ouais, on va pas faire plus d'effort tellement &#231;a nous saoule comme rh&#233;torique)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Theorie politique radicale bie&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_8766 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L416xH411/licornes8-6f250.png?1781293516' width='416' height='411' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la difficult&#233; pour les bi&#183;es de faire communaut&#233;, et donc de cr&#233;er du commun, il existe une pens&#233;e politique bi radicale, port&#233;e notamment par plusieurs auteur&#183;es bi&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shiri Eisner, dans Bi : Notes for a bisexual revolution , d&#233;finit l'approche politique radicale comme une approche qui vient critiquer les structures de pouvoir et de domination, structures &#224; la racine des oppressions. Elle y oppose une approche lib&#233;rale, ou assimilationniste, qui consiste avant tout pour les populations opprim&#233;es &#224; lutter pour obtenir des droits &#233;gaux (ex : mariage entre personnes de m&#234;me sexe) et donc &#224; se &#034;normaliser&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, ce choix entre les deux modes de lutte, se posait d&#232;s les d&#233;buts des mouvements bi, comme en 1993 dans un article de Paula C. Rust, &#034;Conceptualiser la bisexualit&#233;&#034;, &#233;dit&#233; dans le recueil Closer to Home : Bisexuality and Feminism : &#034;Si [...] nous adoptons une id&#233;ologie lib&#233;rationniste, le mouvement bisexuel pourrait r&#233;ussir &#224; ajouter un nouveau groupe de personnes &#224; la longue liste des minorit&#233;s opprim&#233;es. Si plut&#244;t nous rompons avec les r&#233;centes traditions politiques, alors le mouvement bisexuel a le potentiel de changer radicalement la fa&#231;on dont nous voyons le genre et la sexualit&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devons-nous pr&#233;ciser que c'est dans la pens&#233;e bi radicale que nous &#8211; auteur&#183;es de cette brochure et complices &#8211; nous retrouvons le mieux ? C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que le potentiel subversif de la bisexualit&#233; se d&#233;ploie en chatoyant de mille feux (au moins tout &#231;a !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si tout au long de cette brochure on a principalement donn&#233; des contre-argumentaires aux principaux clich&#233;s sur les bi&#183;es auxquels nous faisons face dans nos communaut&#233;s (et &#224; h&#233;t&#233;roland !), on veut aussi venir questionner les raisons m&#234;me de cette biphobie et du monosexisme dont elle d&#233;coule. Pourquoi cette n&#233;cessit&#233; d'invisibiliser les bi&#183;es, ou &#8211; quand on admet notre existence &#8211; de nous faire porter tant de clich&#233;s d&#233;vastateurs ? Cet effacement des bi&#183;es par le monosexisme a &#233;t&#233; trait&#233; par Yo Shino, dans The epistemic contract of bisexual erasure. Si on nous d&#233;nigre autant, c'est parce que notre existence est une menace pour les mondes homo- et h&#233;t&#233;rosexuels : nous venons brouiller les pistes, transgresser les fronti&#232;res, pas seulement du d&#233;sir et de la sexualit&#233; mais aussi du genre, de la famille, de la monogamie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple : certes, contrairement aux clich&#233;s, tou&#183;tes les bi&#183;es ne sont pas infid&#232;les/poly/salopes/etc. Mais il est vrai que la bisexualit&#233; en elle-m&#234;me invite &#224; se questionner sur la monogamie et sa pertinence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clairement, la permission et la possibilit&#233; du polyamour est une cat&#233;gorie de questions soulev&#233;es par la bisexualit&#233;. Lorsque nous imaginons des dynamiques familiales fluides, ou les unions capables d'&#234;tre cr&#233;&#233;es par de telles relations, nous commen&#231;ons &#224; entrevoir la n&#233;cessit&#233; de quelque chose de bien diff&#233;rent des unions monogames approuv&#233;es par l'&#201;tat. (How Queer !, 2016, introduction de Faith Beauchemin - traduction dans la brochure Bisexuality and Feminism - How queer !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette peur de la bisexualit&#233;, vue par le monosexisme comme une menace, est d&#233;velopp&#233;e plus avant par Jo Eadie, dans Activating Bisexual Theory, en s'appuyant sur les travaux de l'anthropolgue Mary Douglas autour de la puret&#233; et du danger. Selon Mary Douglas, la salet&#233;, c'est &#034;de la mati&#232;re qui n'est pas &#224; sa place&#034;, &#034;un sous-produit d'un syst&#232;me d'ordre et de classification&#034; dont les tentatives d'&#233;radication sont en fait des tentatives pour contr&#244;ler et r&#233;guler l'ordre social. Pour Jo Eadie, tout comme pour Shiri Eisner, la bisexualit&#233; fait peur car elle vient polluer l'ordre social monosexiste : elle n'a pas de place, elle s'ins&#232;re dans les br&#232;ches et agit donc comme une menace pour l'ordre &#233;tabli. Et on le sait : c'est de la transgression, de la pollution, m&#234;me ! que naissent les r&#233;volutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pollution et l'hybridit&#233; sont &#224; la base de la bisexualit&#233; : au lieu de nous ranger sagement, nous pouvons &#234;tre f&#233;rocement inauthentiques, ind&#233;cis&#183;es, multiples, transgressif&#183;ves, invasifs&#183;ves ! En d&#233;fon&#231;ant les barri&#232;res, en m&#233;langeant les genres, en acceptant la diversit&#233; de nos identit&#233;s et de nos d&#233;sirs, en refusant d'&#234;tre &#034;acceptables&#034;, nous pouvons p&#233;ter les bases de la cish&#233;t&#233;ronorme. Rien que &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, dit comme &#231;a, &#231;a fait un peu pr&#233;tentieux. Bien s&#251;r que les bi&#183;es vont pas changer le monde &#224; elleux seul&#183;es. Ici on parle th&#233;orie politique. Quand on passe &#224; la pratique, TMTC, &#231;a devient vachement plus complexe et nuanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme on l'a point&#233; dans la partie sur le genre : il y a des liens &#233;vidents &#224; faire entre bisexualit&#233; et transgression des normes des genre. Et ce, &#224; la fois comme moyens d'expression individuelle et comme outils de lutte. Les transgressions de genre sont si ch&#232;res &#224; nos milieux queer/tpg... alors pourquoi taper en m&#234;me temps sur la bisexualit&#233; ? &#199;a fait un peu &#034;deux poids deux mesures&#034;, non ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bon, on pense qu'on a dit l'essentiel, on va pas se r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A toi, le&#183;a mono qui a lu cette brochure, si &#231;a t'a parl&#233; et que t'as envie d'am&#233;liorer les choses : cause avec tes potes et dans tes collectifs, &#233;coute les personnes bi&#183;es qui t'entourent (si si, il y en a !) et nomme les propos et comportements biphobes que tu vois. L'id&#233;e c'est pas de sauter &#224; la gorge des gens, mais plut&#244;t d'ouvrir les discussions pour am&#233;liorer les choses. Et si tu doutes de ce qu'on te raconte, essaye un peu de regarder autour de toi. Enfin, si tu es de celleux qui font du gatekeeping pour garder la &#8220;purete&#8221; du milieu, rappelle-toi bien qu'on est l&#224; depuis le d&#233;but, et qu'on ne bougera pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8767 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L190xH259/licornes9-2e69a.png?1781293516' width='190' height='259' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A nous les bi&#183;es&lt;/strong&gt;, n'oublions pas qu'on est nombreux&#183;ses, qu'on est d&#233;j&#224; partout dans les milieux tp(b)g et queer, qu'on a toujours fait partie de l'histoire de ces milieux, pis qu'on est flamboyant&#183;es et incroyables, Alors partout soyons alli&#233;&#183;es, soyons complices, soyons fi&#232;r&#183;es et fort&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bi&#183;bliographie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bon, on va &#234;tre honn&#234;tes, on n'a pas lu dans le d&#233;tail chacune de ces ressources. Si on les cite, c'est soit qu'on les a lues, soit que leurs r&#233;sultats ont &#233;t&#233; cit&#233;s ou utilis&#233;s dans d'autres trucs qu'on a lus (comme le bouquin de Shiri Eisner ou bien d'autres &#233;tudes)... ouf !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Bouquins&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;How Queer ! Personnal narratives from bisexual, pansexual, polysexual, sexually-fluid, and other non-monosexual perspectives, 2016, Faith Beauchemin &lt;br class='manualbr' /&gt;Bi : Notes for a Bisexual Revolution, 2013, Shiri Eisner (bient&#244;t traduit et publi&#233; en fran&#231;ais) &lt;br class='manualbr' /&gt;The epistemic contract of bisexual erasure, 2000, Yo Shino &lt;br class='manualbr' /&gt;Activating Bisexual Theory : lesbian, gay, bisexual politics , 1993, Jo Eadie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Brochures &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bisexuality and Feminism - How queer ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Deux fois plus de chances le samedi soir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapports &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enqu&#234;te nationale sur la bisexualit&#233; de 2019, par SOS Homophobie &#8211; l'ensemble des r&#233;sultats n'est pas encore sorti mais un r&#233;sum&#233; est disponible sur le site de Bicause : &lt;a href=&#034;https://bicause.fr/wordpress/wpcontent/uploads/2019/04/Enqu%C3%AAte-biphobie-Pr%C3%A9cis-2-avril.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bicause.fr/wordpress/wpcontent/uploads/2019/04/Enqu%C3%AAte-biphobie-Pr%C3%A9cis-2-avril.pdf&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Etude de l'INED de 2018 sur les personnes qui se disent bisexuelles en France : &lt;a href=&#034;https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/28720/population.societes.5&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/28720/population.societes.5&lt;/a&gt; 61.decembre.2018.bisexuels.fr.pdf &lt;br class='manualbr' /&gt;Enqu&#234;te nationale sur la bisexualit&#233; de 2015, par SOS Homophobie : &lt;a href=&#034;https://www.sos-homophobie.org/sites/default/files/rapport_bisex&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sos-homophobie.org/sites/default/files/rapport_bisex&lt;/a&gt; ualite_2015.pdf &lt;br class='manualbr' /&gt;&#034;Bisexual Invisibility&#034;, San-Francisco Human Rights Commission, mars 2011 : &lt;a href=&#034;https://sf-hrc.org/sites/default/files/Documents/HRC_Publications/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://sf-hrc.org/sites/default/files/Documents/HRC_Publications/&lt;/a&gt; Articles/Bisexual_Invisiblity_Impacts_and_Recommendations_March_2011. pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sites web &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bicause : &lt;a href=&#034;http://bicause.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://bicause.fr/&lt;/a&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Article des ourses &#224; plumes : &lt;a href=&#034;https://lesoursesaplumes.info/2018/12/10/petit-manueldautodefense-contre-la-bi-panphobie-en-milieu-militant/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lesoursesaplumes.info/2018/12/10/petit-manueldautodefense-contre-la-bi-panphobie-en-milieu-militant/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles de recherche (en anglais)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attitudes toward Bisexual Men and Women among a Nationally &lt;br class='manualbr' /&gt;Representative Probability Sample of Adults in the United States, par Brian Dodge, Debby Herbenick, M. Reuel Friedman, Vanessa Schick, Tsung-Chieh (Jane) Fu, Wendy Bostwick, Elizabeth Bartelt, Miguel Mu&#241;oz-Laboy, David Pletta, Michael Reece, and Theo G. M. Sandfort, 2016 &lt;a href=&#034;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5082634/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5082634/&lt;/a&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Differences in Lesbian, Bisexual, and Heterosexual Women's Experiences of Sexual Assault and Rape in a National U.S. Sample par Sasha N Canan, Kristen N Jozkowski, Jacquelyn D Wiersma-Mosley, Mindy Bradley, Heather Blunt-Vinti, dans Journal of interpersonal violences, juillet 2019 &lt;a href=&#034;https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31347442/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31347442/&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sexual victimization and associated risks among lesbian and bisexual women, par Amy L. Hequembourg, Jennifer A. Livingston, and Kathleen A. Parks, dans Violence Against Women, mai 2013 &lt;a href=&#034;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3706505/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3706505/&lt;/a&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Dimensions of sexual orientation and the prevalence of mood and anxiety disorders in the United States. par Bostwick WB, Boyd CJ, Hughes TL, McCabe SE., dans American Journal of Public Health. 2010 &lt;a href=&#034;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2820045/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2820045/&lt;/a&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Individual and Social Factors Related to Mental Health Concerns Among Bisexual Men in the Midwestern United States. par Dodge B, Schnarrs PW, Reece M, Martinez O, Goncalves G, Malebranche D, et al. , dans Journal of Bisexuality. 2012 &lt;a href=&#034;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3383005/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3383005/&lt;/a&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;A meta-analysis of disparities in childhood sexual abuse, parental physical abuse, and peer victimization among sexual minority and sexual nonminority individuals. par Friedman MS, Marshal MP, Guadamuz TE, Wei C, Wong CF, Saewyc EM, et al., dans American Journal of Public Health. 2011 &lt;a href=&#034;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3134495/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3134495/&lt;/a&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Lifetime prevalence of mental disorders and suicide attempts in diverse lesbian, gay, and bisexual populations. par Meyer IH, Dietrich J, Schwartz S. , dans American Journal of Public Health. 2008 &lt;a href=&#034;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2377299/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2377299/&lt;/a&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;A Systematic Review of Research on Intimate Partner Violence Among Bisexual Women, par Autumn Bermea, Brad van Eeden-Moorefield, Lyndal Khaw, dans Journal of Bisexuality, December 2018 &lt;a href=&#034;https://www.researchgate.net/publication/329591000_Journal_of_&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.researchgate.net/publication/329591000_Journal_of_&lt;/a&gt; Bisexuality_A_Systematic_Review_of_Research_on_Intimate_Part ner_Violence_Among_Bisexual_Women&lt;br class='manualbr' /&gt;Differences in Lesbian, Bisexual, and Heterosexual Women's &lt;br class='manualbr' /&gt;Experiences of Sexual Assault and Rape in a National U.S. Sample par Sasha N Canan, Kristen N Jozkowski, Jacquelyn D WiersmaMosley, Mindy Bradley, Heather Blunt-Vinti, dans Journal of interpersonal violences, juillet 2019 &lt;a href=&#034;https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31347442/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31347442/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pour nous contacter :&lt;br class='manualbr' /&gt;licornes-enrages@proton.me&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/les_licornes-existent_et_ont_la_rage-28pa4-avril2023-cahier.pdf" length="901811" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/les_licornes-existent_et_ont_la_rage-56pa5-avril2023-pageparpage.pdf" length="794454" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le langage est politique</title>
		<link>https://test.infokiosques.net/Le-langage-est-politique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://test.infokiosques.net/Le-langage-est-politique</guid>
		<dc:date>2022-12-03T13:32:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ballast, Maria Candea</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme, (questions de) genre</dc:subject>
		<dc:subject>Art, Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Interview de la linguiste Maria Candea par la revue &lt;i&gt;Ballast&lt;/i&gt;, &#224; propos de l'histoire et de l'actualit&#233; du fran&#231;ais, et du r&#244;le de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Feminisme-questions-de-genre" rel="tag"&gt;F&#233;minisme, (questions de) genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Art-Culture" rel="tag"&gt;Art, Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Infokiosque-fantome-partout" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH78/le-langage-est-politique-300-f74c4.png?1781293516' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='78' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/le-langage-est-politique-150.png?1770924230&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Maria Candea est enseignante-chercheuse en linguistique et sociolinguistique &#224; l'universit&#233; de Paris 3 (Sorbonne Nouvelle) et membre du comit&#233; de r&#233;daction de la &lt;a href=&#034;http://www.revue-glad.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue &#233;lectronique GLAD !&lt;/a&gt; &#8212; sous-titr&#233;e Recherche sur le langage, le genre et les sexualit&#233;s. Pour cette chercheuse engag&#233;e, longtemps militante dans l'association f&#233;ministe Mix-Cit&#233;, les convictions politiques sont parfaitement compatibles avec la recherche, &#224; condition d'&#234;tre r&#233;interrog&#233;es en permanence. Quoi de plus normal que d'interroger politiquement un objet politique, le langage ? Oui, un objet politique, historique et social. Sait-on assez que le masculin ne l'a pas toujours emport&#233; sur le f&#233;minin ? Que l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, qui assure d&#233;cr&#233;ter ce qu'est le &#171; bon fran&#231;ais &#187;, est pour l'essentiel compos&#233;e d'absent&#233;istes ? Que les citoyens ont un mot &#224; dire sur les choix qui gouvernent notre orthographe ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ballast : Les membres de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise ont rendu hommage &#224; Simone Veil, en parlant de leur &#171; &lt;i&gt;confr&#232;re d&#233;c&#233;d&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Ils ne vont pas jusqu'&#224; dire &#171; cons&#339;ur &#187;, mais ils accordent au f&#233;minin ! Un grand pas en avant depuis la notice d'Assia Djebar, enti&#232;rement r&#233;dig&#233;e au masculin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Confr&#232;re, Mme Assia Djebar, Chevalier de la L&#233;gion d'honneur, Commandeur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Dans le m&#234;me temps, le Premier ministre lance un &#171; Madame le ministre &#187;, au JT de France 2. Qu'est-ce que cela vous inspire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; &#199;a montre que, petit &#224; petit, les gens prennent conscience du fait que le langage est politique. Le fait que l'Acad&#233;mie fran&#231;aise n'ait pas os&#233; masculiniser Simone Veil (et ait corrig&#233; presque en cachette la notice d'Assia Djebar !) montre qu'ils sont forc&#233;s de s'adapter &#224; une certaine &#233;volution politique &#8212; pour le coup, on peut accorder au masculin, vu la pr&#233;sence masculine et l'id&#233;ologie masculiniste de l'Acad&#233;mie ! C'&#233;tait sans doute difficile de masculiniser une figure f&#233;ministe comme Simone Veil&#8230; Quant &#224; &#201;douard Philippe, en disant &#171; Madame le ministre &#187;, il affiche certaines positions politiques. Quand quelqu'un comme lui, de son &#226;ge, de sa g&#233;n&#233;ration, emploie le masculin pour parler d'une femme ministre, c'est forc&#233;ment un choix, une condescendance d&#233;lib&#233;r&#233;e. Cela montre que, pour lui, &#234;tre ministre reste un m&#233;tier traditionnellement masculin : on accepte les femmes mais on les garde sur des strapontins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Cette sortie n'a pas relanc&#233; les d&#233;bats sur la f&#233;minisation, contrairement au fameux &#171; Madame le Pr&#233;sident &#187; lanc&#233; &#224; l'Assembl&#233;e nationale, en 2014, &#224; Sandrine Mazetier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le d&#233;put&#233; Julien Aubert avait &#233;t&#233; mis &#224; l'amende apr&#232;s s'&#234;tre obstin&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Ce n'est pas un sujet nouveau. Les d&#233;bats, on les a eus ; les arguments sont connus. Maintenant, les gens prennent position. Tout le monde ne prend pas les m&#234;mes positions sur l'&#233;galit&#233; et d'autres sujets politiques : pourquoi serait-on d'accord sur le langage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Vous avez co-&#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec Y. Chevalier, S. Duverger, A.-M. Houdebine, sous la direction d'E. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; un ouvrage, &lt;i&gt;L'Acad&#233;mie contre la langue fran&#231;aise&lt;/i&gt;, qui est une attaque en r&#232;gle contre l'Acad&#233;mie, son ignorance et ses nuisances. Pourquoi tant de haine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Alors, haine&#8230; Oui, si quand m&#234;me, c'est de la haine ! (&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;) Avec le temps, l'Acad&#233;mie fran&#231;aise a bien r&#233;ussi sa politique de communication, si bien qu'il y a encore beaucoup de gens qui pensent que c'est &#224; l'Acad&#233;mie de dire comment on doit parler. Pour ma part, je ne leur reconnais aucun r&#244;le, aucune l&#233;gitimit&#233; &#8212; mais il y a tellement de gens qui pensent qu'ils sont l&#233;gitimes que je leur en veux de diffuser ces messages sexistes, conservateurs, r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : En vous lisant, on se rend compte &#8212; et c'est frappant &#8212; qu'on a effectivement tendance &#224; penser que l'Acad&#233;mie fran&#231;aise est l&#233;gitime &#224; parler de langue fran&#231;aise, alors qu'on ne sait pas grand-chose de cette institution. C'est peut-&#234;tre repr&#233;sentatif d'un rapport de confiance spontan&#233;e et aveugle envers les institutions&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Oui, on pense spontan&#233;ment que l'Acad&#233;mie fran&#231;aise est l&#233;gitime &#224; parler de langue fran&#231;aise, alors que c'est vraiment une position usurp&#233;e. Il n'y a aucun linguiste parmi eux ! Ils ne sont pas du tout coopt&#233;s sur la base d'une quelconque formation linguistique. Il y a par exemple Val&#233;ry Giscard d'Estaing. En quoi serait-il l&#233;gitime &#224; dire quelque chose sur la grammaire ? Mais l'incomp&#233;tence des acad&#233;miciens remonte bien plus loin. Selon ses premiers statuts, &#224; sa cr&#233;ation, l'Acad&#233;mie &#233;tait cens&#233;e faire un Dictionnaire, une Grammaire, une Po&#233;tique et une Rh&#233;torique. En presque quatre si&#232;cles, ils ont boucl&#233; &#224; peine huit &#233;ditions de leur dictionnaire et ont &#233;dit&#233; une seule grammaire, en 1930&#8230; imm&#233;diatement tourn&#233;e en ridicule par les linguistes &#224; cause de sa pi&#232;tre qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Vous montrez que les acad&#233;miciens sont extr&#234;mement absent&#233;istes et ne font pas le travail pour lequel ils sont pay&#233;s. On a une image de l'Acad&#233;mie un peu ridicule, un peu poussi&#233;reuse, mais pas forc&#233;ment l'image d'une institution parasite.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; C'est un point qui a notamment &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; par Daniel Garcia&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Garcia, Coupole et d&#233;pendances, enqu&#234;te sur l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, Ed. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'Acad&#233;mie fran&#231;aise a un patrimoine exorbitant, parce qu'ils ont des legs de toute sorte. Qu'ils fassent une amicale priv&#233;e avec tout leur argent, d'accord, mais que &#231;a ne soit pas encore cautionn&#233; et augment&#233; par l'&#201;tat et nos imp&#244;ts ! Ils sont extr&#234;mement absent&#233;istes. Le dernier dictionnaire de l'Acad&#233;mie, par exemple, est en train d'&#234;tre r&#233;dig&#233; par des agr&#233;g&#233;s employ&#233;s par le service du dictionnaire, pas par les acad&#233;miciens. Ils sont cens&#233;s coordonner un peu le dictionnaire mais ne le font quasiment jamais &#8212; c'est pour &#231;a qu'ils mettent plus de cent ans &#224; en faire un ! C'est vrai, &#231;a fera bient&#244;t cent ans, leur dernier dictionnaire date de 1935 ! Ils travaillent &#224; la 9e &#233;dition depuis les ann&#233;es 1980&#8230; Maintenant, gr&#226;ce au professionnalisme des &#233;quipes du Robert, Hachette, Larousse, on n'a pas besoin du dictionnaire de l'Acad&#233;mie. Ils ne servent vraiment &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : L'Acad&#233;mie fran&#231;aise a donc un pouvoir abusif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; L'Acad&#233;mie fran&#231;aise a &#233;t&#233;, depuis sa fondation, un pouvoir politique abusif &#8212; d'ailleurs, c'est un peu bizarre qu'une institution, en 2017, se dise l&#233;gitime en se revendiquant de l'Ancien R&#233;gime&#8230; Elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par Richelieu pour prendre le pouvoir sur les lettres et les gens de lettres. M&#234;me le Parlement de l'&#233;poque ne voulait pas ent&#233;riner les statuts de l'Acad&#233;mie parce qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; per&#231;ue comme un pouvoir abusif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Vous montrez &#233;galement qu'il ne s'agit pas seulement d'un pouvoir abusif linguistique, mais bien d'un pouvoir politique. L'Acad&#233;mie fran&#231;aise prend le pr&#233;texte de la langue pour faire passer des id&#233;es r&#233;actionnaires. On se souvient de la phrase de l'acad&#233;micien Pierre Gaxotte, en 1980 : &#171; &lt;i&gt;Si on &#233;lisait une femme, on finirait par &#233;lire un n&#232;gre&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; C'&#233;tait &#224; propos de l'&#233;lection de Marguerite Yourcenar, la premi&#232;re acad&#233;micienne&#8230; Apr&#232;s, Senghor a &#233;t&#233; &#233;lu. Mais tout ne s'est pas termin&#233; dans les ann&#233;es 1980 ; les pr&#233;jug&#233;s sexistes et racistes des acad&#233;miciens ne se sont pas &#233;vapor&#233;s entre-temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Justement : Alain Finkielkraut. Il se sert de sa l&#233;gitimit&#233; &#171; d'Immortel &#187; et d'&#171; amoureux de la langue fran&#231;aise &#187; afin de v&#233;hiculer des messages politiques. Lors d'un petit d&#233;jeuner organis&#233; par l'UMP, il avait associ&#233; les &#171; Beurs &#187; et l'accent &#171; de banlieue &#187; tout en d&#233;plorant un accent qui n'est plus &#171; &lt;i&gt;fran&#231;ais tout &#224; fait&lt;/i&gt; &#187;, ajoutant qu'il n'est du reste pas possible d'&#234;tre n&#233; en France et d'avoir un &#171; accent &#187;. Autant d'aberrations linguistiques, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Finkielkraut semble ignorer la diversit&#233; des accents r&#233;gionaux de France, ce qui est sid&#233;rant. Je travaille depuis quelque temps sur le mythe de l'accent de banlieue, car c'est un mythe, tout comme le st&#233;r&#233;otype du jeune-de-banlieue. Ce qu'on appelle l'accent de banlieue n'est pas li&#233; &#224; l'immigration, &#224; un territoire, &#224; une religion, comme le dit Finkielkraut, ni m&#234;me &#224; un profil social, mais &#224; une affiliation de groupe. C'est une pratique stylistique li&#233;e &#224; la culture de rue. Et tous les jeunes d'un quartier ne se sentent pas concern&#233;s de la m&#234;me mani&#232;re par cette culture ! C'est fluide, c'est un style et aussi un ph&#233;nom&#232;ne de mode, avec quelques traits h&#233;rit&#233;s du fran&#231;ais populaire (par exemple, un certain type de prononciation, l'allongement de l'avant-derni&#232;re syllabe, d&#233;crit depuis le XIXe si&#232;cle). Ce n'est donc en aucun cas un accent h&#233;rit&#233; de parents immigr&#233;s, qui montrerait quoi que ce soit d'&#171; anti-fran&#231;ais &#187;. D'ailleurs, la plupart du temps, les parents de ces jeunes ne parlent pas du tout comme leurs enfants ! Les propos de Finkielkraut rel&#232;vent, pour moi, tout simplement du racisme (le mot &#171; beur &#187; prend, du reste, une connotation raciste de nos jours) et de l'ignorance. &#199;a contribue &#224; propager des clich&#233;s qui n'ont rien &#224; voir avec les dynamiques linguistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : On est &#233;galement surpris par l'extr&#234;me pauvret&#233; des arguments de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise contre les tentatives de f&#233;minisation des noms de m&#233;tiers&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Bien souvent, ce ne sont m&#234;me pas des arguments. Par exemple, les acad&#233;miciens n'aiment pas &lt;i&gt;doctoresse&lt;/i&gt; parce que &#231;a rime avec &lt;i&gt;fesse&lt;/i&gt;. Comment peut-on compter cela comme un argument contre l'accord grammatical ? &#192; ce compte-l&#224;, &#231;a rime aussi avec &lt;i&gt;princesse, enchanteresse&lt;/i&gt;&#8230; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Fumaroli&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fumaroli&lt;/a&gt; ne veut pas qu'on dise &lt;i&gt;rectrice&lt;/i&gt;, qui lui fait penser &#224; &lt;i&gt;rectal&lt;/i&gt;, alors que tout le monde dit &lt;i&gt;directrice, actrice&lt;/i&gt;. Tous ces arguments esth&#233;tiques ne veulent pas dire grand-chose ; ce sont juste des questions d'habitude. Un autre exemple de mauvaise foi : dans une interview en 2015, sur Arte, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Erik_Orsenna&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;rik Orsenna&lt;/a&gt; a d&#233;clar&#233; qu'&lt;i&gt;&#233;crivaine&lt;/i&gt; n'&#233;tait pas un joli terme parce qu'on entendait &lt;i&gt;vaine&lt;/i&gt;. Toujours le m&#234;me pseudo-argument &#233;cul&#233;, rejet&#233; par la journaliste, Nadia Daam, qui lui a fait remarquer que dans &lt;i&gt;&#233;crivain&lt;/i&gt; on entendait aussi &lt;i&gt;vain&lt;/i&gt;. Il n'y avait m&#234;me pas pens&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : L'Acad&#233;mie fran&#231;aise accepte la f&#233;minisation des m&#233;tiers situ&#233;s en bas de l'&#233;chelle sociale, mais pas celle de ceux tenus pour &#171; importants &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Oui, &#231;a n'a absolument aucune coh&#233;rence linguistique ; on voit bien que leur position est politique. Cela t&#233;moigne de leur sexisme mais aussi de leur m&#233;pris de classe. Ils se battent pour les fonctions qui leur semblent importantes. On voit que ce combat se d&#233;place quand on observe l'histoire des mots : par exemple, &lt;i&gt;&#233;tudiante&lt;/i&gt; est jug&#233; comme un mot extr&#234;mement vulgaire &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, quand les femmes qui s'&#233;taient battues pour avoir acc&#232;s &#224; l'universit&#233; y sont enfin parvenues. &lt;i&gt;&#201;tudiante&lt;/i&gt;, &#231;a voulait dire &lt;i&gt;prostitu&#233;e pour &#233;tudiant&lt;/i&gt;. Maintenant, plus personne, m&#234;me pas l'Acad&#233;mie, ne trouve ce mot choquant. Au lieu d'admettre qu'en fran&#231;ais tous les noms de m&#233;tiers s'accordent avec le genre de la personne qui les exerce, l'Acad&#233;mie pr&#233;f&#232;re l&#233;gif&#233;rer au cas par cas, de mani&#232;re arbitraire. &lt;i&gt;Pharmacienne&lt;/i&gt; figure dans le dernier dictionnaire de l'Acad&#233;mie, mais &lt;i&gt;chirurgienne&lt;/i&gt; n'est pas admis : allez trouver une logique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : On a tendance &#224; penser la langue comme apolitique et anhistorique : peut-&#234;tre est-ce l'une des raisons qui nous conduit &#224; ne pas prendre la mesure de toutes ces manipulations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Oui. On ne conna&#238;t pas l'histoire de la langue ni celle de la normalisation de la langue. Ce n'est absolument pas enseign&#233; &#224; l'&#233;cole et on en voit les effets &#8212; par exemple avec les croyances au sujet de l'orthographe. Les gens pensent sinc&#232;rement que &#171; la langue de Moli&#232;re &#187; est la m&#234;me que la n&#244;tre, que si on fait une r&#233;forme de l'orthographe on va d&#233;former &#171; la langue de Moli&#232;re &#187;. Alors que Moli&#232;re, comme Racine, c'est retranscrit, c'est retraduit. Il y a eu plusieurs r&#233;formes de l'orthographe depuis les &#233;ditions de la fin du XVIIe, qu'on peut retrouver sur &lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70163k/f3.image&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gallica&lt;/a&gt;. Ce qui a chang&#233;, c'est le vocabulaire, en partie, la syntaxe, un peu, mais surtout l'orthographe. Elle &#233;tait tr&#232;s diff&#233;rente au XVIIe si&#232;cle : pas de diff&#233;rence entre le &lt;i&gt;u&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;v&lt;/i&gt;, pas de circonflexe, l'usage des &lt;i&gt;tildes &lt;/i&gt; pour noter les nasales&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : L'orthographe est historique, mais serait-elle aussi politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Oui. Il y a toujours eu plusieurs variantes orthographiques en concurrence dans les usages, mais la tradition de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise a toujours &#233;t&#233; de choisir les variantes les plus difficiles. C'&#233;tait un choix nettement politique et &#233;litiste ; il s'agissait de choisir les variantes les plus &#233;loign&#233;es de l'&#233;criture &#171; &lt;i&gt;des ignorants et des simples femmes&lt;/i&gt; &#187;, qui avaient tr&#232;s peu acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation scolaire et qui &#233;crivaient de mani&#232;re plus proche de la prononciation. Pourtant, le courant &#171; phon&#233;tiste &#187;, qui plaidait pour une &#233;criture proche de la prononciation, a exist&#233; d&#232;s le XVIIe si&#232;cle, y compris parmi les premiers acad&#233;miciens, mais il n'a jamais r&#233;ussi &#224; s'imposer. Pendant longtemps, l'&#233;criture a &#233;t&#233; dissoci&#233;e de l'orthographe. On apprenait d'abord &#224; &#233;crire et puis ensuite, &#233;ventuellement, &#224; &#171; mettre l'orthographe &#187; en lien avec l'&#233;tude du latin et du grec. &#192; l'&#233;poque, jusqu'au XIXe-XXe, l'orthographe n'est vraiment pas destin&#233;e &#224; tous : c'est une pratique de distinction sociale. Cela a pos&#233; beaucoup de probl&#232;mes quand, &#224; la fin du XIXe, avec la d&#233;mocratisation de l'enseignement, il s'est agi d'enseigner &#224; tout le monde quelque chose qui avait justement &#233;t&#233; invent&#233; pour ne pas &#234;tre pour tout le monde. On souffre actuellement de cette situation-l&#224; dans l'enseignement, par rapport &#224; d'autres langues romanes comme l'espagnol, dont l'orthographe respecte bien davantage la prononciation et non l'&#233;tymologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Pouvez-vous donner un exemple de choix orthographique de pure distinction sociale, sans logique linguistique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Oh, il y en a plein. &lt;i&gt;Boursoufl&#233;&lt;/i&gt; s'&#233;crit avec un seul &lt;i&gt;f&lt;/i&gt;, tandis que souffl&#233; s'&#233;crit avec deux. Il y aurait beaucoup &#224; dire sur les consonnes doubles en fran&#231;ais&#8230; De m&#234;me, la transcription des mots d'origine grecque a toujours fait d&#233;bat. En fran&#231;ais, on a choisi de privil&#233;gier la repr&#233;sentation de l'&#233;tymologie dans l'orthographe, contrairement &#224; l'italien, &#224; l'espagnol, au portugais, au catalan ou au roumain, o&#249; il n'y a pas de &lt;i&gt;ph&lt;/i&gt; mais un &lt;i&gt;f&lt;/i&gt;, pas de &lt;i&gt;y&lt;/i&gt; mais un &lt;i&gt;i&lt;/i&gt;. On a donc longtemps &#233;crit &lt;i&gt;rhythme&lt;/i&gt; en fran&#231;ais, pour marquer par la notation de trois sons le fait que ce mot venait du grec. Mais au XIXe si&#232;cle, m&#234;me l'Acad&#233;mie a fini par trouver que trois lettres grecques dans un seul mot, &#231;a faisait trop : ils ont quasiment tir&#233; au sort pour savoir laquelle enlever de mani&#232;re &#224; ne jamais d&#233;passer deux lettres grecques dans un mot ! Il n'y a aucune coh&#233;rence l&#224;-dedans. Un autre exemple dont on a parl&#233; dans les m&#233;dias r&#233;cemment, c'est n&#233;nufar. Tout le monde a hurl&#233; quand la r&#233;forme de 1990 a &#233;t&#233; appliqu&#233;e, r&#233;forme qui prescrivait d'&#233;crire &lt;i&gt;n&#233;nufar&lt;/i&gt; et non pas &lt;i&gt;n&#233;nuphar&lt;/i&gt;. Tout le monde a condamn&#233; une simplification de la langue, la baisse du niveau sous pr&#233;texte qu'avec cette r&#233;forme les &#233;l&#232;ves ne verraient plus l'&#233;tymologie grecque, etc. On a tellement tendance, de nos jours, &#224; penser que l'orthographe est immuable et se confond avec la langue&#8230; Sauf que ce mot n'est pas du tout d'origine grecque : le latin l'a emprunt&#233; &#224; l'arabe qui &#224; son tour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auparavant.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'avait emprunt&#233; au persan. Il se trouve que tous les dictionnaires de l'Acad&#233;mie avaient recommand&#233; d'&#233;crire &lt;i&gt;n&#233;nufar&lt;/i&gt; jusqu'au 8e dictionnaire, celui de 1935, qui a d&#233;cid&#233; tout d'un coup de mettre un &lt;i&gt;ph&lt;/i&gt;. Pourquoi ? On ne sait pas. Probablement par erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Si c'est tellement absurde, pourquoi existe-t-il encore tant de personnes hostiles &#224; des r&#233;formes de l'orthographe ou &#224; la f&#233;minisation de certains termes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Parce que ces personnes ne savent pas que les langues fig&#233;es sont des langues mortes ! Et que le fran&#231;ais n'est pas un &#171; g&#233;nie &#187; qui serait aujourd'hui en danger, mais tout simplement un ensemble de pratiques socialement codifi&#233;es. Parce qu'on leur dit que la valeur de la langue fran&#231;aise est dans l'orthographe. Parce qu'elles ne connaissent pas l'histoire de la langue, des langues. Parce qu'elles pensent qu'avec une orthographe proche de la prononciation, on ne pourrait pas avoir une pens&#233;e complexe ! Il suffit pourtant de leur rappeler qu'il existe une litt&#233;rature extraordinaire en espagnol&#8230; Pour la f&#233;minisation, c'est pareil, il suffit d'enseigner l'histoire de la langue pour se rendre compte qu'il y a eu plusieurs vagues de masculinisation du fran&#231;ais fond&#233;e sur des raisons politiques et profond&#233;ment sexistes, raisons souvent contest&#233;es et parfaitement r&#233;versibles. On devrait enseigner que la fameuse r&#232;gle &#171; Le masculin l'emporte sur le f&#233;minin &#187; n'est pas du tout une r&#232;gle universelle. Ce mythe du masculin comme neutre, qui l'emporterait donc sur le f&#233;minin, a &#233;merg&#233; au XVIIe si&#232;cle. C'est une invention ; contrairement &#224; l'allemand ou &#224; l'anglais par exemple, il n'y a pas de neutre en fran&#231;ais. Au moment de cette r&#233;forme, &#224; l'&#226;ge classique, il y avait des r&#232;gles concurrentes, beaucoup de variations, et cette r&#232;gle du &#171; masculin l'emporte &#187; a mis beaucoup de temps &#224; s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres r&#232;gles, comme celle de la proximit&#233;, qui implique l'accord en genre et nombre avec le terme le plus proche, &#233;taient encore en vigueur : on retrouve des exemples de cette r&#232;gle dans Racine &#8212; &#171; &lt;i&gt;Surtout j'ai cru devoir aux larmes aux pri&#232;res / consacrer ces trois jours et ces trois nuits enti&#232;res&lt;/i&gt; &#187; (&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Athalie_(Racine)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Athalie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;). Cette r&#232;gle de la proximit&#233; existe dans d'autres langues romanes, en portugais, en espagnol, o&#249; on trouve encore de la variation. On prend la r&#232;gle du masculin qui l'emporte sur le f&#233;minin comme une r&#232;gle institu&#233;e depuis toujours alors qu'&#233;norm&#233;ment de gens ont trouv&#233; &#231;a absurde et ont r&#233;sist&#233; contre cette masculinisation forc&#233;e, comme l'explique &#201;liane Viennot dans son ouvrage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;liane Viennot, Non, le masculin ne l'emporte pas sur le f&#233;minin ! Petite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut citer par exemple Madame de S&#233;vign&#233;, qui r&#233;torquait : &#171; &lt;i&gt;Vous direz comme il vous plaira&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;mais pour moi, je croirais avoir de la barbe au menton si je disais autrement.&lt;/i&gt; &#187; Le probl&#232;me, c'est qu'aujourd'hui on fait confiance &#224; des institutions, &#224; des dictionnaires, sans chercher &#224; comprendre comment sont prises les d&#233;cisions en mati&#232;re de normalisation du langage. Qui d&#233;cide de ce qui est correct et selon quels crit&#232;res ? Nous devons nous saisir du langage ; c'est un enjeu de lutte symbolique. Si &#231;a te para&#238;t important, puisqu'on dit &lt;i&gt;vendeuse&lt;/i&gt;, qu'on dise aussi &lt;i&gt;chirurgienne&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;professeure&lt;/i&gt;, alors il faut se battre pour que cela soit accept&#233; par tous les dictionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Le langage se fonderait alors sur le ressenti et les besoins du locuteur ou de la locutrice ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Le langage ne peut &#234;tre ni compl&#232;tement individuel ni compl&#232;tement unifi&#233;. On ne peut pas avoir toutes et tous le m&#234;me usage du langage mais, en m&#234;me temps, le langage est forc&#233;ment collectif. Plus la communaut&#233; de gens qui utilisent une langue est grande, plus les usages seront diff&#233;renci&#233;s. Il y aura une certaine unit&#233; sur la syntaxe, mais pas sur le lexique, la prononciation, ni m&#234;me les graphies. Comme pour toutes les pratiques sociales, on utilise le langage pour afficher nos affiliations &#224; des groupes de gens, &#224; des communaut&#233;s culturelles, sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Mais est-ce un but politique &#224; rechercher, de s'identifier ou d'&#234;tre identifi&#233;.e malgr&#233; soi &#224; un groupe social ? Parce que ce n'est pas toujours un choix&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; C'est une vraie question : jusqu'&#224; quel point r&#234;ve-t-on d'&#233;galit&#233; et d'uniformit&#233; ? Jusqu'&#224; quel point a&#8209;t-on besoin de se distinguer ? Quel genre de soci&#233;t&#233; veut-on construire et en quoi le langage y participe ? C'est ce genre de questions qui importe, avant de d&#233;cider si &#231;a doit s'&#233;crire avec f ou ph. Mon travail n'est pas d'y r&#233;pondre, mais d'amener les gens &#224; se poser cette question sur des bases solides et d'avoir les moyens de construire des r&#233;ponses argument&#233;es, document&#233;es, &#233;clair&#233;es. J'ai un avis sur cette question, mais c'est surtout un avis citoyen, pas seulement un avis de linguiste : &#224; une question politique, il faut des r&#233;ponses politiques. L'orthographe est une question politique. La confier &#224; l'Acad&#233;mie, c'est comme confier &#224; l'&#201;glise le pouvoir de faire les lois sur la famille, sous pr&#233;texte que c'est la tradition !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Cela peut nous renvoyer &#224; l'attitude &#224; avoir vis-&#224;-vis des langues r&#233;gionales. Il para&#238;t d&#233;sormais oppressif de lutter contre celles-ci mais, pendant la R&#233;volution fran&#231;aise, c'&#233;tait un enjeu important afin d'unifier le territoire, de combattre contre la &#171; langue du cur&#233; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Tout &#224; fait : la question des r&#233;gionalismes ne doit pas &#234;tre pos&#233;e de mani&#232;re fig&#233;e. Les luttes sont toujours li&#233;es au contexte politique. Le plus important est d'abord de comprendre que le langage est une pratique sociale, qui, d&#232;s lors, s'inscrit dans un contexte historique. Avec le combat pour la f&#233;minisation, on lutte pour une vraie parit&#233;. Peut-&#234;tre que, plus tard, une fois la parit&#233; gagn&#233;e, on essaiera d'aller plus loin en luttant pour une non-distinction des genres, avec un vrai neutre. Les combats, quels qu'ils soient, doivent &#234;tre adapt&#233;s aux situations politiques. Si on prend la question de l'avortement, on ne peut pas la poser de la m&#234;me mani&#232;re dans des territoires o&#249; les femmes n'ont pas eu la m&#234;me histoire, dans les DOM-TOM o&#249; souvent l'avortement et la st&#233;rilisation &#233;taient importants, voire forc&#233;s, et en France o&#249; il &#233;tait interdit. C'est la m&#234;me chose pour la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Pr&#244;nez-vous la f&#233;minisation ou la d&#233;-masculinisation pour des raisons militantes ou politiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; Il faut que les gens aient acc&#232;s &#224; l'histoire de la langue pour se former un avis. Mais une fois cela fait, pour moi, c'est surtout pour des raisons politiques. Je ne veux pas instaurer une r&#233;gularit&#233; et une logique parfaite dans la langue &#8212; les mots les plus courants sont irr&#233;guliers. Par contre, le fait d'utiliser un langage o&#249; on donne la pr&#233;&#233;minence au masculin, o&#249;, quand on parle d'un groupe, on ne sait jamais s'il est mixte ou seulement masculin, c'est tr&#232;s probl&#233;matique. Le fait de dire &#171; un homme et cent cinquante femmes sont arriv&#233;s &#187; n'a qu'une seule raison : institutionnaliser par le langage la domination masculine. Dans des cas de ce type, un accord &#224; la majorit&#233; ne devrait choquer personne. Quand on prend conscience du sexisme de la langue, qu'il s'agisse de cette r&#232;gle d'accord ou du caract&#232;re sexiste ou homophobe des insultes (&#171; con &#187;, &#171; pute &#187;, &#171; p&#233;d&#233; &#187;) ou encore des expressions (&#171; avoir des couilles &#187;), c'est une r&#233;v&#233;lation tr&#232;s choquante&#8230; C'est comme prendre conscience de ce que signifie dans la soci&#233;t&#233; d'&#234;tre une femme. Je ne sais pas comment &#231;a se passe pour un homme, m&#234;me s'il y en a qui prennent conscience de leurs privil&#232;ges. On prend conscience d'un d&#233;savantage et on a un sentiment aigu d'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B : Un contre-argument souvent oppos&#233; aux tenantes de la f&#233;minisation, c'est la valeur symbolique de leur combat. Ce serait un combat d&#233;risoire, il faudrait plut&#244;t s'occuper des &#171; vraies &#187; in&#233;galit&#233;s, des diff&#233;rences de salaires, des violences conjugales&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maria Candea :&lt;/strong&gt; En g&#233;n&#233;ral, ce sont les m&#234;mes qui s'occupent du langage et m&#232;nent tous les autres combats, car ils sont parfaitement compatibles ! J'ai l'impression que celles et ceux qui trouvent toujours des combats plus importants ne s'impliquent dans aucun. Bien s&#251;r qu'il faut lutter contre les violences conjugales ! Mais je pense que le symbolique est aussi important, parce que le symbolique peut ajouter des freins ou, au contraire, lib&#233;rer un potentiel d'imaginaire. Reprenons l'exemple de la f&#233;minisation des noms de m&#233;tier, qui &#233;tait pourtant une mini-r&#233;formette : il s'agissait simplement que les noms de m&#233;tiers s'accordent en genre avec la personne qui les exerce ! &#199;a peut para&#238;tre tellement anecdotique&#8230; Mais quand on regarde la virulence des r&#233;actions machistes et les flots d'encre que &#231;a a fait couler, on se dit que oui, c'est important. Le langage contribue &#224; cr&#233;er le r&#233;el.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Confr&#232;re, Mme Assia Djebar, Chevalier de la L&#233;gion d'honneur, Commandeur des Arts et des Lettres, d&#233;c&#233;d&#233;&lt;/i&gt; [&#8230;] &#187; &#8212; notice corrig&#233;e depuis le d&#233;c&#232;s de Simone Veil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le d&#233;put&#233; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Julien_Aubert&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Julien Aubert&lt;/a&gt; avait &#233;t&#233; mis &#224; l'amende apr&#232;s s'&#234;tre obstin&#233; &#224; interpeller Sandrine Mazetier &#171; Madame le pr&#233;sident &#187; : cela avait d&#233;clench&#233; l'ire des d&#233;put&#233;s UMP ; ils &#233;crivirent une tribune &#233;voquant le &#171; &lt;i&gt;totalitarisme&lt;/i&gt; &#187; de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec Y. Chevalier, S. Duverger, A.-M. Houdebine, sous la direction d'E. Viennot et avec la collaboration d'A. Lasserre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Garcia, &lt;i&gt;Coupole et d&#233;pendances, enqu&#234;te sur l'Acad&#233;mie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Ed. du Moment, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Auparavant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;liane Viennot, &lt;i&gt;Non, le masculin ne l'emporte pas sur le f&#233;minin ! Petite histoire des r&#233;sistances de la langue fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Donnemarie-Dontilly, &#201;ditions iXe, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 8 septembre 2017 sur &lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/maria-candea-langage-politique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ballast&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/le-langage-est-politique-cahier.pdf" length="404997" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/le-langage-est-politique-pageparpage.pdf" length="409710" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ears and Eyes</title>
		<link>https://test.infokiosques.net/Ears-and-Eyes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://test.infokiosques.net/Ears-and-Eyes</guid>
		<dc:date>2022-05-16T11:48:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No Trace Project</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Ears and Eyes est une base de donn&#233;es recensant les cas de dispositifs de surveillance physiques (microphones, cam&#233;ras, balises GPS&#8230;) dissimul&#233;s par les agences de maintien de l'ordre et les agences de renseignement pour surveiller des personnes ou des groupes engag&#233;s dans des activit&#233;s subversives. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette brochure rassemble des photos et une liste de dispositifs de surveillance retrouv&#233;s entre 1988 et 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;l&#233;chargez la version &#224; imprimer &lt;a href=&#034;https://notrace.how/earsandeyes/fr/zine.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site du No Trace Project&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Prison-justice-repression" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Infokiosque-fantome-partout" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH127/logo-2-f734f.jpg?1781293516' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/vignette.jpg?1770926198&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;T&#233;l&#233;chargez la brochure &#224; lire sur &#233;cran ici :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10367 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;65&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/ears_and_eyes-119p-a5-page-par-page.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1781293305' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ears and Eyes - version page par page
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Version &#224; lire sur &#233;cran.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;T&#233;l&#233;chargez la version &#224; imprimer &lt;a href=&#034;https://notrace.how/earsandeyes/fr/zine.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site du No Trace Project&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://notrace.how/earsandeyes/fr" class="spip_out"&gt;Ears and Eyes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/ears_and_eyes-118p-a5-page-par-page-english.pdf" length="8354137" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettres vers la prison</title>
		<link>https://test.infokiosques.net/Lettres-vers-la-prison</link>
		<guid isPermaLink="true">https://test.infokiosques.net/Lettres-vers-la-prison</guid>
		<dc:date>2022-05-06T19:35:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>projet-evasions</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Italiano</dc:subject>
		<dc:subject>Deutsch</dc:subject>
		<dc:subject>Projet-Evasions (d&#233;centralis&#233;)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;Quelle merde insupportable ! Nous sommes contre les prisons et contre le monde qui en a besoin. Ce qui est r&#233;ellement n&#233;cessaire c'est une lutte contre les rapports de domination, le syst&#232;me p&#233;nal et une recherche d'alternatives. Et la solidarit&#233; avec les personnes en prison ! Celle-ci peut prendre de nombreuses formes concr&#232;te, comme par exemple &#233;crire des lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des &#233;l&#233;ment cl&#233; de la logique carc&#233;rale est de limiter au maximum les contacts avec le monde ext&#233;rieur, avec l'environnement social, avec les mouvements politiques. Rompre l'isolement par des lettres peut aider concr&#232;tement les d&#233;tenu.e.x.s &#224; mieux supporter la vie en prison. Cette brochure a pour but d'initier &#224; la pratique de l'&#233;criture de lettre aux personnes en prison et de donner des conseils pratiques.&#034;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Prison-justice-repression" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Italiano" rel="tag"&gt;Italiano&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Deutsch" rel="tag"&gt;Deutsch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Projet-Evasions-decentralise-167" rel="tag"&gt;Projet-Evasions (d&#233;centralis&#233;)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L104xH150/arton1907-3aff2.png?1781293516' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1907.png?1770922653&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 id=&#034;pourquoi-on-deteste-les-prisons&#034;&gt;Pourquoi on d&#233;teste les prisons&#8230;&lt;/h2&gt;&lt;h2 id=&#034;et-ce-que-l-on-peut-faire-contre&#034;&gt;&#8230; et ce que l'on peut faire contre&lt;/h2&gt;&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Un exemple : Celui ou celle qui n'a pas les moyens de se nourrir, mais qui se sert quand-m&#234;me au supermarch&#233; et se fait prendre, aura des ennuis. Car il est interdit de voler. Et qui vole ? Bien s&#251;r, c'est surtout les gens qui ont peu d'argent. Des gens &#224; qui l'on refuse injustement de profiter de la richesse de la soci&#233;t&#233;. Cette richesse existe : il y a suffisamment de logements. On produit suffisamment de nourriture et d'autres marchandises. Il y en a assez pour tout le monde ! Seul l'acc&#232;s &#224; cette richesse est r&#233;parti de mani&#232;re injuste &#8211; et ces diff&#233;rences de classe doivent &#234;tre maintenues. C'est &#224; cela que servent les lois de l'&#201;tat : elles doivent stabiliser les rapports de force et de propri&#233;t&#233;. Une grande partie des personnes incarc&#233;r&#233;es le sont pour des d&#233;lits de propri&#233;t&#233; &#8211; des &#171; d&#233;lits &#187; g&#233;n&#233;r&#233;s par le syst&#232;me capitaliste lui-m&#234;me. D'autres rapports de domination sont &#233;galement consolid&#233;s par le syst&#232;me p&#233;nal. Les personnes victimes de racisme sont beaucoup plus souvent contr&#244;l&#233;es, arr&#234;t&#233;es, traduites en justice et sont condamn&#233;es &#224; des peines plus s&#233;v&#232;res que les personnes blanches.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&#201;galement pris pour cible par le syst&#232;me p&#233;nal : Celles et ceux qui, par le biais de l'activisme politique, attaquent les syst&#232;me de domination d'une mani&#232;re que l'&#201;tat consid&#232;re comme trop dangereuse. Par exemple : participer &#224; des manifestations, s'organiser contre les fascistes, occuper des maisons, faire des graffitis, d&#233;truire des monuments racistes ou lib&#233;rer des poules d'&#233;levages en batterie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;La prison est un outil &#233;tatique d'intimidation, d'isolement, de punition et de r&#233;pression pour toute personne qui ne peut ou ne veut pas se plier aux lois. Et aussi pour toute personne qui ose seulement y r&#233;fl&#233;chir : &#234;tre enferm&#233; est toujours une menace au dessus de nos t&#234;tes, fait peur et influence notre comportement. M&#234;me en cas de grave probl&#232;mes, le syst&#232;me p&#233;nal fait rarement partie de la solution. Les personnes qui se sont d&#233;j&#224; rendues &#224; la police pour des violences sexuelles en savent probablement quelque chose. M&#234;me si des condamnations sont prononc&#233;es dans certains cas, rien n'est chang&#233; en ce qui concerne la racine du probl&#232;me (d&#233;j&#224; entendu parler du patriarcat ?) et au lieu de se pencher collectivement sur le &#171; pourquoi &#187; et sur des solutions concr&#232;tes, la justice ne fait qu'enfermer temporairement les auteurs. Pour beaucoup de personnes concern&#233;es et de f&#233;ministes, c'est une mani&#232;re de proc&#233;der tr&#232;s peu satisfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH700/Zine_evasions_le-9cdc3373-5ff0f.png?1781293516' width='500' height='700' /&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Quelle merde insupportable ! Nous sommes contre les prisons et contre le monde qui en a besoin. Ce qui est r&#233;ellement n&#233;cessaire c'est une lutte contre les rapports de domination, le syst&#232;me p&#233;nal et une recherche d'alternatives. Et la solidarit&#233; avec les personnes en prison ! Celle-ci peut prendre de nombreuses formes concr&#232;te, comme par exemple &#233;crire des lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Un des &#233;l&#233;ment cl&#233; de la logique carc&#233;rale est de limiter au maximum les contacts avec le monde ext&#233;rieur, avec l'environnement social, avec les mouvements politiques. Rompre l'isolement par des lettres peut aider concr&#232;tement les d&#233;tenu.e.x.s &#224; mieux supporter la vie en prison. Cette brochure a pour but d'initier &#224; la pratique de l'&#233;criture de lettre aux personnes en prison et de donner des conseils pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH592/Zine_evasions_le-468cd938-6947f.png?1781293516' width='500' height='592' /&gt;
&lt;h2 id=&#034;ecrire-des-lettres&#034;&gt;Ecrire des lettres&lt;/h2&gt;&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&lt;strong&gt;#1 S'assurer de ses propres ressources.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&#201;crire &#224; des d&#233;tenu.e.x.s est une chose formidable, qui s'accompagne d'une grande responsabilit&#233;. Les lettres sont de belles lueurs d'espoir dans la grisaille du quotidien carc&#233;ral. Lorsque les correspondant.es cessent soudainement de r&#233;pondre, cela peut &#234;tre tr&#232;s blessant et renforcer les sentiments d'isolement et d'oubli. Pour &#233;viter cela, il est judicieux de se poser quelques questions avant de prendre le stylo.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color&#034;&gt;Finances&lt;/span&gt; :&lt;/strong&gt; chaque lettre co&#251;te de l'argent, tout comme le mat&#233;riel tel que les enveloppes et autres. Pour beaucoup de d&#233;tenu.e.x.s, c'est un soulagement si tu leur envoies des timbres, car ils.elles sont souvent eux.elles-m&#234;mes dans une situation financi&#232;re pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Si la partie financi&#232;re repr&#233;sente un obstacle pour toi : les diff&#233;rents groupes Anarchist Black Cross, Secours rouge ou Antirep offrent souvent leur soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color&#034;&gt;Temporel &lt;/span&gt; :&lt;/strong&gt; &#224; quel rythme peux-tu envisager d'&#233;crire une lettre ? Si tu ne peux &#233;crire que rarement ou de mani&#232;re irr&#233;guli&#232;re, communique-le au.&#224; la d&#233;tenu.e.x ! Il.elle peut alors d&#233;cider lui.elle-m&#234;me si et sous quelle forme il.elle souhaite &#234;tre en contact avec toi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Tu peux aussi n'envoyer que des cartes ou des lettres isol&#233;es, sans pour autant entamer un &#233;change r&#233;gulier. Pour les d&#233;tenu.e.x.s, il est de toute fa&#231;on agr&#233;able de recevoir du courrier. L'important est avant tout de communiquer clairement tes intentions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color&#034;&gt;&#201;motionnel &lt;/span&gt; :&lt;/strong&gt; la vie derri&#232;re les barreaux est souvent aga&#231;ante, fatigante, merdique, ennuyeuse, insupportable. Si la personne avec laquelle tu corresponds ne va pas bien en ce moment, il se peut que tu le ressentes tr&#232;s concr&#232;tement. Tu devrais t'y pr&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&lt;strong&gt;#2 trouver des adresses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Par exemples ici :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://www.abc-wien.net/&#034;&gt;www.abc-wien.net/&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://attaque.noblogs.org&#034;&gt;attaque.noblogs.org&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href=&#034;https://solidarity.international/index.php/list-of-prisoners/&#034;&gt;solidarity.international/index.php/list-of-prisoners/&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;#&lt;strong&gt;3 &#233;crire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;C'est la partie la plus excitante ! Beaucoup de gens ont du mal, au d&#233;but, &#224; &#233;crire &#224; une personne qu'elles ne connaissent pas vraiment. Voici quelques id&#233;es pour le contenu de ta premi&#232;re lettre.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH516/Zine_evasions_le-bbb342ee-735e6.png?1781293516' width='500' height='516' /&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color&#034;&gt;Pi&#232;ces jointes&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Timbres (du pays de d&#233;tention), enveloppes, magazines, CD, livres, articles&#8230; Beaucoup de personnes d&#233;tenues sont heureuses de recevoir ce genre d'articles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Il est pr&#233;f&#233;rable de demander ce dont ils.elles ont besoin. N'envoie pas de paquets ou de grandes quantit&#233;s de timbres sans demander avant : dans certaines prisons les d&#233;tenu.e.x.s ne peuvent en recevoir qu'un nombre limit&#233;. Tu trouveras souvent des informations &#224; ce sujet sur le site web de la prison ou en appelant (par exemple depuis une cabine t&#233;l&#233;phonique). Note l'annexe dans la lettre. Cela &#233;vite que des choses &#171; disparaissent &#187; lors du passage chez les matons.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color&#034;&gt;S&#233;curit&#233;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Les flics et les matons lisent souvent ce que tu &#233;cris, en particulier chez les personnes en d&#233;tention provisoire et les d&#233;tenu.e.x.s &#171; difficiles &#187;. C'est pourquoi il est important de n'&#233;crire que des choses qui ne posent pas de probl&#232;me si elles sont lues par d'autres personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Important : n'&#233;cris pas sur les faits qui sont reproch&#233;s &#224; la personne d&#233;tenue &#8211; surtout en cas de d&#233;tention provisoire et avant les proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH266/Zine_evasions_le-98dd2c13-a0016.png?1781293516' width='500' height='266' /&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color&#034;&gt;Pseudonyme et adresse d'envoi&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Il est judicieux d'&#233;crire sous un pseudonyme, surtout si tu &#233;cris &#224; des d&#233;tenu.e.x.s politiques. Comme adresse d'exp&#233;diteur, tu peux utiliser un endroit collectif proche de chez toi : un centre autonome, un infokiosque, un bistrot. Demande si tu peux utiliser leur adresse et s'ils.elles peuvent r&#233;ceptionner du courrier pour votre groupe d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;&lt;strong&gt;#4 affranchir, &#233;crire l'adresse, envoyer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Indique absolument une adresse d'envoi ! Les lettres sans exp&#233;diteur ne sont g&#233;n&#233;ralement pas remises en prison. Et si tu veux que la personne d&#233;tenue puisse te r&#233;pondre, &#233;cris aussi l'adresse &#224; chaque fois dans la lettre, car les personnes d&#233;tenues re&#231;oivent parfois leur courrier sans enveloppes et ne sont pas toujours autoris&#233;es &#224; conserver les lettres tr&#232;s longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;has-normal-font-size&#034;&gt;Si tu as l'impression que tes lettres se perdent, il peut &#234;tre judicieux de les envoyer en recommand&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Version papier en allemand et fran&#231;ais propos&#233; par le projet &#233;vasions : &lt;a href=&#034;https://projet-evasions.org/commander/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://projet-evasions.org/commander/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/ecrire-vers-la-prison-v2.pdf" length="3796048" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/zine_gefangenen_druck_ausschuss.pdf" length="4472659" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/lettere-verso-il-carcere_projet_evasions.pdf" length="3584395" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Leur &#233;cologie est un d&#233;sastre, d&#233;connectons la !</title>
		<link>https://test.infokiosques.net/Leur-ecologie-est-un-desastre-deconnectons-la</link>
		<guid isPermaLink="true">https://test.infokiosques.net/Leur-ecologie-est-un-desastre-deconnectons-la</guid>
		<dc:date>2022-04-12T10:31:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>La Chose</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie radicale</dc:subject>
		<dc:subject>Technocritique</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>English</dc:subject>
		<dc:subject>Espa&#241;ol</dc:subject>
		<dc:subject>Nucl&#233;aire et &#233;nergies industrielles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Manifeste de la Chose (Coordination H&#233;t&#233;roclite pour l'Occlusion des Syst&#232;mes &#201;lectriques)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chose s'attaque &#224; EDF, &#224; son ordre &#233;lectrique, ses infrastructures et sa propagande verte. Nous cherchons &#224; nous r&#233;approprier ce qui, au c&#339;ur m&#234;me de nos vies, est contr&#244;l&#233; et g&#233;r&#233; par la force de l'&#201;tat et du capital. Les r&#233;seaux &#233;lectriques sont indispensables &#224; leur supr&#233;matie et &#224; toutes les dominations qui en d&#233;coulent. Nous voulons fouiner, creuser, enqu&#234;ter, pour anticiper les projets destructeurs que les am&#233;nageurs de l'&#233;nergie cachent le plus longtemps possible. Nous exposerons leurs abus, leurs d&#233;boires et nous fracturerons leur communication rassurante. Nous leur ferons savoir que nous les voyons. 'Que nous ne les laisserons pas continuer sans vergogne leur d&#233;lire techno-m&#233;galo-maniaque. Parce qu'elles sont partout, les infrastructures sont faibles et ind&#233;fendables : pyl&#244;nes, transformateurs, compteurs et concentrateurs Linky, antennes 5G, aucun de ces n&#339;uds &#233;nerg&#233;tiques ne peut tenir sans le consentement de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le d&#233;sastre, les pandas, moi et les autres&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Cannes &#224; sucre, extraction et colonies&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Far West, campagnes etconqu&#234;te &#233;lectrique&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Perte des savoir-faire et des imaginaires, r&#233;ductionnisme et r&#233;alit&#233; augment&#233;e : bienvenue &#224; l'ubertranshumain !&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Smart world, datas et surveillance&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'homme moderne et le ventre de la terre&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Crises, individus et responsabilit&#233;s&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Objets objectifs et Chose mouvante&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;

-
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Ecologie-radicale" rel="tag"&gt;Ecologie radicale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Technocritique" rel="tag"&gt;Technocritique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Infokiosque-fantome-partout" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/English" rel="tag"&gt;English&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Espanol" rel="tag"&gt;Espa&#241;ol&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Nucleaire-et-energies-industrielles" rel="tag"&gt;Nucl&#233;aire et &#233;nergies industrielles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH145/arton1893-d0444.png?1781293516' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1893.png?1770923808&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Renforc&#233;.e.s par nos camaraderies, la diversit&#233; de nos lieux de vie et par nos exp&#233;riences de luttes, nous souhaitons mettre en lumi&#232;re nos positions communes contre la doxa du monde &#233;lectrique. Nous amenons ici des arguments non exhaustifs, sans concession, afin de bousculer le climatconsensuel et participatif actuel, aliment&#233; par leur transition &#233;nerg&#233;tique. On a voulu donner un petit coup de pied dans la fourmili&#232;re des mouvements &#233;colo. Certaines sc&#232;nes caustiques sont donc susceptibles de heurter le public sensible. N&#233;anmoins, toute ressemblance avec des personnes existantes ne saurait &#234;tre que fortuite. On a fait le choix de parler depuis ce qu'on est, de ce qu'on porte et pas forc&#233;ment depuis des livres et des r&#233;f&#233;rences intellectuelles. Il ne faudra donc pas s'&#233;tonner de ne pas trouver de notes de bas de page qui auraient alourdi la lecture. Nous avons fait le choix d'utiliser l'&#233;criture inclusive en grande partie dans le texte. Le genre masculin a &#233;t&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment conserv&#233; pour nommer les figures des dominants et des gouvernants. Nous vous souhaitons une bonne lecture complice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'&#233;nergie est notre avenir, &#233;conomisons-la &#187;, &#171; Une &#233;lectricit&#233; 100 % renouvelable, c'est possible avec Enercoop &#187;, &#171; Rejoignez Engie pour un monde bas carbone &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;touffe de votre &#233;nergie de partout, de tout le temps, on &#233;touffe d'&#234;tre l&#224;, pris.e.s dans vos c&#226;bles et vos lignes, votre bunker mental &lt;i&gt;smart&lt;/i&gt; &#224; chacun chacune instill&#233; si subtilement, telle une appli dans nos chairs. Votre pouvoir il coule, il est fluide, n'est-ce pas ? Comme vos autoroutes sont fluides, comme vos trains vont et viennent, vos datas circulent, c'est presque beau de loin, &#231;a fait des toiles d'araign&#233;es fluorescentes ou plut&#244;t des constellations de LED. Tout un ordre, toute une hi&#233;rarchie, dont l'&#233;lectricit&#233; est le c&#339;ur vibrant. Votre organisme, comme vous dites, dont vous ch&#233;rissez tant la sant&#233; &#233;conomique, il carbure &#224; la centrale, au transformateur, il se dispatche. Et vous nous avez fait malgr&#233; nous les agents et op&#233;ratrices ob&#233;issantes de ce monstre froid. Le courant passe si bien entre vos administr&#233;.e.s. Et le black-out qu'on nous brandit comme ultime risque industriel n'est peut-&#234;tre que votre peur de voir votre cr&#233;ature s'&#233;teindre d'un coup, et que vous vous retrouviez seuls, &#224; la merci de celles et ceux qui se retourneront contre vous. C'est votre cauchemar ultime, votre pire sc&#233;nario collapso. Pas &#233;tonnant que les th&#233;ories d'effondrement int&#233;ressent autant le gouvernement. Votre soci&#233;t&#233; aurait-elle des airs d'&#238;le de P&#226;ques ou de Twin Towers ? Il para&#238;t que plus les r&#233;seaux sont complexes, plus ils sont fragiles. C'est &#231;a non ? Eh ben c'est maintenant, et vous avez la trouille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;sastre, les pandas, moi et les autres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On sait toutes et tous qu'on court &#224; notre perte, qu'on va &#234;tre englouti.e.s par la mont&#233;e des eaux. Cette peur taraude Linda, 16 ans et tous ses copains. Sa plage favorite o&#249; elle vient manger des glaces italiennes au quatre heures, dans son beau bikini bleu &#224; paillettes va dispara&#238;tre, et la cabane &#224; gaufres avec. Elle angoisse de ce monde, de la mort des b&#233;b&#233;s pandas et de la fonte des glaces. Elle en parle sur Instagram avec toutes ses amies, tous les soirs. Elle twitte &#171; Trump est un con &#187;. &#192; part lui et son oncle, tout le monde reconna&#238;t le r&#233;chauffement climatique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sastre environnemental est clairement palpable. On parle souvent du r&#233;chauffement climatique, un peu moins des pollutions g&#233;n&#233;ralis&#233;es de l'eau et des terres caus&#233;es par l'extractivisme. On en parle quand m&#234;me. On commence &#224; savoir que le lithium extrait pour les batteries des voitures &#233;lectriques z&#233;ro &#233;mission, pollue ; que l'extraction du graphite rend malades ses ouvrier.e.s, qu'ils et elles attrapent la silicose, que les terres agricoles deviennent arides. On sait que l'air est irrespirable &#224; proximit&#233; des villes, mais aussi pr&#232;s des centrales &#233;lectriques au charbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes environnementaux d&#233;coulent de l'obsession des firmes de l'&#233;nergie &#224; creuser les sols, &#224; excaver encore et encore, &#224; pomper les ressources jusqu'&#224; la moelle, &#224; vider cette plan&#232;te de son jus, comme une orange qu'on presserait et presserait encore et encore parce que le jus d'orange est le march&#233; le plus juteux qui soit. &#201;lectrifier toujours plus, num&#233;riser &#224; l'exc&#232;s le sapin de no&#235;l plan&#232;te Terre ! &#199;a clignote : Donuts, Coca, Caca ! &#199;a parle, &#231;a chante, c'est beau, c'est lumineux, c'est smart ! C'est Walmart !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cannes &#224; sucre, extraction et colonies&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sastre n'est pas qu'environnemental. Le march&#233; de l'&#233;nergie est d&#233;tenu en grande partie par des multinationales soutenues par les &#201;tats. On nous vend le frigo connect&#233; et l'aspirateur qui fait le m&#233;nage tout seul, masquant une plus &#226;pre r&#233;alit&#233;. Celle d'un monde violent, h&#233;rit&#233; de l'aventure coloniale du Nouveau Monde, domin&#233; par les pratiques mafieuses de Gasprom, Areva, Chevron, Total, EDF, Engie et consorts. Les milices paramilitaires sont leur bras arm&#233;. On nous a longtemps occult&#233; l'horreur de notre histoire, celle du sexocide des femmes, de la colonisation ou de l'esclavage ; de la haine de l'autre et du sentiment de l&#233;gitimit&#233; absolue qui guidaient les colons blancs, de leur soif de pouvoir et de domination ; de leur obsession d'asservissement sanguinaire pour l'or. On nous a endormi.e.s avec la berceuse de l'abolition de l'esclavage et de la d&#233;colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entend la voix de De Gaulle, crachot&#233;e par un transistor, pour l'autod&#233;termination du peuple alg&#233;rien. On serait tent&#233;.e.s de rel&#233;guer la colonisation dans les oubliettes de l'histoire. Pourtant, la France continue de d&#233;ployer son arm&#233;e pour &#171; pacifier &#187; des territoires en Afrique. On a entendu parler des mines d'uranium au Niger, de la souverainet&#233; nucl&#233;aire fran&#231;aise : de la fiert&#233; de ses centrales et de la bombe atomique. L'extraction des m&#233;taux rares est en expansion et les prospections se r&#233;pandent comme la peste &#224; travers le monde. Des entreprises anglaises, australiennes, canadiennes exploitent des mines en Asie, en Am&#233;rique du Sud ou en Oc&#233;anie. Le g&#233;ant br&#233;silien Vale se gave du nickel des Kanaks en Nouvelle-Cal&#233;donie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la colonisation forcen&#233;e par les entreprises nord-am&#233;ricaines et europ&#233;ennes ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Les mers sont de nouveaux territoires &#224; conqu&#233;rir et exploiter. La force des vagues et le vent marin font bander la startup nation et tous ces requins que sont les grandes industries de l'&#233;nergie. Les territoires inhabit&#233;s sont leurs nouvelles terres de fantasmes : mini-centrales ou &#238;les artificielles au programme. Les sir&#232;nes, la baleine Moby Dick et Willy, l'orque adul&#233;e par toute une g&#233;n&#233;ration d'enfants sont le dernier &#238;lot de l&#233;gende et de r&#234;ve qui nous reste. La lune n'&#233;chappe pas non plus au viol g&#233;n&#233;ralis&#233; de notre rapport sensible au vivant. Quand la Chine excave de la poussi&#232;re lunaire, nos c&#339;urs saignent. Nos flux menstruels s'arr&#234;tent, et l'on hurle notre col&#232;re &#224; la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;20 h 12, Patrick et Gis&#232;le, apr&#232;s avoir mang&#233; un bon petit plat bio surgel&#233; &#233;coutent David Pujadas annoncer le prochain reportage : &#8220;La Chine vient d'excaver de la mati&#232;re sur la lune afin de l'analyser.&#8221; &#171; Ils sont quand m&#234;me forts ces Chinois &#187;, s'exclame Patrick. Gis&#232;le n'est pas d'accord. &#171; Je trouve qu'on va un peu trop loin, l&#224;. Quand m&#234;me la lune, tu te rends compte ! On imagine les r&#233;percussions, les mar&#233;es perturb&#233;es tout &#231;a, quoi ! M&#234;me sur nous, nos cheveux, ton ongle incarn&#233;, et m&#234;me pour nous, les&#8230; femmes, quoi ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Far West, campagnes et conqu&#234;te &#233;lectrique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette conqu&#234;te effr&#233;n&#233;e des territoires subalternes ne s'est pas cantonn&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur des fronti&#232;res de l'&#201;tat. Pour r&#233;pondre &#224; la boulimie de ses organes vitaux, les villes, il a fallu encore coloniser les terres &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de son organisme. Avec moins de force et de violence, mais en r&#233;pondant aux m&#234;mes logiques, il a fallu assujettir les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aristocratie et les grands propri&#233;taires terriens avaient d&#233;j&#224; soumis, &#233;duqu&#233;, tax&#233;, dress&#233;, marchandis&#233; et standardis&#233; les pratiques de culture. Ils avaient contraint &#224; la m&#233;canisation, d&#233;truit les sols, provoqu&#233; l'exode, bris&#233; les communaut&#233;s. L'&#233;cosyst&#232;me naturel et social de ces territoires p&#233;riph&#233;riques n'avait plus lieu d'&#234;tre. Ils n'&#233;taient m&#234;me plus les organes annexes d'un c&#339;ur urbain, dont il s'agissait d'assouvir la voracit&#233; de calories alimentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les campagnes n'avaient pas m&#234;me eu le temps de s'adapter &#224; cette colonisation interne qui exigeait qu'elles r&#233;organisent toute leur activit&#233; vers la production alimentaire &#224; destination des villes que d&#233;j&#224;, ces derni&#232;res se d&#233;couvraient un autre app&#233;tit. Un nouveau carburant, qui ne croissait plus sur la terre, mais se cachait en dedans. Le charbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaillissant des entrailles de la Terre en m&#234;me temps qu'elles les creusaient, voici surgir les cit&#233;s ouvri&#232;res mini&#232;res au beau milieu des campagnes. Achevant de prol&#233;tariser cultivatrices et fermiers, elles transforment p&#226;tures en terrils et hameaux en ghettos. Au milieu du XIXe si&#232;cle, elles absorbent leurs voisines, comme Le Creusot qui multiplie par trois sa superficie et par sept sa d&#233;mographie. Embl&#232;mes de l'organisation scientifique du travail et de son industrialisation, les mines le sont h&#233;las aussi du mouvement ouvrier. Alors, on pr&#233;f&#232;re vite importer une main-d'&#339;uvre immigr&#233;e pour mieux la discipliner. Puis, encore mieux, on choisit l'extractivisme n&#233;ocolonialiste, pour d&#233;localiser au maximum l'exploitation humaine et son administration trop co&#251;teuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand les mines sortent par la porte, l'&#233;lectricit&#233; rentre par la fen&#234;tre. Apr&#232;s la production d'armes pendant la guerre, Le Creusot peut se reconvertir en fabriquant les pi&#232;ces des centrales nucl&#233;aires. Le ch&#226;teau de la dynastie Schneider qui exploita les mines devient un &#171; &#233;comus&#233;e &#187;, et Schneider Electric rach&#232;te la branche distribution d'Areva.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;tastase &#233;lectrique se r&#233;pand, invasive, c'est le temps des couloirs de lignes Tr&#232;s Haute Tension qui conqui&#232;rent les campagnes, dans la lign&#233;e de leurs a&#238;n&#233;es ferroviaires et t&#233;l&#233;graphiques. Le territoire est quadrill&#233;. Les centrales, ces cath&#233;drales modernes, s'imposent dans les espaces ruraux les plus disponibles ; quand les quartiers p&#233;riph&#233;riques des grandes villes voient s'&#233;riger les transformateurs et d&#233;chetteries industrielles et se d&#233;ployer la r&#233;pression polici&#232;re. Ce sont toujours des ouvrier.es qui sont exploit&#233;.e.s dans les usines, fabriquant et assemblant les pi&#232;ces n&#233;cessaires aux infrastructures &#233;nerg&#233;tiques, r&#233;duit.e.s &#224; un salariat mis&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d&#233;sormais rendre productives les derni&#232;res &#171; zones &#224; faible densit&#233; de population &#187;. C'est notamment le cas du territoire de la Meuse et de la Haute-Marne, qui gr&#226;ce &#224; ses &#233;lus locaux et au lobby du nucl&#233;aire, est promu comme &#171; p&#244;le d'excellence nucl&#233;aire &#187; sp&#233;cialis&#233; dans la gestion des d&#233;chets et du vieillissement des centrales. L'argent du Groupement d'Int&#233;r&#234;t Public finance ainsi &#224; hauteur de millions d'euros des dizaines de projets li&#233;s &#224; la fili&#232;re nucl&#233;aire : maintenance, transport, logistique, formation, quand les entreprises locales ferment les unes apr&#232;s les autres sans &#234;tre soutenues par cette instance, suppos&#233;ment &#171; d'int&#233;r&#234;t public &#187;. EDF grandit, les usines cr&#232;vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut acheter le consentement de la population, &#233;duquer la g&#233;n&#233;ration nucl&#233;aire et convaincre du bien-fond&#233; du projet. Pour cela les communes proches de Bure, village choisi pour &#234;tre le lieu d'implantation du projet Cig&#233;o d'enfouissement des d&#233;chets nucl&#233;aires, sont arros&#233;es de subventions g&#233;r&#233;es par les &#233;lus des conseils d&#233;partementaux &#224; travers les GIP. Celles-ci servent &#224; &#233;quiper les bourgs de nouvelles salles des f&#234;tes, lampadaires, trottoirs et autres &#233;quipements urbains dont on peut largement douter de l'utilit&#233; quand les commerces locaux ferment les uns apr&#232;s les autres et que le territoire se d&#233;sertifie. C'est le temps de l'accaparement des terres par EDF, aur&#233;ol&#233; de la mention &#171; service public &#187;. Depuis 2007 par exemple, l'Andra b&#226;tit un empire foncier consid&#233;rable gr&#226;ce aux SAFER, &#233;vitant ainsi des proc&#233;dures d'expropriation trop longues, trop co&#251;teuses et n&#233;fastes sur le plan m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le agro-industriel et le remembrement avaient d&#233;j&#224; optimis&#233; les rendements agricoles pour permettre de grignoter plus de terres. Il est d&#233;sormais temps de sp&#233;cialiser les territoires : nucl&#233;aire, renouvelable ou tourisme de masse ? Des illusoires enqu&#234;tes publiques dans les villages jusqu'&#224; la r&#233;pression et les expulsions en banlieue, tous les territoires sont d&#233;sormais subordonn&#233;s, destin&#233;s &#224; assouvir ce c&#339;ur battant urbain affam&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Perte des savoir-faire et des imaginaires, r&#233;ductionnisme et r&#233;alit&#233; augment&#233;e : bienvenue &#224; l'ubertranshumain !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Exode rural et accaparement des terres aidant, voici poindre les exploitant.e.s agricoles 2.0. Arm&#233;.e.s de drones &#224; cam&#233;ras et logiciels de calcul de la productivit&#233; pour chaque centim&#232;tre carr&#233; de surface, ils et elles ne sont plus paysan.ne.s, mais industriel.le.s. Les petit.e.s fermes n'existaient d&#233;j&#224; plus, les moyen.ne.s disparaissent. Les coll&#232;ges de campagne proposent des visites de l'exploitation voisine. Vaches laiti&#232;res par centaines, granules OGM et m&#233;thaniseur ou vignes, produits phytosanitaires et panneaux solaires ? &#171; &#192; chacun son segment de march&#233;, mon fils, tu choisiras quand tu seras grand ! &#187;. Ces industriels d'un nouveau genre nous vendent m&#234;me l'&#233;cologie de demain. Ils sont si proches de la terre, dans leurs usines 2.0 ! Ils exploitent chaque ressource &#224; leur port&#233;e, sur leurs hectares &#224; perte de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extension des r&#233;seaux &#233;nerg&#233;tiques est all&#233;e de pair avec une perte d'usages directs de l'&#233;nergie m&#233;canique et de mani&#232;re concomitante, de savoir-faire et de connexions sociales. Lorsqu'il devient si simple d'actionner un bouton, d'appuyer sur une p&#233;dale ou de tourner la clef d'un engin, la traction animale, les moulins hydrauliques et &#224; vent ne semblent plus avoir leur place, tout comme les m&#233;tiers qui gravitent autour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on a aussi perdu avec l'arriv&#233;e de l'&#233;lectricit&#233;, c'est le sens de faire en commun, nos liens d'interd&#233;pendance. La machine les a remplac&#233;s dans les champs. On fait tout, seul.e devant son &#233;cran, assis.e sur son tracteur. On a cr&#233;&#233; des multitudes de solitudes &#224; la place de nos communaut&#233;s. La centralisation de l'&#233;nergie nous a fait perdre nos usages sociaux et communaux. S'il reste des agricultrices et mara&#238;chers qui entretiennent un rapport affectif et sensible &#224; leurs b&#234;tes, les grandes tabl&#233;es des moissons sont loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les barrages hydro&#233;lectriques int&#232;grent la rivi&#232;re au syst&#232;me &#233;lectrique, &#224; l'exclusion d'autres usages qui dessinaient toute une organisation sociale autour des bassins versants. Le meunier connaissait le cours d'eau ou le vent, il s'adaptait &#224; ses variations saisonni&#232;res et quotidiennes. Il connaissait les rouages internes de sa machine : le bois qui la compose, le rythme des meules adapt&#233; pour la mouture de grain d&#233;sir&#233;e. M&#234;me s'il n'&#233;tait pas du c&#244;t&#233; du peuple, mais de ceux qui taxaient les r&#233;coltes, son savoir-faire s'est perdu. L'irrationalit&#233; de certains choix d'&#233;nergie, dont celui du remplacement de la force vive de l'eau par le charbon en Angleterre au XIXe si&#232;cle, a des &#233;clairages politiques. Bien que payant, il incarnait par son aspect d&#233;localisable et accumulable, au plus proche des &#171; gisements de main-d'&#339;uvre &#187;, l'&#233;nergie parfaite pour dompter les prol&#233;taires. Le charbon impose ainsi un rythme constant et r&#233;gulier, quand les fluctuations de l'eau rendaient les journ&#233;es de travail irr&#233;guli&#232;res. C'est l'ajustement du temps et de l'espace &#224; la temporalit&#233; continue de la production. C'est le temps de la &#171; r&#233;volution industrielle &#187;, de la centralisation du travail dans des usines pens&#233;es sur le mod&#232;le des prisons, v&#233;ritables instruments de domestication, assurant hi&#233;rarchie et d&#233;pendances des ouvri&#232;res. On pourrait dire la m&#234;me chose de l'&#233;lectricit&#233;. Le macro-syst&#232;me &#233;lectrique alimente des usager.e.s finaux lointain.e.s, passifs, atomis&#233;es dans leurs usines, logements, bureaux o&#249; le travail est rythm&#233; par l'interrupteur &#233;lectrique, de plus en plus dispensable dans un monde de veille g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Thomas est ainsi compl&#232;tement d&#233;connect&#233; des rythmes organiques et naturels, &#224; ne plus savoir en quelle saison pousse la tomate puisque chaque jour, lorsqu'il se rend au supermarch&#233;, les &#233;talages en regorgent. Pour traverser la ville sur son v&#233;lo, il n'a qu'&#224; demander &#224; son Assistant Personnel Virtuel de trouver le meilleur itin&#233;raire. Il n'est pas triste de ne plus utiliser sa connaissance de la ville, de ne plus se laisser surprendre par le hasard de la rencontre en s'arr&#234;tant demander sa route au passant. Thomas n'a plus besoin de personne, il est in-d&#233;-pen-dant. Son Intelligence Artificielle apporte la r&#233;ponse &#224; toutes ses questions, lui permet de se faire livrer sa nourriture ou de rencontrer l'amour. Thomas re&#231;oit 15 notifications par seconde. Sa vie est bien remplie. En &#233;tant noy&#233; sous un flux d'informations en continu, il est convaincu d'y prendre part, &#224; ce monde, d'y &#234;tre connect&#233;. Il pense m&#234;me que la 5G c'est n&#233;cessaire, car il pourra charger plus vite ses contenus vid&#233;o et y acc&#233;der en permanence depuis son machin technologique, unique fen&#234;tre sur son monde.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de l'&#233;lectricit&#233; a irr&#233;m&#233;diablement chang&#233; notre rapport au temps et &#224; la vitesse. On est endoctrin&#233;&#183;es par les concepts d'efficacit&#233; et de rendement et on a fini par oublier ce que &#171; prendre le temps &#187; signifiait. Les flux incessants d'&#233;nergie et d'informations assurant la continuit&#233; de la production sont bas&#233;s sur un temps unifi&#233; : il est la m&#234;me heure &#224; l'horloge des bourses du monde entier. La seconde, d&#233;finie par la vibration de l'atome de c&#233;sium, est la plus petite unit&#233; d'un temps disjoint des cycles cosmiques. On essaie de nous faire croire &#224; l'id&#233;al du temps r&#233;el et unique : tout va toujours plus vite et doit aller plus vite. Il faut optimiser la moindre seconde. Les informations, actualis&#233;es en permanence, sont tout de suite obsol&#232;tes. L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des temps sociaux et des pulsations du vivant est liss&#233;e, car seul compte le temps contr&#244;l&#233; et comptabilis&#233; de l'activit&#233; productive. Peu importe que Thomas, lorsqu'il appuie sur l'interrupteur, utilise l'&#233;nergie produite par une temp&#234;te en mer du nord ou par une canicule en Espagne. Tout est reli&#233;, tout est indiff&#233;renci&#233;. Bien que notre lien au monde s'appauvrisse de jour en jour, que des formes de vies disparaissent, le virtuel, lui, s'&#233;tend. La peur de la d&#233;connexion ou du manque de r&#233;seau deviennent les nouvelles angoisses des humain&#183;es toujours plus connect&#233;&#183;es. C'est que la num&#233;risation du monde et les proth&#232;ses qu'elle n&#233;cessite (smartphone, montre connect&#233;e, capteurs) g&#233;n&#232;rent de nouvelles d&#233;pendances et modifient nos capacit&#233;s cognitives : ce sont ces machines qui d&#233;sormais nous permettent d'acc&#233;der au monde augment&#233;. L'humain est ainsi la nouvelle fronti&#232;re &#224; d&#233;passer. Il n'est pas assez rapide, pas assez intelligent et justifie bien que l'on fasse confiance &#224; des machines pour penser, pr&#233;dire ce qui va arriver et prendre des d&#233;cisions &#224; notre place. Apr&#232;s avoir colonis&#233; nos imaginaires, l'&#233;nergie et ses r&#233;seaux s'attachent d&#233;sormais &#224; coloniser nos chairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biom&#233;trie avait servi de base &#224; la phr&#233;nologie, aux th&#233;ories racistes et &#224; la police scientifique. Elle ouvre une voie vers la r&#233;duction des formes du vivant &#224; leurs caract&#233;ristiques mesurables. L'ADN serait le &#171; code &#187; du vivant, permettant d'expliquer toutes ses caract&#233;ristiques. C'est dans ce contexte que le transhumanisme organise la fusion de l'humain avec la machine et le code. Les arm&#233;es du monde occidental planchent sur le soldat augment&#233; via exosquelette et op&#233;rations chirurgicales. Les investissements massifs de Google font converger I.A., biotechnologies et nanotechnologies en r&#233;actualisant les vieux d&#233;lires eug&#233;nistes. On pr&#233;tend nous augmenter, gommer nos d&#233;fauts, on veut en fait lisser et contr&#244;ler ce qui restait d'al&#233;atoire et d'unique en nous. Cach&#233;e sous un vernis social, c'est bien d'une marchandisation de nos &#234;tres dont il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;connexion ultime, la mort, est le dernier territoire &#224; conqu&#233;rir pour ces patrons richissimes. L'immortalit&#233; sera offerte (ou vendue) aux plus m&#233;ritants sur l'autel de la science et du progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Smart world, datas et surveillance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les technologies num&#233;riques sont un glouton &#233;nerg&#233;tique, mais leur boulimie peut &#234;tre assouvie par la transition &#233;nerg&#233;tique. Mieux, num&#233;rique et &#233;lectrique se renforcent. L'av&#232;nement du &lt;i&gt;smart world&lt;/i&gt; op&#232;re un r&#233;ajustement en temps r&#233;el des flux d'&#233;lectricit&#233; sur le r&#233;seau international. Il repose sur une capacit&#233; accrue de stockage et de transport des donn&#233;es tr&#232;s gourmandes en &#233;lectricit&#233;. Alors qu'elle sert &#224; alimenter les data centers, ceux-ci servent en partie &#224; collecter des donn&#233;es rendant compte de la consommation &#233;lectrique instantan&#233;e. Pratique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Intelligence Artificielle s'immisce aujourd'hui dans tous les aspects de notre vie. Les capteurs et algorithmes se multiplient, car ils sont la source d'une nouvelle gouvernance. L'I.A. nous sauvera. &#192; l'instar de la main invisible du march&#233;, cens&#233;e r&#233;guler les diff&#233;rends entre les humains, la main invisible du num&#233;rique nous permettra, par sa capacit&#233; &#224; r&#233;duire le r&#233;el &#224; des donn&#233;es chiffr&#233;es transitant via des flux, de rendre le syst&#232;me plus fluide, mieux g&#233;rable. Il s'agit d'optimiser la productivit&#233; de la terre devenue machine et de ses habitant.e.s. En &#233;vitant embouteillages, pics de pollutions, de consommation, inflations, comportements suspects, plus rien ne fait obstacle au fonctionnement continu du syst&#232;me productif et &#224; la circulation de ses flux. Pas d'interruption, pas d'intermittence, l'ordre &#233;lectrique s'en assure. Il est la condition sine qua non de la possibilit&#233; de la vie sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde num&#233;ris&#233; et &#233;lectrifi&#233;, les cam&#233;ras se r&#233;pandent : identification automatique des attitudes anormales, reconnaissance faciale et vid&#233;o-verbalisation. Les drones de Frontex et d&#233;tecteurs de mouvement aux fronti&#232;res permettent une vision imm&#233;diate des flux migratoires dans une tour de contr&#244;le centralis&#233;e. Le panoptique s'&#233;tend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compteurs Linky et autres capteurs collectent en temps r&#233;el de la donn&#233;e, &#233;tablissent des profils de clientes et consommateurs, moralisent les pratiques et emp&#234;chent la fraude. Les GAFAM compilent des milliers d'heures de d&#233;marches internet quand les smartphones g&#233;olocalisent. L'assurance Axa offre des montres connect&#233;es &#224; ses client.e.s pour v&#233;rifier leurs informations de sant&#233;. FranceConnect cr&#233;e des profils num&#233;riques reconnus par l'&#201;tat pour centraliser toutes les d&#233;marches administratives d'un.e individu.e. P&#244;le emploi peut consulter vos relev&#233;s bancaires pour savoir si vous &#233;tiez &#224; l'&#233;tranger. La police est d&#233;sormais en mesure d'appr&#233;hender une bo&#238;te de nuit qui ouvre clandestinement en temps de confinement, en se basant sur ses relev&#233;s Linky. Amazon cr&#233;e une application de fichage consultable sur les smartphones de flics, mise &#224; jour en temps r&#233;el et compilant renseignement humain, condamnations judiciaires et activit&#233; militante sur internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Industriels, multinationales, &#201;tats et forces arm&#233;es se serrent les coudes. Ils parlent la m&#234;me novlangue : le FALC (Facile &#224; lire et &#224; comprendre), qui trouve son &#233;cho dans leurs spots vid&#233;o au design aseptis&#233;. Tous vantent le m&#233;rite de la ville connect&#233;e et surveill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le &lt;i&gt;Cloud&lt;/i&gt; &#171; d&#233;mat&#233;rialis&#233; &#187; pr&#233;tend nous assister et nous servir, ses r&#233;seaux et infrastructures encombrantes envahissent nos sols. Les c&#226;bles souterrains et sous-marins encha&#238;nent nos esprits, atrophient nos cerveaux. Nous devenons d&#233;pendant.e.s, avons besoin des &#233;crans pour voir les autres, des capteurs pour sentir notre environnement et des donn&#233;es produites sur nous-m&#234;mes pour nous conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'homme moderne et le ventre de la terre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique tel que nous le connaissons est indissociable du capitalisme qui l'a fait na&#238;tre, nourri depuis des si&#232;cles d'expropriation, de destruction et d'exploitation des corps et des territoires. L'extractivisme qui l'alimente est fondamentalement patriarcal et colonial. Il commence avec la chasse aux sorci&#232;res en Europe, les enclosures, le travail salari&#233;, la destruction de savoirs inscrits dans le monde et d'organisations sociales autonomes &#8211; tout autant qu'avec la geste colonisatrice de l'Europe moderne, qui consiste &#224; exproprier, faire table rase, planter, exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit trop souvent les XVIe et XVIIe si&#232;cles comme une p&#233;riode de renaissance, de r&#233;forme et pas assez pour ce qu'ils ont &#233;t&#233;. &#192; savoir, des temps de b&#251;chers, de pers&#233;cutions, de tortures, d'expropriation des classes rurales laborieuses hors des terres qu'elles cultivaient jusqu'&#224; lors, de destruction de la culture paysanne et des liens communaux. Les classes dominantes ont condamn&#233; &#224; l'errance et aux marges celles et ceux dont elles n'avaient plus besoin pour g&#233;n&#233;rer du profit. Elles ont offert des salaires d&#233;risoires &#224; une nouvelle frange de journalier.e.s, en compensation de la perte des terres et des droits de glanage. Le capitalisme a pu se d&#233;velopper sur le dos de ces populations en errance et gr&#226;ce &#224; la rel&#233;gation &#224; la sph&#232;re domestique de la force de travail des femmes, en s'appropriant leurs domaines de comp&#233;tence et en les excluant du savoir officiel comme des activit&#233;s salari&#233;es. &#192; l'instar des gu&#233;risseuses des classes populaires traqu&#233;es par les m&#233;decins. Pourvoyeuses d'un travail gratuit, an&#233;anties par les pers&#233;cutions. Voil&#224; comment les femmes ont nourri le pouvoir naissant du capital. Par&#233; de l'&#233;thique de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, du droit absolu du poss&#233;dant, il a justifi&#233; &#233;galement le commencement de l'expansion coloniale par un commerce d'esclaves sans pr&#233;c&#233;dent et l'expropriation des populations am&#233;rindiennes de leurs terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie sous-jacente au capitalisme alors en plein essor, est celle de l'homme moderne et son mod&#232;le, celui de l'entrepreneur bourgeois. Cet homme parfait voit le monde par ses lunettes universelles et transcendantes. Ce regard lui suffit puisque seul compte pour lui ce qui est visible. La lumi&#232;re lui est vitale, il d&#233;teste l'ombre, il voit tout et loin et s'il le faut, &#233;limine les obstacles. Il n'h&#233;site pas &#224; trouer les montagnes, raser les for&#234;ts, combler le lit des rivi&#232;res pour rendre lisible et accessible le territoire transform&#233; en carte de ressources. Il se r&#234;ve comme pur esprit et oublie son corps. Il n'en a pas besoin d'ailleurs puisque d'autres, corps subalternes (peuples colonis&#233;s, femmes, non blanc.he.s, non humain.es), s'occupent de produire les biens et tous les services qui permettent &#224; sa raison de se d&#233;ployer pour percer les myst&#232;res de la nature. Oui, il est objectif, il sait s'extraire du monde pour le couper en petits morceaux et le diss&#233;quer. C'est ainsi qu'il le comprend et qu'il d&#233;voile la V&#233;rit&#233;, dont le nombre lui semble la plus pure repr&#233;sentation. Ainsi distant du monde, il peut le transformer &#224; volont&#233; pour le parfaire. Car ce qu'il valorise par-dessus tout, c'est l'activit&#233;, l'affairement. Sa hantise, c'est la perte. C'est le pendant de son obsession pour la production. Jamais il ne perd de temps ! Le repos, oui, mais juste ce qu'il faut pour recharger les batteries. Quant aux d&#233;chets et aux pertes inh&#233;rentes &#224; sa mani&#232;re de transformer, il les traque gr&#226;ce &#224; une optimisation permanente des processus. Quelques astuces qui montrent son ing&#233;niosit&#233; : l'utilisation &#233;nerg&#233;tique des d&#233;chets via leur incin&#233;ration, qui r&#233;sout &#224; la fois le probl&#232;me de l'&#233;nergie et le probl&#232;me des d&#233;chets ! Ou encore, les &lt;i&gt;smart grids&lt;/i&gt;, ces r&#233;seaux dits &#171; intelligents &#187; qui permettent une meilleure corr&#233;lation entre offre et demande d'&#233;lectricit&#233;. Un outil merveilleux de chasse au gaspi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle, la thermodynamique a permis &#224; cet honn&#234;te homme d'assouvir son d&#233;sir de pouvoir. La construction du concept d'&#233;nergie en est le r&#233;sultat. Il permet de mesurer la capacit&#233; au travail de toute chose et transforme le monde en un vaste flux dont il est possible de tirer une production. Il est d&#233;sormais possible de comparer un cheval et un wagonnet de charbon, un fleuve et une parcelle ensoleill&#233;e, une for&#234;t de ch&#234;nes et un tas de d&#233;chets, selon un crit&#232;re objectif et quantitatif. De la tonne d'&#233;quivalent charbon au franc, du kilowattheure &#224; l'euro, l'&#233;nergie pr&#233;sente un &#233;quivalent &#233;conomique direct. Le r&#233;seau &#233;lectrique concr&#233;tise cet aplatissement de ph&#233;nom&#232;nes, de mat&#233;riaux &#233;clectiques et capricieux, en ressources homog&#232;nes et manipulables. Elles sont la base d'un investissement prometteur : l'&#233;nergie c'est le sang de l'industrie, le nerf de la guerre, le fondement de la civilisation moderne. L'entrepreneur de l'&#233;nergie contribue au progr&#232;s g&#233;n&#233;ral et sert la Soci&#233;t&#233; par son &#339;uvre bienfaisante. L'&#233;lectricit&#233; n'est-elle pas devenue un besoin fondamental de l'humanit&#233; ? O&#249; en serait l'Afrique sans cet ing&#233;nieur dou&#233; et audacieux ? Notre homme doit poursuivre ce projet humanitaire. Certains gisements d'&#233;nergie ne sont-ils pas encore inexploit&#233;s, l&#224; o&#249; des soci&#233;t&#233;s mis&#233;rables, ignorantes de cette richesse, vivent encore sans &#233;lectricit&#233; ? Comme il fertilisa les d&#233;serts et ensemen&#231;a le ventre rond de la terre par la force de son vit, il saura engendrer l'&#233;nergie avec le soc adapt&#233; &#224; chaque territoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Participation, mirages et d&#233;sillusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Roger, sans &#234;tre cet honn&#234;te homme bourgeois, a capitalis&#233; toute sa vie et, face au poids de sa trop grande culpabilit&#233;, veut investir dans un 20e de pale d'&#233;olienne, d'un projet participatif et citoyen sur sa commune. Fort heureusement pas dans son jardin, mais &#224; l'autre bout du village, chez les Dupont. Il a 60 ans, parle fort, coupe la parole aux voisin.e.s et bombe le torse &#224; l'id&#233;e de sauver la France. Les retomb&#233;es permettraient de tondre le gazon devant la mairie ! En plus, il donnera un emploi &#224; un enfant de 11 ans, dans l'extraction de lithium, preuve de son ouverture d'esprit face &#224; la Chine, qui a quand m&#234;me fait du tort aux entreprises fran&#231;aises. Un monde plus propre ici et plus pollu&#233; l&#224;-bas. C'est &#231;a l'avenir, lui a-t-on vant&#233;. Et il a sorti le porte-monnaie, convaincu d'agir en h&#233;ros &#233;colo patriote.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu &#234;tre tent&#233;.e.s de croire en la &#171; participation &#187;. De croire qu'avec l'&#233;olien participatif, nous aurions la possibilit&#233; d'impacter la d&#233;cision politique. On aurait pu se rendre aux consultations publiques, lorsque des entreprises sollicitent notre voix, et donner notre avis sur les lieux o&#249; implanter cette nouvelle source d'&#233;nergie. On aurait m&#234;me pu devancer EDF. On aurait mis des panneaux solaires sur notre toit. Mieux encore, on aurait carr&#233;ment pu monter notre propre projet d'&#233;olien, avec notre village. Quelle que soit la forme choisie parmi ces trois-l&#224;, on aurait pu c&#233;der &#224; l'appel du participatif, puisqu'il est &#224; la mode partout, dans tous les nouveaux projets industriels et urbanistiques. On aurait pu croire que cela s'inscrivait dans une d&#233;marche d'autonomie politique, de renforcement de notre pouvoir d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, on ne sait que trop bien que nos attentes sont illusoires. Ce nouveau mot d'ordre de l'action publique la l&#233;gitime en la couvrant d'un vague vernis d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle qu'en soit la source, la production d'&#233;lectricit&#233; contribue aux d&#233;sastres en cours. Le terme m&#234;me de transition &#233;nerg&#233;tique est usurp&#233;. &#171; Transition &#187; supposerait le passage d'une source de production &#224; une autre alors qu'en r&#233;alit&#233;, les nouveaux modes de production d'&#233;lectricit&#233; (biomasse, photovolta&#239;que, &#233;olienne, m&#233;thaniseur, hydrog&#232;ne, etc.) ne font que s'ajouter aux anciens et s'appuient m&#234;me largement sur eux. D&#233;j&#224;, les acteurs du capitalisme vert &#233;tendent leurs griffes vers de nouveaux territoires &#224; conqu&#233;rir. Des firmes europ&#233;ennes comme l'Espagnole Guascor ou EDF &#201;nergies Nouvelles implantent des centaines et des centaines d'&#233;oliennes sur des milliers d'hectares dans toute l'Am&#233;rique latine, avec la m&#234;me obsession que nos anc&#234;tres pour la canne &#224; sucre et le tabac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a du mal &#224; concevoir l'ampleur de la violence qui accompagne l'appropriation de ces territoires par des entreprises qui nous sont si famili&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#201;DF se met aux &#233;oliennes, c'est l'progr&#232;s, quoi ! Faut bien &#233;voluer avec son temps ! Surtout si on n'veut plus de nucl&#233;aire ! Et puis &#231;a leur apporte le progr&#232;s aux autochtones ! Ah qu'elle est belle l'&#201;DF si ch&#232;re au c&#339;ur des Fran&#231;ais. L'&#201;tat mexicain lui aussi doit bien l'aimer pour l'avoir si chaleureusement accueillie. Un quatri&#232;me parc de plus de 4000 hectares rien que pour elle, pour environ 62 &#233;oliennes ! Mais &#231;a doit &#234;tre de tr&#232;s grosses &#233;oliennes, &#231;a dites donc ! Hein Jamie ? Fred, dis-nous tout, comment se passent ces tractations ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; H&#233; bien Jamie, la population autochtone est inform&#233;e dans de grandes &#8220;consulta&#8221; propos&#233;es par l'&#201;tat mexicain, en espagnol et m&#234;me dans leur langue ! Tout le monde est r&#233;uni sur la grande place du village. Une estrade est d&#233;di&#233;e &#224; tout le gratin : du pr&#233;sident du projet d'EDF au Mexique, aux associations des droits humains en passant par le syndicat de l'&#233;nergie. Ils pr&#233;sentent rapidement tous les bienfaits sociaux et &#233;conomiques du projet pour la communaut&#233;. Puis, la population en d&#233;bat. C'est pas beau, &#231;a la d&#233;mocratie occidentale ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y est all&#233;.e.s, on peut vous dire que c'est une mise en sc&#232;ne grotesque devant laquelle ce beau monde se r&#233;gale &#224; la vue de la communaut&#233; qui s'&#233;tripe sous ses yeux, quatre heures durant. Et les &#233;oliennes ne sont pas si grandes que &#231;a ! Les pots de vin, qui visent &#224; assurer l'acceptation du projet par la population, finissent in&#233;vitablement par provoquer tensions, conflits et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, d&#233;chirements des communaut&#233;s locales. Le but &#233;tant de faire des terres communales la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de l'entreprise, via la corruption, mais aussi par des assassinats si la population r&#233;siste trop. C'est le cas embl&#233;matique de Berta C&#225;ceres, dirigeante Lenka au Honduras, qui menait la r&#233;sistance &#224; un projet de barrage hydro&#233;lectrique, assassin&#233;e en 2016. Le recours aux pistoleros et &#224; des groupes arm&#233;s est monnaie courante. Les entreprises de BTP locales se m&#232;nent une guerre acharn&#233;e pour obtenir les contrats de construction. On peut affirmer que l'&#201;tat fran&#231;ais, avec sa filiale &#233;lectrique, poursuit sans vergogne son &#339;uvre colonisatrice : m&#234;me soutien &#233;tatique &#224; des entreprises extractives, m&#234;mes relations asym&#233;triques entre blancs et autochtones, m&#234;mes d&#233;sastres humains et environnementaux au final&#8230; Il participe &#224; la destruction des structures sociales et des modes de vie locaux. Le vide laiss&#233; par cette d&#233;liquescence favorise les narco-trafiquants dans l'exercice de leur domination. L'&#201;tat fran&#231;ais est responsable de meurtres au nom d'une &#233;cologie mondiale. Et en ce sens, on peut bien affirmer que la France participe &#224; l'&#233;co-techno-fascisme ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Crises, individus et responsabilit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En plus de savoir que le renouvelable participatif ne tient aucune de ses promesses sociales, on sait trop bien qu'il ne tient pas non plus ses promesses &#233;cologiques. Qu'une &#233;olienne EDF install&#233;e sur notre territoire ne fait pas baisser notre facture et ne nous conf&#232;re aucune autonomie suppl&#233;mentaire. On sait trop bien que nous sommes d&#233;pendant.e.s d'EDF et de ses sous-traitants pour construire, transporter, installer cette &#233;olienne ou ce panneau solaire. Que nous en sommes aussi d&#233;pendant.e.s pour l'entretenir, la d&#233;manteler, la recycler. On sait trop bien que nous n'aurons aucune ma&#238;trise de cet outil, aucun nouveau savoir-faire, aucune autonomie. Et que l'&#233;nergie ainsi produite sera de nouveau balanc&#233;e sur un r&#233;seau tr&#232;s haute tension, qu'elle ne nous appartiendra jamais, mais sera vendue sur le march&#233;, pour alimenter des infrastructures bien loin de chez nous, qui fabriquent des produits polluants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, si on d&#233;pensait notre &#233;nergie dans cette illusion de participation et d'autonomie, ce serait offrir notre &#233;nergie humaine &#224; EDF, lui pr&#233;m&#226;cher le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu &#233;couter celles et ceux qui militent pour un &#171; Green New Deal &#187;. Se f&#233;liciter du fait que l'&#233;cologie &#233;tait enfin inscrite &#224; l'agenda politique. Du fait que le r&#233;chauffement climatique &#233;tait enfin pris en compte par les COP 21 et suivantes. On aurait pu se dire que toutes ces mesures &#233;taient positives et incitaient des entreprises polluantes &#224; se reconvertir dans le renouvelable, les contraignaient &#224; agir en respectant davantage la plan&#232;te. On aurait pu se dire qu'on &#233;tait sur la bonne voie, m&#234;me si cela n'&#233;tait pas assez radical, militer dans des groupes partisans d'une r&#233;forme de l'action publique et priv&#233;e. On aurait pu vouloir prot&#233;ger certains espaces au Costa Rica pour qu'ils restent &#171; naturels &#187; afin d'y faire de l'&#233;cotourisme 15 jours &#224; l'ann&#233;e. On aurait pu ignorer qu'exploiter et prot&#233;ger ne sont finalement que les deux facettes d'une m&#234;me pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous avons compris que derri&#232;re les d&#233;clarations d'intention, la critique des &#233;missions carbone n'&#233;tait qu'une mutation technologique, une r&#233;volution industrielle de plus. Nous avons vu comment un march&#233; sp&#233;cialis&#233; dans l'&#233;change de &#171; cr&#233;dits carbone &#187; permettait aux entreprises du monde entier de polluer toute la plan&#232;te et de perp&#233;tuer la colonisation sous une nouvelle forme. Nous avons vu que tout en creusant des mines, en fissionnant des atomes, des entreprises se rachetaient en rasant des for&#234;ts africaines pour en faire de la monoculture d'arbres comme l'h&#233;v&#233;a, expropriaient les populations et b&#233;n&#233;ficiaient, comble supr&#234;me, d'une reconnaissance pour leur action &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes donc pas de celles et ceux qui militent pour un &#171; &#233;tat d'urgence climatique &#187;. Les d&#233;cideurs ne se d&#233;couvrent pas, soudainement, une br&#232;che d'humanisme. Ils nous annoncent surtout qu'il faudra d&#233;l&#233;guer &#224; un pouvoir centralis&#233; et paternaliste le monopole de la gestion d'une nouvelle crise qu'ils ont largement provoqu&#233;e eux-m&#234;mes. Lorsque les dominants admettent une partie du probl&#232;me en le qualifiant de &#171; crise &#187; ou d'&#171; urgence &#233;cologique &#187;, ce n'est certainement pas pour le r&#233;soudre, mais plut&#244;t se d&#233;clarer comp&#233;tents pour la prendre en charge. Et on voit bien que la crise sanitaire actuelle n'appelle nullement les &#201;tats &#224; endiguer ses causes que sont la d&#233;forestation, l'industrialisation agressive ou les &#233;levages concentrationnaires. La seule r&#233;ponse qui est donn&#233;e &#224; toutes ces &#171; crises &#187;, qu'elles soient &#233;conomiques, s&#233;curitaires ou sanitaires, ce sont des mesures restrictives pour les libert&#233;s, des violences, et de brutales avanc&#233;es dans la centralisation du pouvoir politique. Il n'y a pas de raisons qui laissent penser qu'il en sera autrement pour la crise climatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;milie est &#171; z&#233;ro d&#233;chet &#187;. Elle a d&#233;couvert le mouvement Z&#233;ro en r&#233;pondant &#224; un d&#233;fi sur les r&#233;seaux sociaux. Depuis, elle ach&#232;te ses c&#233;r&#233;ales &#224; l'&#233;picerie vrac en centre-ville. Et quand elle va au march&#233; bio le dimanche, elle apporte ses propres contenants en verre, qu'elle transporte dans son sac en coton. Elle fait du v&#233;lo &#233;lectrique. Mais c'est pas de sa faute si une partie est aliment&#233;e par les centrales. Elle, elle est &#224; Enercoop. Elle re&#231;oit trois notifications par minute, sur son fairphone dont le Cobalt vient des mines du Congo. Mais &#201;milie est &#171; z&#233;ro d&#233;chets &#187;, elle voudrait bien que Apple produise local. Et les m&#233;taux rares de son ordi, &#231;a compte pas dans ses d&#233;chets : c'est pas des emballages qui s'entassent dans sa cuisine. C'est pas sale, c'est loin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu se laisser s&#233;duire par le discours appelant &#224; l'&#233;co-responsabilit&#233;. Se prendre au jeu du &#171; consom'acteur &#187;, de la responsabilit&#233; individuelle. On aurait pu croire au &lt;i&gt;smart world&lt;/i&gt;. T&#233;l&#233;charger les nouvelles applications pour signaler les d&#233;chets autour de chez nous. On aurait pu se faire la police morale de nos rues, sous couvert d'&#233;cologie. Essayer d'&#233;duquer les quartiers et utiliser l'argument &#233;cologique pour verdir une domination de classe. On aurait pu accepter le Linky, se dire que r&#233;guler nos consommations, contr&#244;ler les pics, c'&#233;tait positif, quand bien m&#234;me c'&#233;tait au prix de donn&#233;es personnelles. On aurait pu stigmatiser les pauvres qui ne refont pas leur isolation. Et ceux qui roulent au gasoil. On aurait vot&#233; pour que les voitures &#233;lectriques b&#233;n&#233;ficient de stationnements gratuits et de r&#233;duction aux p&#233;ages. M&#234;me si elles sont aussi polluantes que les autres en amont, lors de leur fabrication. On aurait pu voter pour la&lt;i&gt; smart city&lt;/i&gt;, participer aux d&#233;bats en lignes, soutenir les poubelles connect&#233;es dans lesquelles il est impossible de fouiller pour se nourrir. On se serait fait &#233;cocitoyen.ne.s. On aurait dit que cet &#171; &#233;co &#187; renvoyait autant &#224; l'&#233;cologie qui nous animait, qu'&#224; la volont&#233; de faire des &#233;conomies ; et qu'en ce sens, c'&#233;tait un truc inclusif pour les classes populaires. On aurait pu se mentir en soutenant le &lt;i&gt;greenwashing&lt;/i&gt; : le label bio payant, le vrac livr&#233; en container, l'&#233;lectricit&#233; produite au prix d'expropriations. On aurait pu nier toutes les cons&#233;quences sociales et extractivistes de ce capitalisme &#171; vert &#187; et nous targuer sur les r&#233;seaux sociaux d'en &#234;tre les pionnier.e.s. Mais nous avons choisi de nous construire contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Objets objectifs et Chose mouvante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sastre que l'on vit n'est pas un probl&#232;me d'ing&#233;nieur.e.s qui n&#233;cessiterait une ou des solutions pour nous sortir d'affaire. Ce n'est pas une externalit&#233; que les gestionnaires doivent prendre en compte et int&#233;grer dans leurs algorithmes pour pouvoir continuer comme si de rien n'&#233;tait. Notre mani&#232;re de vivre le d&#233;sastre consiste &#224; accepter d'aller vers l'inconnu. On ne sait pas comment nous vivrons sans la production actuelle d'&#233;lectricit&#233;. Nous en sommes pour l'instant d&#233;pendant.e.s, certes, mais cela ne nous emp&#234;che pas de nous opposer &#224; ce qui nous d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si aujourd'hui les gouvernements assument de plus en plus une d&#233;rive autoritaire claire, c'est que des mouvements sociaux remettent de plus en plus en question le patriarcat, la police, le racisme, etc. Nous pensons que c'est aussi le moment d'attaquer l'ordre &#233;lectrique. Aujourd'hui assis.e.s autour d'une table, des complicit&#233;s se r&#233;v&#232;lent et nous nous prenons &#224; r&#234;ver d'une chose&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette Chose a pris naissance il y a bien longtemps d&#233;j&#224;, dans les luttes autonomes pass&#233;es, dans les luttes antinucl&#233;aires lorsqu'on y trouvait encore une critique radicale de l'&#201;tat et de l'arm&#233;e, avant de s'enfermer dans un argumentaire purement &#233;cologique qui aujourd'hui pr&#244;ne l'industrie du renouvelable. On a pu la trouver au d&#233;tour de chantiers collectifs se r&#233;appropriant savoirs et savoir-faire. Elle a ouvert des squats, cultiv&#233; des terres collectives ou fait du pain &#224; Calais. Plus r&#233;cemment on l'a retrouv&#233;e au pied d'un pyl&#244;ne en train de le d&#233;boulonner, construisant des cabanes ou se baladant dans un bois occup&#233;. Elle se confrontait directement &#224; ce monde en prenant la rue avec joie et d&#233;termination ; laissant derri&#232;re elle les r&#233;formistes et leurs outils de contr&#244;le de sa col&#232;re. Les ronds-points lui ont appris qu'une multitude de pratiques, de rencontres et de bousculements &#233;taient en cours, que la mise en lien de tout &#231;a, que le fait d'accepter de se laisser percuter par l'autre, loin de son confort politique, participe d'un processus d'&#233;mancipation collectif difficilement r&#233;cup&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, les luttes &#233;cologiques n'ont de sens et ne peuvent r&#233;ellement avoir un impact que si elles sont men&#233;es non seulement en lien avec d'autres luttes s'attaquant aux syst&#232;mes de domination, mais aussi en acceptant d'&#234;tre travers&#233;es par ces derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers les luttes qu'on a v&#233;cues, on s'est pr&#234;t&#233;.e.s &#224; maintes pratiques. Certaines heureuses, d'autres moins. On a jou&#233; le jeu du spectacle m&#233;diatique, on a cherch&#233; &#224; &#171; massifier &#187; et &#224; &#171; sensibiliser &#187;, &#224; faire de jolies actions non violentes symboliques, d&#233;laissant trop souvent les actions directes bien qu'elles soient indispensables &#224; la construction du rapport de force. On a parfois su mieux que les autres, et on s'est laiss&#233;.e.s cloisonner dans un entre-soi militant (mais pas seulement). Avec le num&#233;rique on a aussi pu devenir des rebelles de canap&#233;, croyant agir, mais ayant perdu tout ancrage dans le r&#233;el. On a p&#233;titionn&#233;, fait des proc&#232;s ou essay&#233; de changer des lois ; &#231;a n'a pas suffi. On a trop souvent &#233;t&#233; somm&#233;.e.s de se justifier : &#171; vous &#234;tes contre le nucl&#233;aire et l'&#233;olien ? Tr&#232;s bien, mais que proposez-vous ? &#187;. Ce monde est incoh&#233;rent, absurde, nous ne choisirons ni le SRAS ni la grippe H1N1 ! Leurs solutions ne sont que de nouveaux probl&#232;mes et nous ne serons plus les technicien.ne.s de leur d&#233;sastre. On ne veut plus passer notre temps &#224; apporter des pansements &#224; ce syst&#232;me de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chose s'attaque &#224; EDF, &#224; son ordre &#233;lectrique, ses infrastructures et sa propagande verte. Nous cherchons &#224; nous r&#233;approprier ce qui, au c&#339;ur m&#234;me de nos vies, est contr&#244;l&#233; et g&#233;r&#233; par la force de l'&#201;tat et du capital. Les r&#233;seaux &#233;lectriques sont indispensables &#224; leur supr&#233;matie et &#224; toutes les dominations qui en d&#233;coulent. Nous voulons fouiner, creuser, enqu&#234;ter, pour anticiper les projets destructeurs que les am&#233;nageurs de l'&#233;nergie cachent le plus longtemps possible. Nous exposerons leurs abus, leurs d&#233;boires et nous fracturerons leur communication rassurante. Nous montrerons que nous sommes capables de conna&#238;tre dans les moindres recoins ces r&#233;seaux qui nous enferment, que nous sommes capables d'en identifier les br&#232;ches et de nous y engouffrer avec fracas. Nous leur ferons savoir que nous les voyons. Que nous les traquerons. Que nous ne les laisserons pas continuer sans vergogne leur d&#233;lire techno-m&#233;galo-maniaque. Parce qu'elles sont partout, les infrastructures sont faibles et ind&#233;fendables : pyl&#244;nes, transformateurs, compteurs et concentrateurs Linky, antennes 5G, aucun de ces n&#339;uds &#233;nerg&#233;tiques ne peut tenir sans le consentement de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, nous serons la rupture. L'ing&#233;nierie, l'agriculture, l'enseignement ne sont pas l'apanage d'une soci&#233;t&#233; gestionnaire. Il nous faut en faire les outils d'une contre-proposition radicale et conviviale. Ensemble, au chantier ! Contre l'&#233;olien, fabriquons des &#233;oliennes ! Abreuvons-nous de savoir-faire artisanaux, laissons la neutralit&#233; carbone aux partisans du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;. Dotons-nous de technologies suffisantes, mais surtout transmettons les outils, la capacit&#233; et l'envie de nuire. Construire l'alternative n'a de sens que pour &#233;branler l'existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte ne peut se renouveler qu'en comptant sur notre capacit&#233; &#224; nous reconna&#238;tre, &#224; nous r&#233;unir ; mais aussi &#224; supporter l'inconfort de la diversit&#233; id&#233;ologique. &#201;cologistes consciencieux, anarchistes irr&#233;ductibles, &#226;mes errantes terrifi&#233;es par l'effondrement de notre sophistication ; profitons des camps pour saisir ces connivences, pour participer au vrombissement imm&#233;morial des luttes qui essaiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chose n'est pas un collectif ni un groupe ferm&#233;. C'est un ensemble de personnes qui se rencontrent, issues d'horizons multiples, d&#233;termin&#233;es &#224; en d&#233;coudre avec l'ordre &#233;lectrique et &#224; cultiver l'autonomie &#233;nerg&#233;tique et politique. La Chose demeure dynamique, elle est un processus qui consiste &#224; mettre du lien entre les gens de lutte, les rompus, les incr&#233;dules. Elle existe contre leurs objets, connect&#233;s, soi-disant autonomes, mais affectivement distants. Elle appelle plut&#244;t &#224; se rencontrer &#224; l'occasion de camps, de chantiers collectifs, d'actions ; th&#233;&#226;tres d'une connexion vivante et concr&#232;te entre les &#234;tres voulant retrouver prise sur leurs moyens d'existence. Elle est pr&#234;te &#224; &#233;chapper encore &#224; leurs normalisations et &#224; leurs r&#233;cup&#233;rations. &#192; refuser de se laisser enfermer. Elle cherche &#224; construire un rapport de force. Elle cr&#233;e de l'autonomie, parfois incoh&#233;rente, toujours partielle, mais n&#233;anmoins concr&#232;te et ancr&#233;e dans des pratiques locales et collectives. Elle n'est pas construite, elle cro&#238;t. Elle est m&#233;tamorphoses et force d'ouverture aux possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est une invitation. Nous ne sommes pas dupes, mais nous y croyons quand m&#234;me. Ils ont cru qu'on serait d&#233;pass&#233;.e.s par leurs syst&#232;mes toujours plus complexes, au contraire ! On embrasse la complexit&#233;, mais la n&#244;tre ! Celle qui relie chaque chose vivante, celle qui nous permet de cr&#233;er des complicit&#233;s, celle qui nous bouscule dans nos constructions sociales et politiques, celle qui nous permet d'avancer, d'apprendre, d'&#233;voluer. R&#233;torquons &#224; leur complexit&#233; quelque chose que les algorithmes ne sauront jamais d&#233;crire : la force que l'on nourrit en se comprenant, en construisant et r&#233;sistant ensemble et de toutes les mani&#232;res. &#201;milie ! Prends ton sac en coton bio, glisses-y une clef &#224; molette et viens voir la Chose et ce qu'elle construit au prochain chantier collectif ! Thomas ! Et si tu disais &#224; Siri d'aller se faire voir ? Ing&#233;nieur.es, d&#233;sertez ! Venez vous confronter au monde r&#233;el, celui des gens qui vivent, qui se battent contre vos syst&#232;mes et proc&#233;d&#233;s. &#201;lectriciennes et &#233;lectriciens qui p&#232;tent des c&#226;bles, n'avez-vous pas des petites id&#233;es pour les d&#233;brancher ? Hackers, hackeuses, quelles failles critiques saurez-vous exploiter ? &lt;i&gt;Copaines, copines, copains,&lt;/i&gt; o&#249; que vous soyez, si ce texte a fait r&#233;sonner quelque chose en vous, cr&#233;ons et recr&#233;ons ces espaces, ces lieux de d&#233;connexions, de vie et de r&#233;sistances, relions-les pour constituer cet archipel vibrant qui ne se laissera pas num&#233;riser, virtualiser, &#233;lectrifier, &#233;craser. Qui veille et r&#233;agira sans d&#233;tour &#224; leurs tentatives totalisantes. Enrageons de joie et lib&#233;rons-nous de l'emprise de ces r&#233;seaux de mort. La Chose existe. Faisons-la vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coordination H&#233;t&#233;roclite pour l'Obturation des Syst&#232;mes Electriques = C.H.O.S.E.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dell'Umbria, Al&#232;ssi.Istme&#241;o, &lt;i&gt;le vent de la r&#233;volte.&lt;/i&gt; Toulouse ; Le Mas-d'Azil : Collectif des m&#233;tiers de l'&#233;dition, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dubey, Gerard, et Alain Gras. &lt;i&gt;La Servitude &#233;lectrique. Du r&#234;ve de libert&#233; &#224; la prison num&#233;rique.&lt;/i&gt; Paris XIXe : Le Seuil, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dunlap, Alexander. &lt;i&gt;Renewing Destruction : Wind Energy Development, Conflict and Resistance in a Latin American Context.&lt;/i&gt; London ; New York : Rowman &amp; Littlefield International, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferdinand, Malcom. &lt;i&gt;Une &#233;cologie d&#233;coloniale - Penser l'&#233;cologie depuis le monde carib&#233;en.&lt;/i&gt; LeSeuil, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gras, Alain. &lt;i&gt;Le choix du feu : Aux origines de la crise climatique.&lt;/i&gt; Paris : Fayard, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gras, Alain. &lt;i&gt;Les Macro-syst&#232;mes techniques.&lt;/i&gt; Paris : QUE SAIS JE, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hache, Emilie. &lt;i&gt;Reclaim : recueil de textes &#233;cof&#233;ministes.&lt;/i&gt; CAMBOURAKIS, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hughes, Thomas P. &lt;i&gt;Networks of Power : Electrification in Western Society, 1880-1930.&lt;/i&gt; Baltimore:Johns Hopkins University Press, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jarrige, Fran&#231;ois, et Alexis Vrignon. &lt;i&gt;Face &#224; la puissance.&lt;/i&gt; Paris : La D&#233;couverte, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Krauss, Celene. &lt;i&gt;&#171; Des bonnes femmes hyst&#233;riques, mobilisations environnementales populairesf&#233;ministes &#187;.&lt;/i&gt; In &lt;i&gt;Reclaim : recueil de textes &#233;cof&#233;ministes,&lt;/i&gt; Cambourakis., 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Krenak, Ailton.&lt;i&gt; Id&#233;es pour retarder la fin du monde.&lt;/i&gt; Dehors., 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lopez, Fanny. &lt;i&gt;L'Ordre &#233;lectrique : Infrastructures &#233;nerg&#233;tiques et territoire.&lt;/i&gt; 1er &#233;dition. M&#275;tisPresses, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lopez, Fanny. &lt;i&gt;Le R&#234;ve d'une d&#233;connexion. De la maison autonome &#224; la cit&#233; auto-&#233;nerg&#233;tique.&lt;/i&gt; Paris : La Villette, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;New Daggett, Cara.&lt;i&gt;The Birth of Energy : Fossil Fuels, Thermodynamics, and the Politics of Work.&lt;/i&gt; Durham : Duke University Press, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pitron, Guillaume. &lt;i&gt;La guerre des m&#233;taux rares : La face cach&#233;e de la transition &#233;nerg&#233;tique etnum&#233;rique.&lt;/i&gt; Paris : Les Liens Qui Lib&#232;rent, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rabinbach, Anson. &lt;i&gt;Le Moteur humain : L'&#233;nergie, la fatigue et les origines de la modernit&#233;.&lt;/i&gt; 1er&#233;dition. Paris : La Fabrique, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Starhawk. &lt;i&gt;R&#234;ver l'obscur : femmes, magie et politique.&lt;/i&gt; Paris : CAMBOURAKIS, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stoskopf, Nicolas, et Pierre Lamard. &lt;i&gt;La transition &#233;nerg&#233;tique : un concept historique ?&lt;/i&gt; 1er &#233;dition.Villeneuve d'Ascq, France : Septentrion, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vidalou, Jean-Baptiste.&#202;tre for&#234;ts. Zones, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zetkin collectif, et Lise Benoist.&lt;i&gt; Fascisme fossile : L'extr&#234;me droite, l'&#233;nergie, le climat. &lt;/i&gt;1er &#233;dition.La Fabrique Editions, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Filmographie :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Allard, Marine, Lucie Assemat, et Coline Dhaussy. &lt;i&gt;Ni les femmes ni la terre.&lt;/i&gt; Documentaire, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curry, Marshall. &lt;i&gt;If a Tree falls, Une histoire de l'ELF (Earth Liberation Front).&lt;/i&gt; Documentaire, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dell'Umbria, Alessi.Istme&#241;o, &lt;i&gt;Le vent de la r&#233;volte. Chroniques d'une lutte indig&#232;ne face &#224; l'industrie &#233;olienne.&lt;/i&gt; Documentaire, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erlingsson, Benedikt. &lt;i&gt;Woman at war.&lt;/i&gt; Fiction. Islande France Ukraine, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feydel, Sandrine, et Denis Delestrac.&lt;i&gt;Nature, le nouvel eldorado de la finance.&lt;/i&gt; Documentaire. ViaD&#233;couvertes et Arte France, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gibbs, Jeff. &lt;i&gt;Planet of the Humans.&lt;/i&gt; Documentaire. Michael Moore, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Amassada.&lt;i&gt;Pas Res Nos Arresta.&lt;/i&gt; Documentaire, s.d.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perez, Jean-Louis, et Guillaume Pitron. &lt;i&gt;La Face Cach&#233;e Des &#201;nergies Vertes.&lt;/i&gt; Documentaire. Arte, 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/Leur_ecologie_est_un_desastre_20pA5_pageparpage.pdf" length="3738932" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/Leur_ecologie_est_un_desastre_10pA4_cahier.pdf" length="3495595" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/ENGLISH_Their_sustainability_is_a_disaster_8pA5_page-per-page.pdf" length="3918200" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/ENGLISH_Their_sustainability_is_a_disaster_4pA4_booklet.pdf" length="3925388" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/CASTELLANO_su_ecologia_5pA5_pagina-tras-otra.pdf" length="3329423" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/CASTELLANO_su_ecologia_10pA4_cuaderno.pdf" length="3328427" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La libert&#233; est dans mon c&#339;ur</title>
		<link>https://test.infokiosques.net/La-liberte-est-dans-mon-coeur</link>
		<guid isPermaLink="true">https://test.infokiosques.net/La-liberte-est-dans-mon-coeur</guid>
		<dc:date>2021-03-19T17:22:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Saori, Seiya</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>
		<dc:subject>Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Fin octobre 2020, &#224; la prison de Muret (Toulouse), 29 prisonniers se r&#233;voltent. Ils refusent de r&#233;int&#233;grer les cellules et bloquent la promenade pendant 5h suite &#224; l'annonce entre autres de la fermeture des parloirs famille et des unit&#233;s de vie familiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils exigent de ne plus avoir de s&#233;parations lors des parloirs, que soit lev&#233;e l'interdiction de contact avec les proches et que de nouveau les colis de linge et ceux de No&#235;l soit autoris&#233;s&#8230; Les &#201;RIS (&#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;) interviennent, plusieurs mutins sont plac&#233;s au mitard et transf&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recueil rassemble un courrier de Seiya, incarc&#233;r&#233; au centre de d&#233;tention de Muret revenant sur ce dernier mouvement, ainsi qu'une lettre de Saori &#233;crite depuis l'ext&#233;rieur, et pour finir des notes et pr&#233;cisions sur le contexte mortif&#232;re p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#232;ve la taule ! &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Prison-justice-repression" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Infokiosque-fantome-partout" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Insurrections-revoltes-emeutes" rel="tag"&gt;Insurrections, r&#233;voltes, &#233;meutes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH92/arton1802-40dfa.png?1781293516' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1802.png?1770923019&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mars 2020 sous pr&#233;texte du risque de propagation de la COVID19 dans ses prisons l'&#201;tat fran&#231;ais d&#233;cide de suspendre les visites aux parloirs. Alors m&#234;me qu'aucun masque n'est disponible en d&#233;tention cette gestion s&#233;curitaire plus que sanitaire, provoque des mouvements collectifs de blocages de promenade et de mu- tineries dans de nombreuses maisons d'arr&#234;ts, Centres de d&#233;tention et Centres de r&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les visites &#224; nos proches enferm&#233;.es ont &#233;t&#233; brutalement supprim&#233;es [...], les privant de l'aide mat&#233;rielle, du soutien moral, de l'amiti&#233;, de la solidarit&#233;, de l'amour que nous leur apportons chaque fois que nous mettons un pied dans ces horribles prisons. Pendant les deux mois de suspension des parloirs, nous n'avons eu de cesse d'exiger leur r&#233;tablissement imm&#233;diat. Rappelons que c'est la principale raison des mouvements de r&#233;volte qui ont alors &#233;clat&#233;. A l'heure o&#249; la direction de l'AP se flatte d'avoir &#233;teint ces mouvements &#224; force de transferts disciplinaires et de promesses de RPS (remises de peines suppl&#233;mentaires), nous r&#233;p&#233;tons que les prisonnier.es, nos compagnons, nos compagnes, nos amis, nos fr&#232;res, nos s&#339;urs, nos enfants... ont eu raison de se r&#233;volter.&#034;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le printemps et les divers d&#233;-confinements, &#034;on entend dire que les par- loirs sont r&#233;tablis mais c'est toujours le m&#234;me m&#233;pris qui est subi par les prison- nier.es &#8211; et par celles te ceux qui les visitent &#8211; depuis le d&#233;but de la &#171; gestion &#187; de l'&#233;pid&#233;mie. [...]. Nous avons v&#233;cu la suppression des parloirs comme une mesure punitive et infantilisante ; leur pseudo r&#233;tablissement l'est tout autant. Et nous re- fusons que cela dure !&#034;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Extraits d'une lettre ouverte de proches de prisonniers parue dans L'Envol&#233;e : &lt;a href=&#034;https://lenvolee.net/prive-es-de-parloirs-un-jour-prive-es-de-parloirs-toujours/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lenvolee.net/prive-es-de-parloirs-un-jour-prive-es-de-parloirs-toujours/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; La libert&#233; est comme l'amour, un sentiment que personne ne peut nous enlever. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;T&#233;moignage de Seiya &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mardi 27 octobre 2020, &#224; la prison de Muret proche de Toulouse, nous &#233;tions nombreux, nous les prisonniers, &#224; &#234;tre d&#233;cid&#233;s &#224; mener un blocage dans la cour de promenade.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L448xH652/1-cleaned-9-80de0.png?1781293516' width='448' height='652' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire qu'on refusait de rentrer en cellule &#224; moins d'&#234;tre entendus par la direction de la prison. Car, apr&#232;s avoir pass&#233; tout le printemps, l'&#233;t&#233; et l'automne totalement isol&#233;s, s&#233;par&#233;s de nos proches comme jamais &#8211; pour nous prot&#233;ger du Covid, selon la direction &#8211; on avait de plus en plus de revendications.&lt;br class='manualbr' /&gt;On a pris la d&#233;cision ensemble, et on l'a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que nous demandions : ne plus avoir de s&#233;parations lors des parloirs et lever l'interdiction de contact ; autoriser de nouveau les colis de linge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une cellule de 9 m&#178;, les prisonniers n'ont pas assez de place pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ceux de No&#235;l&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si l'envoi de colis aux prisonniers est interdit, les proches peuvent chaque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette prison, le calme qui r&#232;gne ressemble au silence d'un cimeti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette prison, j'ai des potes, il y a de l'entraide, mais je n'avais jusque-l&#224; jamais rencontr&#233; de camarades de lutte. Ce jour-l&#224;, j'&#233;tais donc content, car nous &#233;tions 29 prisonniers &#224; tenir le blocage de 17 heures &#224; 22 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; terribles &#187; revendications et notre ferme d&#233;termination &#224; rester dans la cour nous ont valu les menaces des surveillants jusqu'&#224; ce que la direction appelle les &#201;RIS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Surnomm&#233;es &#171; GIGN de la p&#233;nitentiaire &#187; mais appel&#233;es plus couramment &#8211; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que vous les connaissez ? Ce sont des mecs-bulldozers habill&#233;s en Terminator, sp&#233;cialis&#233;s dans la r&#233;pression des rebellions. Ils sont &#233;quip&#233;s et entra&#238;n&#233;s pour nous faire taire par la force. Ils sont donc intervenus pour balayer notre demande de voir nos amis, nos familles, nos amours et d'avoir un colis&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sachez que notre but &#233;tait de faire venir les &#201;RIS (au lieu d'avoir peur d'eux), car tant qu'ils ne viennent pas, notre parole ne sort pas des murs de la prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si on oblige l'administration p&#233;nitentiaire &#224; les faire venir, cela signifie que la Direction interr&#233;gionale des services p&#233;nitentiaires sera au courant, en plus du co&#251;t de l'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puisque personne ne nous donne nos droits et encore moins notre libert&#233;, il faut que les gens qui luttent les arrachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut user de strat&#233;gie, il faut continuer, il faut les fatiguer ! Vous comprenez ? C'est une tactique de guerre, c'est une arme de lutte. L'administration p&#233;nitentiaire le sait, elle, puisqu'&#224; un moment ils nous ont mis en face de matons d&#233;guis&#233;s en &#201;RIS pour nous faire croire que nous avions atteint notre but. Mais nous n'avons pas &#233;t&#233; dupes et on a bien rigol&#233; d'eux et de leur mascarade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a poursuivi jusqu'au soir. Et m&#234;me si nous n'&#233;tions qu'un petit groupe, nous nous sentions forts, comme si nous &#233;tions des g&#233;ants. Et tout ce qui se trouvait face &#224; nous semblait minuscule, y compris les &#201;RIS. Combattre ensemble soulage, donne un nouveau souffle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L426xH255/2-cleaned-11-e06ee.png?1781293516' width='426' height='255' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis, nous sommes d&#233;j&#224; pass&#233;s devant la commission disciplinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a tous &#233;cop&#233; de vingt jours de mitard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mitard, cachot ou chtar, nomm&#233; officiellement quartier disciplinaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais parce qu'il n'y a pas assez de place pour autant de r&#233;volt&#233;s d'un coup, on fera huit jours de ferme et on aura douze jours de sursis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je suis pass&#233; devant la commission disciplinaire, l'administration m'a dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On voulait vous prot&#233;ger du Covid et on a conserv&#233; l'essentiel &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je leur ai r&#233;pondu : &#171; Pour nous, l'essentiel c'est la famille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si mon amour vient ici et que je ne peux m&#234;me pas l'embrasser, je meurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ils m'ont dit : &#171; Vous croyiez vraiment que votre blocage nous ferait reculer ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je leur ai dit :&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Vous croyiez vraiment que vous pouviez tout nous enlever sans qu'on agisse ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 octobre, nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s nombreux &#224; descendre en promenade avec la d&#233;cision de bloquer, et nous avons &#233;t&#233; 29 &#224; rester unis et &#224; tenir le coup.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pas mal quand m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment de blocage en commun a &#233;t&#233; un moment de bonheur, un moment de bien-&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis senti &#224; ma place, c'&#233;tait &#231;a ma vraie r&#233;insertion &#8211; une r&#233;insertion dans la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette action m'a donn&#233; de la force, a fait battre mon c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis senti revivre, parce que je me battais pour ma vie, pour ma vie en libert&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le fait de lutter ensemble donne un sens &#224; mon existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre signifie pour moi partager l'amiti&#233;, l'amour et combattre pour la libert&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pourquoi, en plus de nos revendications, on voulait aussi donner du courage &#224; la Maison d'arr&#234;t de Seysses qui se trouve pas loin de nous, car il y a l&#224; des prisonniers ayant des peines plus courtes que les n&#244;tres, et il leur est plus difficile de s'organiser et de se r&#233;volter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On leur met bien dans la t&#234;te que s'ils le font, ils ont davantage de choses &#224; perdre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, je n'ai rien &#224; perdre et j'ai peu de choses &#224; gagner. Je suis un prisonnier &#233;tranger sans papier. Quoi que je fasse, les tribunaux et les prisons ne me donnent jamais aucune permission, aucune gr&#226;ce, pour que je puisse sortir un peu avant de la fin de ma peine. J'aurais pu rester en cellule, face au mur, sans rien faire...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L414xH252/3-cleaned-9-7edde.png?1781293517' width='414' height='252' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas mon caract&#232;re : je dis toujours ce que je pense, les punitions ne peuvent pas changer mes id&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis longtemps je ne suis pas sorti, on pourrait dire que je n'ai plus le go&#251;t de la libert&#233;, mais la libert&#233; est dans mon c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne l'ai jamais quitt&#233;e. Notre r&#233;volte &#233;quivaut &#224; une permission de sortie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle m'a donn&#233;e l'air de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout combat que je peux mener pour n'importe quel autre &#234;tre humain vaut la peine. Il faut se battre pour la libert&#233;, car c'est un sentiment qu'on trouve uniquement dans le combat, dans le combat pour la libert&#233;-m&#234;me, qui est aussi une lutte pour l'amour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois fermement que ce sont les gens qui se rebellent qui peuvent changer les choses &#8211; en tout cas, nous qui nous rebellons, nous sommes encore des &#234;tres vivants, et c'est d&#233;j&#224; une victoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; l'avenir quelques potes prisonniers ou d'autres gens profitent des fruits de notre r&#233;volte, je serai heureux.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'administration pense maintenant qu'elle va nous torturer avec la punition du mitard.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais on s'en fout de ce mitard !&lt;br class='manualbr' /&gt;Car on est toujours heureux de ce qu'on a fait !&lt;br class='manualbr' /&gt;On ne fait pas ce mitard pour une b&#234;tise, on le fait pour une bonne cause. Et tous ensemble.&lt;br class='manualbr' /&gt;On veut tout nous enlever, mais il y a toujours un grain de libert&#233;, un grain de libert&#233; et d'amour qui est plus fort que la m&#233;chancet&#233;, la prison et la violence de l'oppression. Je vous raconte tout cela en souriant, juste quelques jours avant d'entrer au mitard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s heureux d'apprendre que, dans d'autres prisons aussi, les prisonniers se sont r&#233;volt&#233;s, et que des amis et des familles s'organisent.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans la presse officielle, on ne parle pas de tout &#231;a, alors merci de faire circuler notre parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seiya&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;T&#233;moignage de Saori&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce printemps, les prisonniers comme leurs ami.e.s et familles attendaient le d&#233;confinement. Nous souhaitions et avions besoin de la remise en service des parloirs &#171; normaux &#187;, ou disons plut&#244;t habituels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, l'&#233;t&#233; n'a pas commenc&#233; comme pour le reste de la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que les centres commerciaux, les bars, les restaurants, les plages et les cin&#233;mas ont rouvert, on nous a uniquement donn&#233; une seule heure de parloir.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Sachez que dans certains centres de d&#233;tention, il est d'habitude possible d'avoir quatre parloirs dans un week-end).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L426xH315/4-cleaned-7-26eb1.png?1781293517' width='426' height='315' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et pour cette mis&#233;rable heure de parloir, il fallait signer un papier &#224; l'entr&#233;e qui confirmait que nous acceptions l'interdiction de contact, l'obligation du port de masque pendant notre visite et la s&#233;paration entre nous par une double table.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre intimit&#233; m&#234;me n'&#233;tait pas respect&#233;e car les surveillants passaient pendant notre rencontre en nous regardant par les petites fen&#234;tres pour v&#233;rifier qu'on &#171; respectait &#187; bien les interdictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parloirs familiaux (PF), o&#249; on peut passer trois heures avec notre proche dans un salon am&#233;nag&#233; pour donner une illusion de chez-soi, ont &#233;t&#233; supprim&#233;s. Les unit&#233;s de vie familiale (UVF), o&#249; l'on peut voir les prisonniers pendant six, douze, vingt-quatre ou soixante-seize heures dans une esp&#232;ce de petit studio, &#233;taient maintenues &#224; la condition expresse que le prisonnier passe ensuite quatorze jours en isolement, comme mesure de protection du Covid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui parmi nous souhaiterait que son ami, son proche, paye aussi cher pour notre rencontre ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Et puis les PF comme les UVF ne sont pas le Club Med&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s avoir pass&#233; des ann&#233;es s&#233;par&#233;s d'un &#234;tre aim&#233; par la force, c'est juste une miette qu'on nous jette pour que le manque de libert&#233; ne nous rende pas totalement fous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L426xH312/5-cleaned-6-e5663.png?1781293517' width='426' height='312' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De plus, r&#233;ussir &#224; r&#233;server un PF ou une UVF est tellement difficile qu'au final, c'est pratiquement impossible pour de nombreuses personnes. En effet, pour faire la demande il faut qu'on pr&#233;cise la date souhait&#233;e deux &#224; trois mois avant !&lt;br class='autobr' /&gt;
Hors on est nombreux &#224; avoir des plannings de travail al&#233;atoires, un budget incertain, ou une vie impossible &#224; pr&#233;voir avec autant d'anticipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on parvient &#224; fixer une date, il reste que cela revient &#224; tenter le tout sur la roue de la Fortune : la direction donnera son accord &#224; notre demande juste un peu avant de la date demand&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas un cadeau.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; la fin de l'&#233;t&#233;, on pouvait &#171; b&#233;n&#233;ficier &#187; d'une heure suppl&#233;mentaire &#8211; mais pas le m&#234;me jour que la premi&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'administration p&#233;nitentiaire a cr&#233;&#233; des obstacles suppl&#233;mentaires pour la r&#233;servation des parloirs afin de nous d&#233;courager. Je dis &#171; obstacles suppl&#233;mentaires &#187;, car sachez que la simple r&#233;servation de parloirs est d&#233;j&#224; un parcours du combattant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, le niveau de difficult&#233; a augment&#233; : il fallait r&#233;server les deux parloirs s&#233;par&#233;ment (et donc s'engager dans deux parcours du combattant).&lt;br class='manualbr' /&gt;Puis, une fois qu'on avait obtenu le premier parloir, on pouvait seulement r&#233;server le deuxi&#232;me deux jours avant la date souhait&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, comment organiser tout un voyage et un h&#233;bergement en avance sans savoir jusqu'au dernier moment si on pourra voir notre proche ou pas ?&lt;br class='manualbr' /&gt;La plupart des prisonniers sont enferm&#233;s dans les prisons loin de leurs ami.e.s et de leurs familles, il faut donc faire tout un voyage pour les voir. Il est donc n&#233;cessaire de pr&#233;voir en avance l'h&#233;bergement, l'achat des billets de train, et si on n'est pas riches, il co&#251;te cher de le faire au dernier moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai envoy&#233; une lettre exposant cette probl&#233;matique en demandant si l'administration p&#233;nitentiaire pourrait trouver une autre solution comme &#171; protection du Covid &#187;, la r&#233;ponse &#233;tait en gros : si les conditions vous posent tellement de difficult&#233;s, vous avez le droit de supprimer vos parloirs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la preuve qu'une demande pacifique et l&#233;gale ne suffit pas &#224; changer les conditions, voire qu'elle peut se retourner contre nous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5217 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L423xH309/6-cleaned-7-7e0f0.png?1781293517' width='423' height='309' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On attendait alors l'automne pour avoir un peu plus de possibilit&#233;s. Au lieu de quoi on a re&#231;u les nouvelles restrictions, de nouvelles attaques. &#192; ce parloir o&#249; on avait d&#233;j&#224; l'interdiction de contact, l'administration a ajout&#233; une vitre du sol au plafond, pour nous s&#233;parer totalement ! Cette nouvelle a provoqu&#233; une sensation de terreur en moi, et pour la premi&#232;re fois que j'ai m&#234;me h&#233;sit&#233; &#224; m'y rendre. Pour de nombreux proches le parloir est un moment pr&#233;cieux car, malgr&#233; les circonstances, c'est notre rendez-vous avec un &#234;tre aim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attend ces retrouvailles avec anxi&#233;t&#233;, on se pr&#233;pare pour cela dans tout notre &#234;tre - physiquement et sentimentalement -, on fait tout un voyage, et quand enfin on est l&#224; avec notre proche, la joie nous fait m&#234;me oublier, le temps d'une heure, l'ambiance inhumaine, toutes ces lourdes portes m&#233;talliques, les barreaux, les grilles, les multiples contr&#244;les de surveillants, tout ce qu'il faut traverser pour arriver &#224; notre but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors imaginez quand par cette vitre on nous enl&#232;ve m&#234;me la joie de cette petite rencontre...&lt;br class='manualbr' /&gt;De fait, je ne savais m&#234;me pas si je supporterais de voir un &#234;tre aim&#233; enferm&#233; dans ce cube vitr&#233;, et qu'il me voit pareille, comme dans un aquarium.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment se rencontrer entre deux &#234;tres humains dans pareilles circonstances o&#249; on est priv&#233;s justement des sensations qui font de nous des &#234;tres vivants : priv&#233; du go&#251;t, du toucher, de l'odorat...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un cauchemar absurde !&lt;br class='manualbr' /&gt;On ne peut pas accepter d'&#234;tre transform&#233;s en robots, qu'on nous enl&#232;ve les sens, ce qui nous d&#233;finis comme &#234;tre vivants, comme &#234;tre humains.&lt;br class='manualbr' /&gt;La peine de mort a &#233;t&#233; supprim&#233;e mais n'est-ce pas en quelque sorte une autre fa&#231;on de nous an&#233;antir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus, les UVF ont &#233;t&#233; totalement supprim&#233;es, et ce m&#234;me si le prisonnier acceptait les quatorze jours d'isolement.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'administration &#233;voquait m&#234;me la suppression des d&#233;p&#244;ts de linge et des colis de No&#235;l : un des rares gestes que l'on puisse faire pour am&#233;liorer le quotidien en prison, et le seul petit cadeau de nourriture qu'on peut l&#233;galement donner &#224; notre proche enferm&#233;. En recevant ces nouvelles, on craignait m&#234;me qu'il aillent jusqu'&#224; supprimer les petites heures de parloirs sur-surveill&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour survivre &#224; cette situation qu'est l'enfermement, dedans comme dehors, il faut garder en t&#234;te que, m&#234;me dans les pires conditions, on peut encore vivre : cr&#233;er des amiti&#233;s, et m&#234;me conna&#238;tre et attiser l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, il ne faut pas oublier que, pour pouvoir maintenir nos liens, il faut se battre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vivre, cela veut donc dire combattre, ensemble, contre la violence de l'enfermement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Saori&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5218 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L429xH309/7-cleaned-6-c9504.png?1781293517' width='429' height='309' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;cisions et mises en contexte&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5219 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://test.infokiosques.net/IMG/png/8-cleaned-6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH583/8-cleaned-6-4b9d4.png?1781293517' width='500' height='583' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mesures contre l'&#233;pid&#233;mie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'administration p&#233;nitentiaire justifie restrictions et mesures r&#233;pressives au nom de la crise sanitaire, ces quelques mots ont pour but de remettre en contexte et de pointer quelques incoh&#233;rences, hypocrisies et autres aberrations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'&#233;pid&#233;mie, il a &#233;t&#233; question de restreindre l'acc&#232;s des prisons aux familles, aux enseignants et autres intervenants ext&#233;rieurs alors que, dans un premier temps, aucune mesure n'a &#233;t&#233; prise pour prot&#233;ger les prisonniers des matons qui font des allers-retours de part et d'autre des murs et, loin de toujours respecter les distances, se plaignaient eux-m&#234;mes de n'avoir pas le moindre savon &#224; disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque suspicion de cas ou chaque cas av&#233;r&#233;e a permis de jeter l'opprobre sur les visiteurs et d'augmenter les restrictions en ce sens alors m&#234;me que les contaminations venaient le plus souvent du personnel soignant ou du personnel p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors des suppressions des activit&#233;s culturelles voire d'enseignement et de la fermeture des salles de sport, aucune mesure n'a &#233;t&#233; mise en place pour emp&#234;cher les prisonniers de se contaminer entre eux, que ce soit dans les cellules surpeupl&#233;es des Maisons d'Arr&#234;t, dans les douches, dans les &#171; salles d'attente &#187; pour le parloir ou l'infirmerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lib&#233;rations par anticipation du printemps ont avant tout &#233;t&#233; un effet d'annonce qui a eu pour but d'&#233;teindre les r&#233;voltes en prison avant qu'il n'y ait davantage de flammes contestataires, l'une des premi&#232;res conditions pour y pr&#233;tendre &#233;tant de ne justement de ne pas avoir fait de vagues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, les prisonniers pr&#233;sentant des vuln&#233;rabilit&#233;s, par exemple des pathologies respiratoires, n'ont pas eu droit &#224; des lib&#233;rations conditionnelles ni &#224; la moindre protection sp&#233;cifique au sein de la d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le mois de septembre 2020, le taux d'incarc&#233;ration est reparti en nette hausse. Au 1er novembre 2020, alors que les clusters en prison se multiplient, 609 personnes dorment toujours sur un matelas par terre (principalement dans les maisons d'arr&#234;t) au m&#233;pris des consignes sanitaires mais surtout de la dignit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi que l'on pense des mesures prises face &#224; l'&#233;pid&#233;mie de coronavirus, force est de constater que la population carc&#233;rale n'est pas consid&#233;r&#233;e de la m&#234;me mani&#232;re que le reste de la population : si le port du masque est obligatoire dans les lieux publics clos depuis le 20 juillet, et en ext&#233;rieur dans de nombreux endroits depuis fin ao&#251;t, le masque n'est obligatoire en d&#233;tention que depuis le 30 octobre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers la fin septembre et la mi-octobre encore, des prisonniers des MA de Lyon-Corbas et de Toulouse-Seysse ont t&#233;moign&#233; du fait qu'ils n'avaient re&#231;u aucun masque pour se prot&#233;ger et qu'un surveillant sur deux n'en portait pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains se sont m&#234;me fait envoyer masque et gel hydro-alcoolique par del&#224; les enceintes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Covid ou pas, la sant&#233; des personnes enferm&#233;es est tr&#232;s clairement m&#233;pris&#233;e par les autorit&#233;s, ce n'est pas nouveau.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sans m&#234;me parler des moyens allou&#233;s au soin en d&#233;tention ou des pathologies mentales (cr&#233;&#233;es et renforc&#233;es par l'incarc&#233;ration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de prisonniers, pr&#233;sentant une pathologie chronique, se sont retrouv&#233;s au mitard sans leur m&#233;dicament ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Combien sont morts dans leur cellule, faute de soin, pour une pathologie pourtant curable ?&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Si les masques sont d&#233;sormais obligatoires, cela ne signifie nullement qu'il seront vraiment distribu&#233;s, comme ne le sont pas d'autres mat&#233;riels de pr&#233;vention, par exemple les pr&#233;servatifs sens&#233;s &#234;tre syst&#233;matiques dans le paquetage arrivants et pourtant vitaux &#233;tant donn&#233; le taux de contamination par le VIH dans les prisons...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on peut pr&#233;sumer que les matons distribuent en revanche all&#232;grement des compte-rendu d'incidents pour refus de port du maque (et donc les peines de mitard, apr&#232;s r&#233;cidive), on peut aussi pr&#233;sager du fait qu'ils ne seront pas des plus assidus &#224; g&#233;rer les corv&#233;es de d&#233;sinfection et d'a&#233;ration des espaces ni &#224; respecter les distances, et, pas plus qu'avant le Covid, &#224; appeler les secours ou permettre aux prisonniers d'aller voire des soignants quand c'est n&#233;cessaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux mesures &#224; venir, si il semble que la suppression du colis de No&#235;l ait &#233;t&#233; d&#233;finitivement &#233;cart&#233; par le Minist&#232;re, on sait d&#233;sormais que lorsque l'&#233;tablissement se situe en zone d'alerte &#233;pid&#233;mique &#171; maximale &#187; c'est aux pr&#233;fets de prendre les d&#233;cisions... de quoi aller un peu plus loin dans l'arbitraire et l'improvisation, sans doute une fois de plus au d&#233;triment des prisonniers et de de leurs proches.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH300/9-cleaned-5-960a3.png?1781293517' width='500' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans une cellule de 9 m&#178;, les prisonniers n'ont pas assez de place pour &#233;tendre le linge, ni pour ranger leurs habits pour toute l'ann&#233;e. Le fait de les priver de leur linge juste avant l'hiver signifie qu'ils gardent seulement leurs v&#234;tement d'&#233;t&#233; pour la p&#233;riode de froid. Certains n'ont que quelques habits, qui parfois deviennent trop grands ou s'ab&#238;ment, et n'auraient alors comme seul recours que le Secours catholique pour se v&#234;tir, si tant est que le service fonctionne en temps de confinement. Sans parler de la joie que suscite le fait d'avoir du linge qui sent bon l'ext&#233;rieur de la prison...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si l'envoi de colis aux prisonniers est interdit, les proches peuvent chaque ann&#233;e, &#224; la p&#233;riode de No&#235;l, d&#233;poser &#224; l'accueil de la prison un colis dont le poids maximum (g&#233;n&#233;ralement 5kg) et les possibilit&#233;s quant &#224; son contenu (alimentaire, photos, livres, dessins d'enfants) sont fix&#233;s par la direction de chaque prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arbitraire des r&#232;gles, qu'en plus de la direction les surveillants se plaisent &#224; modifier &#224; l'humeur, et la longueur des contr&#244;les posent beaucoup de difficult&#233;s aux proches qui d&#233;posent le colis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, il s'agit pour les prisonniers d'un des rares moments qui brisent la monotonie carc&#233;rale : un lien avec le plaisir de d&#233;couvrir ce que son proche a pr&#233;par&#233;, de go&#251;ter des denr&#233;es qui sortent de la fadeur des produits de cantine et qui changent de l'inf&#226;me gamelle (surtout pour ceux qui ne peuvent se permettre de cantiner), celui de partager avec les autres prisonniers des choses qui viennent de l'autre c&#244;t&#233; des murs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de No&#235;l est une p&#233;riode difficile pour les personnes enferm&#233;es, le nombre de suicide y est encore plus important que le reste de l'ann&#233;e. En 1971 puis en 1972, la suppression des colis de No&#235;l dans les prisons fran&#231;aises (faite &#224; la demande des syndicats de surveillants) a engendr&#233; de nombreuses r&#233;voltes dans les prisons de tout le pays avec des gr&#232;ves de la faim, des gr&#232;ves du travail, des mutineries, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Surnomm&#233;es &#171; GIGN de la p&#233;nitentiaire &#187; mais appel&#233;es plus couramment &#8211; et cyniquement &#8211; Eris (du nom de la d&#233;esse grecque de la discorde, m&#232;re de la souffrance, des douleurs, du discours mensonger, etc.), les &#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233; sont des unit&#233;s d'intervention de l'administration p&#233;nitentiaire. Elles sont cr&#233;es en 2003, par le ministre Perben et le pr&#233;fet Lallement, suite aux mutineries dans les prisons centrales de Moulins et de Clairvaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la diff&#233;rence du surveillant p&#233;nitentiaire lambda qui ne peut porter d'armes l&#233;tales que dans les gu&#233;rites, les &#233;ris sont constitu&#233;es de matons qui peuvent rentrer en d&#233;tention avec un arsenal constitu&#233; de tonfas, flashball (LBD), pistolet &#224; impulsion &#233;lectrique (taser), grenades de d&#233;sencerclement, pistolet Glock 17 et fusil &#224; pompe Remington 870, mais aussi casques, boucliers, pare-balles, cagoules, gants, bottes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont &#233;galement le pouvoir d'intervenir avec des chiens de recherche de substances explosives et de stup&#233;fiants, celui de pratiquer des fouilles &#224; nu sur les prisonniers et des palpations sur les visiteurs. On compte aujourd'hui, &#233;parpill&#233;s sur toute la France, dix &#233;quipes constitu&#233;es d'une quarantaine d'agents, r&#233;pondant toutes &#224; la doctrine du maintien de l'ordre par la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Violence maintes fois d&#233;nonc&#233;e par les personnes incarc&#233;r&#233;es qui r&#233;ussissent &#224; prendre la parole, et ce encore r&#233;cemment, d&#233;but novembre, par les prisonni&#232;res de la Maison d'arr&#234;t pour femmes des Baumettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Violence pour laquelle la France a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; condamn&#233;e par la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme en 2005...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, les Eris sont &#233;galement &#233;paul&#233;es dans leur besogne par ses &#233;manations que sont les ESP et ESLP (&#233;quipes de s&#233;curit&#233;s p&#233;nitentiaires) qui poss&#232;dent &#233;galement un arsenal particulier et le pouvoir de fouille et de palpations des visiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation des ERIS et compagnie a permis d'institutionnaliser la violence et ainsi de banaliser et normaliser encore davantage la violence carc&#233;rale, de donner une carte blanche &#224; l'ensemble du personnel p&#233;nitentiaire pour faire usage de la force.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mitard, cachot ou chtar, nomm&#233; officiellement quartier disciplinaire (QD), d&#233;signe une aile de la prison o&#249; sont regroup&#233;es les cellules utilis&#233;es &#224; des fins de punition. Apr&#232;s condamnation sur d&#233;cision du pr&#233;toire (l'instance disciplinaire de la prison), le prisonnier y est enferm&#233; dans une cellule individuelle contenant uniquement un WC, un lavabo, et un &#171; sommier &#187; fix&#233;s au sol. Hormis la maigre gamelle quotidienne, une couverture, un livre, du papier, un stylo, une radio (rarement fournie), et la possibilit&#233; de cantiner tabac et produits d'hygi&#232;ne de base, rien n'est autoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La taille et l'&#233;tat des cellules, la lumi&#232;re qui y p&#233;n&#232;tre, diff&#233;rent d'une prison &#224; l'autre : du cachot minuscule sombre et humide qui n'a pas chang&#233; depuis des d&#233;cennies &#224; la froideur de l'inox et de la norme strictement respect&#233;e pour mieux d&#233;shumaniser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personne enferm&#233;e ne peut sortir de la cellule qu'&#224; l'occasion de la douche (maximum trois fois par semaine) et lors d'une &#171; promenade &#187; journali&#232;re d'une heure dans une cellule ext&#233;rieure individuelle o&#249; les fientes de pigeons ont moins de mal que les rayons du soleil &#224; passer &#224; travers les barreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prisonnier a (th&#233;oriquement) droit &#224; un parloir d'une heure et un appel t&#233;l&#233;phonique par semaine. La peine maximale de mitard est de 30 jours mais, dans les faits, l'administration peut la renouveler aussit&#244;t que la personne en sort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Contact : &lt;i&gt;saro.nahuatl@@@gmail.com&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Reproduction vivement conseill&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dessins de Saori, Laurent Bru, Solveig et Anabel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/la_liberte_est_dans_notre_coeur-8pA4-fin2020-cahier.pdf" length="822139" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/la_liberte_est_dans_notre_coeur-16pA5-fin2020-fil.pdf" length="823581" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Longues peines, belles &#233;chapp&#233;es</title>
		<link>https://test.infokiosques.net/Longues-peines-belles-echappees</link>
		<guid isPermaLink="true">https://test.infokiosques.net/Longues-peines-belles-echappees</guid>
		<dc:date>2020-07-18T13:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric, Andr&#233;, Larbi</dc:creator>


		<dc:subject>Prison, justice, r&#233;pression</dc:subject>
		<dc:subject>Infokiosque fant&#244;me (partout)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Coups de main pour faire sortir un ami, tentatives avort&#233;es, cavales &#233;ph&#233;m&#232;res, de nombreux d&#233;tenus condamn&#233;s &#224; de longues peines vivent au quotidien avec l'id&#233;e de l'&#233;vasion. Tester la perm&#233;abilit&#233; des parois, lancer des fils imperceptibles vers l'ext&#233;rieur, se frayer un passage le moment opportun : trois hommes ayant chacun pass&#233; au moins une vingtaine d'ann&#233;es en prison racontent comment ils se sont confront&#233;s &#224; ces murs, con&#231;us comme infranchissables, pour en faire des obstacles &#224; d&#233;jouer. Leurs r&#233;cits questionnent la porosit&#233; des espaces carc&#233;raux, les vies fugitives qui s'y risquent, les libert&#233;s qui s'y arrachent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est initialement paru en 2018, dans le n&#176;5 de la revue &lt;i&gt;Jef Klak&lt;/i&gt;, &#171; Course &#224; pied &#187;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/rubrique18" rel="directory"&gt;L&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Prison-justice-repression" rel="tag"&gt;Prison, justice, r&#233;pression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://test.infokiosques.net/Infokiosque-fantome-partout" rel="tag"&gt;Infokiosque fant&#244;me (partout)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://test.infokiosques.net/local/cache-vignettes/L150xH149/arton1761-ac659.png?1781293517' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1761.png?1770924232&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Coups de main pour faire sortir un ami, tentatives avort&#233;es, cavales &#233;ph&#233;m&#232;res, de nombreux d&#233;tenus condamn&#233;s &#224; de longues peines vivent au quotidien avec l'id&#233;e de l'&#233;vasion. Tester la perm&#233;abilit&#233; des parois, lancer des fils imperceptibles vers l'ext&#233;rieur, se frayer un passage le moment opportun : trois hommes ayant chacun pass&#233; au moins une vingtaine d'ann&#233;es en prison racontent comment ils se sont confront&#233;s &#224; ces murs, con&#231;us comme infranchissables, pour en faire des obstacles &#224; d&#233;jouer. Leurs r&#233;cits questionnent la porosit&#233; des espaces carc&#233;raux, les vies fugitives qui s'y risquent, les libert&#233;s qui s'y arrachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Cabiria Chomel et Elvina Le Poul.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;ric : &#171; C'est pas normal de sonner &#224; la porte d'une prison pour te faire enfermer. &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu nous raconter ta premi&#232;re &#233;vasion ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je faisais partie d'une bande organis&#233;e de la voyoucratie bordelaise. On &#233;tait sept, huit et on vivait en autarcie compl&#232;te. Jean-Fran&#231;ois drivait notre &#233;quipe. Apr&#232;s un vol &#224; main arm&#233;e, on s'est fait arr&#234;ter. On &#233;tait quatre sur le coup : Francis, Jean-Fran&#231;ois et deux jeunes : mon ami Ludovic et moi. On a tous &#233;t&#233; condamn&#233;s. &#192; l'&#233;poque, on ne partait jamais sans des ceintures dans lesquelles on avait gain&#233; et cousu des fils d'ange, pour tenter une &#233;vasion au cas o&#249;. Avec &#231;a, tu peux tout couper. Aucun m&#233;tal, aucun alliage n'y r&#233;siste et &#231;a ne fait pas de bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e, il y a eu une erreur commise par l'institution judiciaire : j'ai &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; &#224; la maison d'arr&#234;t de Poitiers o&#249; se trouvait Jean-Fran&#231;ois, alors qu'on avait d&#233;j&#224; fait plusieurs vols &#224; main arm&#233;e ensemble. Tr&#232;s rapidement, on a fait le maximum pour &#234;tre dans la m&#234;me cellule et &#231;a a march&#233;. &#199;a, c'&#233;tait une erreur de l'administration p&#233;nitentiaire. Ils nous ont mis au deuxi&#232;me &#233;tage : la fen&#234;tre de notre cellule &#233;tait visible de l'ext&#233;rieur. Quasi imm&#233;diatement, on a fait pr&#233;venir des amis dehors via l'avocat, et on leur a dit : &#171; Vous louez, vous achetez, peu importe, mais trouvez un endroit &#224; partir duquel observer et regarder la fen&#234;tre de la cellule, tous les jours, de la tomb&#233;e de la nuit jusqu'au matin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze jours apr&#232;s, l'appartement &#233;tait lou&#233;. Pour les pr&#233;venir de la tentative, on avait convenu d'un signal lumineux : &#233;teindre et allumer la cellule un certain nombre de fois. Il fallait alors qu'ils lib&#232;rent l'appartement, qu'ils le nettoient compl&#232;tement &#224; la javel et qu'ils aillent nous attendre en voiture &#224; un endroit pr&#233;cis &#224; c&#244;t&#233; de la prison. Si &#224; 2 h du matin on n'&#233;tait pas arriv&#233;s, ils repartaient et attendaient la prochaine tentative. &#199;a repr&#233;sentait beaucoup de boulot, mais on aurait fait la m&#234;me chose pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il fallait pouvoir descendre le long du b&#226;timent. Les draps, c'est tr&#232;s visible et on n'est jamais certain de la solidit&#233;. Faire entrer une corde, c'est risqu&#233;. On n'avait pas de surveillants sur lesquels on pouvait faire pression. Mais en cantine, tu pouvais acheter des espadrilles. On s'est donc arrang&#233;s avec des auxis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les d&#233;tenus auxiliaires travaillent dans la prison. Ils apportent les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour monter une combine : des d&#233;tenus en ont achet&#233; pendant des semaines sans que l'administration p&#233;nitentiaire ne s'en rende compte. Dans certaines cellules, ils nous envoyaient trois paires par semaine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois d'entre eux &#233;taient au courant et centralisaient les achats. Les autres ne savaient pas que c'&#233;tait pour nous. Ils se doutaient bien que quelque chose se tramait, que &#231;a devait &#234;tre pour faire une corde, mais ils l'ont tous fait par solidarit&#233;. Et tout s'est pass&#233; vraiment magnifiquement. &#192; la fin, on a re&#231;u une cinquantaine de paires. En les tressant, on a fabriqu&#233; quinze m&#232;tres de corde bien solide de trois-quatre centim&#232;tres de diam&#232;tre, qu'on a divis&#233;s en sections de cinq m&#232;tres. On les a cach&#233;s dans des seaux remplis d'eau, avec notre linge sale dessus. Pendant ce temps, on savait que nos potes &#233;taient l&#224;, dehors, &#224; cent cinquante m&#232;tres. On recevait des petits signaux lumineux, de temps en temps, tr&#232;s tard dans la nuit. Et No&#235;l est arriv&#233;. &#192; ce moment-l&#224;, on a remarqu&#233; que les rondes des surveillants-chefs s'espa&#231;aient la nuit. Normalement, il y a une ronde par heure. Pour nous, comme on partait sur un proc&#232;s d'assises et qu'on devait prendre perp&#233;tuit&#233;, c'&#233;tait toutes les demi-heures. La prison est extr&#234;mement bruyante la journ&#233;e, mais la nuit, c'est le calme plat, on entend les bruits de tr&#232;s loin, les &#339;illetons qui se l&#232;vent et qui se baissent. Et l&#224;, tout &#224; coup, &#224; minuit, plus rien. Jean-Fran&#231;ois m'a dit : &#171; Regarde par la fen&#234;tre, regarde un peu les miradors ! &#187; Il n'y avait personne sur deux des miradors qui donnaient c&#244;t&#233; est, c'est-&#224;-dire notre c&#244;t&#233;. Entre No&#235;l et le Nouvel An, on a appris par un cantinier que dans cette petite maison d'arr&#234;t, il n'y avait que quatre surveillants d'astreinte pendant les f&#234;tes. &#192; minuit, ils font un dernier tour de ronde et, si tout se passe bien, ils vont r&#233;veillonner avec les quelques bouteilles qu'ils ont apport&#233;es dans une pi&#232;ce &#224; c&#244;t&#233; de la rotonde. Le temps qu'ils rejoignent les miradors, il y a une fen&#234;tre d'une heure et demie &#224; deux heures. On a su &#231;a trop tard pour cette fois, mais on esp&#233;rait se retrouver dans la m&#234;me configuration pour le Nouvel An. On a pr&#233;venu les gars qu'il faudrait qu'il n'y ait plus un bruit dans la d&#233;tention apr&#232;s minuit. Qu'ils mangent tranquillement leurs cinq kilos de nourriture envoy&#233;s par la famille &#224; l'occasion des f&#234;tes, qu'ils boivent l'alcool qu'ils ont fait entrer en douce, qu'ils fument leur joint... mais qu'ils nous laissent la possibilit&#233; de tenter le coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 est arriv&#233;. Autour de minuit, les rondes se sont espac&#233;es, exactement comme pr&#233;vu. Et d&#232;s que les surveillants sont descendus des miradors, on a attaqu&#233;. C'est all&#233; tr&#232;s vite. On a coup&#233; les deux barreaux, cass&#233; le tabouret, fait notre crochet et notre n&#339;ud d'&#233;vad&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce sont des n&#339;uds en forme de huit &#224; l'envers qui permettent de r&#233;cup&#233;rer la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Puis on a d&#233;coup&#233; des couvertures pour les mettre sous nos sweats et se prot&#233;ger des barbel&#233;s. On a pos&#233; les deux barreaux tranquillement sur le rebord de la fen&#234;tre et on est descendus le long du mur. En bas, il y avait un espace de deux m&#232;tres de large au pied d'un premier grillage, surmont&#233; de barbel&#233;s &#224; cinq m&#232;tres de hauteur. On a fait un crochet avec la corde, on l'a balanc&#233;e par-dessus le grillage, on l'a tendue, puis on a grimp&#233; et franchi les barbel&#233;s en s'enroulant dessus, c'est-&#224;-dire en les &#233;crasant. On a travers&#233; la cour de promenade, pass&#233; le deuxi&#232;me grillage barbel&#233;, puis le chemin de ronde, pour se retrouver face au mur d'enceinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gardant le crochet de notre c&#244;t&#233;, on a fait un n&#339;ud au bout de la corde et on l'a balanc&#233; par-dessus le mur. De l'autre c&#244;t&#233;, nos potes ont r&#233;cup&#233;r&#233; le n&#339;ud, ils l'ont accroch&#233; &#224; l'attache caravane de leur voiture, et nous ont hiss&#233;s tour &#224; tour. Sur le mur, il y avait des tessons de bouteilles qu'on a cass&#233;s &#224; coups de pied. On s'est attendus en haut, il n'y en a pas un qui a saut&#233; avant l'autre, parce que si jamais les surveillants nous voyaient, il fallait partir dans tous les sens, d'un seul mouvement. Une fois sur le fa&#238;te du mur, on s'est laiss&#233;s descendre, ils nous ont r&#233;cup&#233;r&#233;s, jet&#233;s dans le coffre du break, et on est partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a s'est fait en combien de temps ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La totalit&#233; ? Maximum quinze minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous deviez &#234;tre en bonne forme physique, non ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On faisait tous les jours des pompes, des tractions. Physiquement, il y a des obstacles &#224; franchir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et avec la voiture, vous &#234;tes all&#233;s o&#249; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos potes avaient pr&#233;par&#233; une planque &#224; quatre kilom&#232;tres de l&#224;. Eux sont repartis &#224; Bordeaux, ils avaient tout bien pr&#233;vu, avec des alibis solides. Nous, on avait ce qu'il fallait sur place : de quoi manger, une t&#233;l&#233;vision, des bouquins. On a pass&#233; trois semaines tranquilles l&#224;-bas, sans recevoir aucune visite, puis on a d&#233;cid&#233; de partir en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment te sentais-tu en cavale ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la grosse pouss&#233;e d'adr&#233;naline, il y a un temps de d&#233;compression, t'es dans du coton, c'est juste super, c'est trop bon. T'es content parce que t'es plus &#224; l'int&#233;rieur. Tu commences &#224; projeter sur ce que tu vas faire une fois sorti de la planque, mais t'es toujours un petit peu sur tes gardes. Tu sais que c'est pas termin&#233;. Tu t'aper&#231;ois aussi des erreurs commises, du temps que &#231;a a pris, tu te demandes comment t'aurais pu faire plus vite. T'es encore focalis&#233; sur l'action qui vient de se passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est qu'un t&#233;moignage est arriv&#233; chez les flics avec une description de la voiture. Quelqu'un nous avait vus, peut-&#234;tre du lotissement d'en face. On a commis une erreur. Il y aurait d&#251; y avoir un ou deux v&#233;hicules relais, m&#234;me pour les quelques kilom&#232;tres qui s&#233;parent le mur de la planque. En France, il y a une gendarmerie tous les vingt-cinq kilom&#232;tres, et d&#232;s qu'une &#233;vasion est signal&#233;e, le plan &#201;pervier est d&#233;clench&#233;. Les policiers savent que la planque ne peut pas &#234;tre tr&#232;s loin, pour &#233;viter d'avoir &#224; forcer les barrages. &#192; partir de l'identification de la voiture, ils cherchent dans un rayon de dix kilom&#232;tres au maximum tous les gens qui ont pu la voir. Ils sont remont&#233;s tranquillement jusqu'&#224; nous et ont mont&#233; une sourici&#232;re. Les flics ont une chose que n'auront jamais les bandes organis&#233;es et les voyous : ce n'est pas le mat&#233;riel ni les moyens financiers, ils ne sont pas plus intelligents, mais ils ont du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils ne nous chopent pas demain, ils le feront dans un an ; si c'est pas dans un an, ce sera dans cinq. Le tout, c'est qu'ils ne passent pas les d&#233;lais de prescription. Alors que nous, il ne faut pas qu'on en perde, du temps. Un couple est venu nous chercher en voiture. Le plan &#201;pervier avait &#233;t&#233; lev&#233; une semaine avant, mais il y avait encore des barrages filtrants. On s'est retrouv&#233;s bloqu&#233;s. On &#233;tait planqu&#233;s dans le coffre de la voiture, et on s'est demand&#233; quoi faire... Se tirer ? Si on foutait le camp, ils allaient nous allumer. Et dans ce cas-l&#224;, les gens qui &#233;taient venus nous chercher risquaient gros, et ceux dans les bagnoles autour aussi. Les charges allaient s'accumuler contre nous. Alors on a dit au jeune couple de quitter la voiture. Quand les flics ont vu &#231;a, ils ont compris imm&#233;diatement. Ils sont venus vers nous, ils ont tap&#233; &#224; la porti&#232;re et nous ont dit de sortir. Ensuite ils nous ont r&#233;int&#233;gr&#233;s en d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; partir de l&#224;, &#231;a se passe comment ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une col&#232;re imm&#233;diate de s'&#234;tre fait choper. Quand je me suis retrouv&#233; au mitard, j'&#233;tais abattu. Tu rentres en d&#233;tention, et directement, c'est quarante-cinq jours de mitard. L&#224;, tu commences &#224; faire le calcul : j'allais &#234;tre condamn&#233; &#224; trois ans de plus pour l'&#233;vasion, probablement un an suppl&#233;mentaire parce qu'il y avait eu bris du mat&#233;riel de l'&#201;tat. Je n'allais pas toucher de remise de peine le temps de purger celle pour l'&#233;vasion, donc &#231;a me faisait trente-six mois de gr&#226;ce qui sautaient. J'allais en prendre pour sept ans de plus. Et je n'avais plus les fils d'ange. Je me posais des questions : comment allait r&#233;agir le magistrat instructeur ? Il allait enqu&#234;ter. Qu'est-ce qu'on allait lui dire ou pas ? Est-ce qu'on allait l'envoyer sur des fausses pistes ? Finalement, j'ai d&#233;cid&#233; de garder le silence, et &#231;a a &#233;t&#233; isolement total tout de suite. &#192; ce moment-l&#224;, je ne savais pas que cet isolement allait durer neuf ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y a deux types d'isolement en d&#233;tention, l'isolement administratif, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En isolement, comment &#231;a se passe ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image mentale que j'avais de moi-m&#234;me, c'&#233;tait celle d'un entonnoir : tu tournes, tu tournes et dans le goulot, tu n'as plus que la paroi autour de toi. Trois ans apr&#232;s le d&#233;but de l'isolement, est venue se greffer la probl&#233;matique de l'hygi&#232;ne dentaire et buccale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ric a eu de graves probl&#232;mes dentaires lorsqu'il se trouvait &#224; l'isolement, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#199;a a dur&#233; un an, mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; tant que &#231;a un mal. Ce n'est pas facile &#224; entendre, mais quelque part, &#231;a m'a ramen&#233; dans la r&#233;alit&#233; des besoins du corps. J'avais tout l&#226;ch&#233;, plus rien ne comptait : le jour, la nuit, tu t'en fous ; ce qu'il y a &#224; manger, tu t'en fous... Te laver ? C'est secondaire. Il n'y a que la douleur, les sensations corporelles pour te r&#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e d'&#233;vasion a continu&#233; de t'accompagner ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pas compliqu&#233;, elle a commenc&#233; &#224; m'accompagner au moment o&#249; je me suis fait arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est pass&#233;e la deuxi&#232;me &#233;vasion ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait au centre de d&#233;tention de Perpignan. J'avais pass&#233; neuf ans en isolement, j'en &#233;tais sorti depuis quelques mois. Il &#233;tait inenvisageable de faire une demande de mise en conditionnelle. Il se trouve que depuis mes 5 ans, je fais des crises qui ont &#233;t&#233; assimil&#233;es &#224; de l'hyst&#233;rie, puis &#224; de l'&#233;pilepsie. Au final, les m&#233;decins ne savaient plus. Apr&#232;s l'isolement, je me suis dit que le seul moyen de partir, pour moi, c'&#233;tait l'h&#244;pital. Il fallait que les surveillants m'envoient dans un endroit qui n'&#233;tait pas pr&#233;vu pour garder quelqu'un. Cette fois-l&#224;, &#231;a a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; un peu par-dessus la jambe, mais &#231;a a tr&#232;s bien fonctionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai carr&#233;ment t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; un ami. Le surveillant n'&#233;coutait plus les conversations des d&#233;tenus depuis longtemps. Je lui ai dit : &#171; &#201;coute, on est jeudi. Dimanche, le fourgon qui sort, je suis dedans, je vais &#224; l'h&#244;pital. Rez-de-chauss&#233;e, pavillon neurologique. &#187; Il m'a dit &#171; OK &#187;. Samedi, dans la nuit, je me suis &#233;clat&#233; contre un robinet entre les arcades. Il y avait du sang partout dans la cellule, et je me suis allong&#233; par terre. Il devait &#234;tre 6 h du matin. &#192; 7 h, le surveillant est entr&#233;, il a march&#233; dans le sang et a compl&#232;tement paniqu&#233;. Il a appel&#233; un brigadier, et hop ! ils m'ont mis dans un fourgon pour l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai grandi &#224; Perpignan. L'h&#244;pital, je le connaissais par c&#339;ur, tout &#233;tait au rez-de-chauss&#233;e. Je savais aussi qu'ils &#233;taient oblig&#233;s de me faire passer un scanner et de m'injecter de l'eau iod&#233;e pendant vingt, vingt-cinq minutes dans une salle &#224; part. Mes copains ont fait le tour. Ils ont eu le temps de voir comment &#231;a se passait. Ils ont vu arriver le fourgon et moi dans le brancard. J'&#233;tais dans une salle, avec une menotte, une entrave et un gendarme. Une surveillance minime : j'&#233;tais cens&#233; &#234;tre dans le coma. Ils ont tout simplement pouss&#233; la fen&#234;tre, ils m'ont d&#233;tach&#233; et ils ont attach&#233; et b&#226;illonn&#233; le gendarme. On a pass&#233; le mur de l'h&#244;pital et on est partis en voiture, tranquillement. Le temps qu'ils se rendent compte de ce qu'il s'&#233;tait pass&#233;, on &#233;tait d&#233;j&#224; presque &#224; Montpellier. On m'a planqu&#233; pendant un mois, et apr&#232;s on m'a ramen&#233; en Espagne en bateau, pr&#232;s d'Alicante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-bas, on &#233;tait relativement tranquilles, mais toujours un petit peu en &#233;veil. D&#232;s que tu passes sous un pont, tu fais attention qu'il n'y ait pas quelqu'un avec un t&#233;l&#233;phone ou un talkie. Tu vas regarder en bord de route, pour v&#233;rifier si tu vois pas deux fois de suite une voiture identique. Aujourd'hui encore, je ne m'asseois jamais dos &#224; la porte, toujours en face. D&#233;d&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;f&#233;rence &#224; Andr&#233;, dont l'entretien suit.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; fait pareil, tu regarderas. Et surtout, &#224; chaque fois qu'on sortait, on essayait d'aller dans des endroits fr&#233;quent&#233;s. S'il y a du monde, les flics ne t'arr&#234;tent pas et ne tirent pas, ils ont trop peur que tu sortes une arme. Petit &#224; petit, tu prends la confiance. T'es content parce que tu leur as jou&#233; un bon tour, puis tu t'habitues &#224; la situation, et les contingences de la vie de tous les jours reprennent le dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un peu pour &#231;a que quand ils m'ont chop&#233; neuf mois plus tard &#224; B&#233;ziers, je n'ai rien compris... En fait, j'ai &#233;t&#233; balanc&#233; par quelqu'un. J'avais un scanner qui balaye les fr&#233;quences des gendarmeries, mais c'est la seule fois o&#249; je me suis d&#233;plac&#233; en France sans le prendre. Si je l'avais eu, j'aurais su que j'&#233;tais suivi. Je suis entr&#233; dans un magasin de sport pour acheter deux raquettes de tennis. Un mec &#8211; pantalon bouffant de toutes les couleurs et marcel, genre playboy de plage du catalogue La Redoute &#8211; m'a indiqu&#233; le rayon du fond. Je me suis retourn&#233;, dix secondes apr&#232;s, j'avais le canon d'une arme sur la tempe. Il m'a dit de ne pas bouger et de m'allonger. Ils sont tous sortis des rayons, et c'&#233;tait termin&#233;. J'ai juste dit : &#171; J'ai le chien qui est dans la voiture, vous le ramenez &#224; la maison &#187;, et ils m'ont dit qu'ils s'en occupaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi tu n'avais pas de scanner ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai oubli&#233; ! J'ai manqu&#233; de vigilance, la vie reprend le dessus, tout va bien, quoi ! Quand je suis rentr&#233; une nouvelle fois en prison, j'avais une telle haine contre moi, contre tout ! J'ai &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; deux ans, je n'ai pas eu bris de mat&#233;riel. Ils n'ont pas fait sauter les gr&#226;ces, et ils ont fait en sorte que la peine soit confusionnable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La confusion des peines permet &#224; un&#183;e auteur&#183;e de plusieurs infractions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avec la globalit&#233; des peines qui s'&#233;taient additionn&#233;es au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Apr&#232;s, ils ne me voulaient plus dans les d&#233;tentions. Tu pars deux fois, ils ne te veulent plus. L'&#233;vasion, c'est la catastrophe, c'est le pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils m'ont envoy&#233; &#224; Muret&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le centre de d&#233;tention de Muret en Occitanie.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et j'y ai retrouv&#233; des gens que je connaissais. Francis est arriv&#233;. Mon deuxi&#232;me papa. C'est &#224; partir de l&#224; que tout a chang&#233;. Au-del&#224; de ne plus vivre avec l'id&#233;e de l'&#233;vasion, j'ai d&#233;cid&#233; qu'il n'y aurait plus d'actes d&#233;lictueux &#224; l'ext&#233;rieur. J'ai appel&#233; l'avocat : &#171; Tu vas joindre tout le monde entre Bordeaux et Biscarosse, et tu vas leur dire que pour moi, c'est termin&#233;. &#187; Il m'a r&#233;pondu : &#171; Comment ils vont prendre &#231;a ? &#187; Ils avaient quand m&#234;me financ&#233; mes deux &#233;vasions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu sais la d&#233;finition de l'amiti&#233; que m'a donn&#233;e Francis, un jour quand on &#233;tait &#224; l'ext&#233;rieur ? J'avais 15 ans, c'&#233;tait mon premier braquage. &#199;a va te prouver que la voyoucratie, c'est un monde compl&#232;tement autarcique, on ne peut pas faire confiance aux autres personnes. &#171; Un ami c'est quelqu'un qui va &#234;tre capable, si on te tire dessus, de se mettre entre le fusil et ton corps, qui prendra la balle pour toi. &#187; Aujourd'hui, j'ai des amis, je suis capable de beaucoup de choses, mais je ne suis pas capable de mourir pour eux. &#192; l'&#233;poque, je l'&#233;tais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai envoy&#233; une demande de conditionnelle. Six mois apr&#232;s, le conseiller de probation m'a conseill&#233; de faire une demande de permission. J'ai obtenu cinq jours. Au moment de revenir, je me suis retrouv&#233; devant la porte du centre de d&#233;tention de Montm&#233;dy, dans les Ardennes, et j'ai sonn&#233; &#224; une porte de prison pour y entrer. J'en ai pleur&#233; toute la nuit. C'est pas normal de sonner &#224; la porte d'une prison pour entrer te faire enfermer. Je me suis demand&#233; ce que j'&#233;tais en train de devenir. C'est ce qui m'a permis de sortir, plus tard, mais sur le moment, le geste m'a paru tellement inconcevable. Quelque part, &#231;a fait partie du test que te fait passer le juge d'application des peines. &#171; Est-ce que ce mec va&#234;tre capable de sonner pour se faire enfermer : s'il est capable de faire &#231;a, je vais peut-&#234;tre pouvoir lui proposer un am&#233;nagement de peine. &#187; Et finalement, des ann&#233;es apr&#232;s, c'est dur de bilanter l&#224;-dessus. Je ne comprends pas. Est-ce que la prison fracasse, casse, pervertit ? Je ne sais pas. &#199;a m'a permis de gagner cinq ans de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les cinq jours dehors, j'aurais pu me dire : c'est bon, ciao, je retourne en Espagne. Je passais deux coups de fil et je partais. Mais j'avais pris ma d&#233;cision : je m'&#233;tais engag&#233; dans le suivi psychologique et les expertises qui allaient permettre au juge de prendre une d&#233;cision favorable. J'&#233;tais inscrit dans un boulot en d&#233;tention, de mani&#232;re &#224; prouver que j'&#233;tais capable d'accepter un salaire de 93 centimes de l'heure. J'ach&#232;te ma bo&#238;te de Ricor&#233; toutes les semaines. &#199;a vous convient ? &#199;a me convient aussi. Vite, l&#226;chez-moi. C'est pervers. Six mois apr&#232;s ma permission, j'&#233;tais dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait dix-neuf ans et huit mois de prison. C'est trop long. Je ne regrette pas les risques que j'ai pris : qu'est-ce que tu peux mettre en balance avec la libert&#233; ? Il faut tenter quelque chose, &#231;a vaut le coup.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Andr&#233; : &#171; &#199;a vaut le coup d'aller le chercher ! &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est chez moi. Il y a une tapisserie pourrie, mais bon, je l'ai laiss&#233;e comme &#231;a. J'ai mon bureau, ma t&#233;l&#233;, ici une photo avec l'entra&#238;neur de Saint-&#201;tienne, l&#224; une autre avec mon fils. Je vis comme dans ma cellule !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Durant les ann&#233;es que tu as pass&#233;es en d&#233;tention, pensais-tu &#224; l'&#233;vasion ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, non. &#199;'a &#233;t&#233; long, mais je me disais : &#171; Je n'ai rien avou&#233;, je n'ai rien reconnu, je vais m'en sortir. &#187; Pourtant, je connaissais super bien Saint-Paul&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Prison de Lyon, d&#233;saffect&#233;e en 2009, et depuis reconvertie en campus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ses points sensibles, j'y ai pass&#233; plus de vingt ans. Si &#231;a se passait vraiment mal, je savais comment faire. Comme &#201;ric, je me pr&#233;parais des sorties de secours, des plans d'&#233;vasion. Et je me coupais les veines, pour faire un petit tour dehors. On passait deux, trois jours &#224; l'h&#244;pital &#201;douard Herriot, ils me recousaient et je voyais du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu pensais que tu allais sortir par la voie normale ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire que... Admettons qu'apr&#232;s six ans de proc&#232;s o&#249; t'es enferm&#233; en pr&#233;ventive, les juges te mettent douze ans de r&#233;clusion ; en comptant sur quelques remises de peine, il ne te reste donc plus que deux ans &#224; faire. Est-ce que &#231;a vaut le coup de s'&#233;vader, &#224; ce moment-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois, quand m&#234;me, j'ai essay&#233; de m'&#233;chapper, mais je ne me rappelle plus en quelle ann&#233;e... Apr&#232;s plus de cinq ans d'isolement, il m'arrivait de p&#233;ter les plombs. Un jour, j'avais foutu un coup de poing dans le mur, je me suis fait un gros bleu. &#192; l'infirmerie, on m'a dit : &#171; Allez, demain matin, consultation. &#187; Ils m'ont amen&#233; &#224; Grange Blanche et mis le bras dans le pl&#226;tre. Le poulet me tenait &#224; peine, il ne m'avait mis qu'une seule menotte. J'ai tir&#233; ma main de l&#224;, et j'ai r&#233;ussi &#224; aller jusqu'&#224; la sortie de l'h&#244;pital. J'&#233;tais jeune &#224; l'&#233;poque, mais j'ai vite &#233;t&#233; &#224; bout de souffle ! Finalement, ils m'ont chop&#233;, et j'ai pris quarante-cinq jours de mitard et huit mois de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#231;a t'est arriv&#233; de donner des coups de main &#224; des potes qui voulaient sortir ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui ! &#192; Fernando Rodriguez, un Espagnol dingo de sport. C'est un mec &#224; qui je ne parlais pas tellement. Un jour, on &#233;tait en cour de promenade, il m'a appel&#233; : &#171; D&#233;d&#233; ! Tu ne peux pas te mettre dans l'angle quand tu vas au sport ? &#187; La cour des sports de Saint-Paul &#233;tait petite &#8211; on ne pouvait y jouer au foot qu'&#224; cinq contre cinq. Il m'a dit : &#171; Tu te mets dans l'angle du mur, il y en a un autre qui va monter sur toi, et moi je vais monter tout en haut. J'attrape le mur, je me lance et je fous le camp. &#187; J'&#233;tais costaud &#224; l'&#233;poque, je lui ai dit OK. Le premier mur &#233;tait plus haut que le deuxi&#232;me, qui donne dans la rue, &#231;a lui offrait un avantage. Je l'ai conseill&#233; : &#171; Surtout, ne t'&#233;lance pas trop fort et mets-toi vite &#224; plat ventre sur le c&#244;t&#233; en t'accrochant par les mains. Puis quand tu vas pour descendre, n'h&#233;site pas, sinon tu vas avoir peur, tu vas regarder en bas et tu vas rester pendu. Et pousse-toi du mur pour ne pas te taper la t&#234;te. &#187; Et il est parti. Il y avait le petit tunnel sous la gare de Perrache, o&#249; le film Le Gang des Lyonnais a &#233;t&#233; tourn&#233;. Une amie l'attendait l&#224;-dessous. Elle &#233;tait un peu complice. Puis il et elle sont descendu&#183;es directement en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet abruti, trois jours apr&#232;s, avant de passer la fronti&#232;re, il m'envoie une carte postale avec &#233;crit : &#171; Je te remercie, pour... sign&#233; Kiki. &#187; Tout le monde l'appelait Kiki. La carte postale a fini dans les mains du directeur. J'ai tent&#233; de lui expliquer que c'&#233;tait normal qu'il me remercie, avec tous les paquets de cigarettes que je lui avais fil&#233;s ! Et les bo&#238;tes de Ricor&#233; ! &#171; Ouais, vous me prenez pour un con ! Au mitard ! &#187; Finalement, ils m'ont l&#226;ch&#233; parce qu'il n'y avait aucune preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; part la carte postale. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai voulu &#224; Kiki parce que c'est des b&#234;tises. Il fait des belles choses et puis il fait des conneries comme &#231;a derri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; la centrale de N&#238;mes, que s'est-il pass&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une des plus belles &#233;vasions qu'il y ait eu. Je suis vraiment fier. C'&#233;tait en 1975. Deux ans avant, il y avait eu les &#233;meutes des prisons. On &#233;tait tous sur les toits pour essayer d'am&#233;liorer nos conditions de d&#233;tention &#224; Saint-Paul, &#224; N&#238;mes, &#224; Melun, etc. &#192; N&#238;mes, ils avaient tout cass&#233;, m&#234;me le cabinet dentaire, et il n'a pas &#233;t&#233; r&#233;par&#233; tout de suite. En 1975, les gars allaient encore tous les jeudis &#224; la maison d'arr&#234;t pour se faire soigner. Il faut savoir qu'&#224; N&#238;mes, la maison d'arr&#234;t est sous l'autoroute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mec, &#224; Lyon, avait braqu&#233; je ne sais pas quoi... Il s'appelait Mario Falbo. Il n'y a pas eu de feu ni de violence. Il n'a pas voulu parler, il n'a pas balanc&#233; ses potes et il s'est pris r&#233;clusion criminelle &#224; perp&#233;tuit&#233; &#224; la centrale de N&#238;mes. Je ne le connaissais pas, le gars. Ses amis rest&#233;s dehors m'ont demand&#233; de les aider &#224; le faire &#233;vader. Mario s'arrachait des bouts de dent et, comme &#231;a, tous les jeudis, il &#233;tait dans le convoi qui allait au dentiste. &#199;a a pris un certain temps avant qu'on se d&#233;cide &#224; aller le chercher, il y a eu une pr&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, les motards ont fait leur tourn&#233;e et, juste apr&#232;s, on s'est mis en place. Le convoi est arriv&#233;, et poc, notre fourgon a bloqu&#233; l'autoroute et l'a coinc&#233;. Comme je suis un peu foufou sur les bords, je m'&#233;tais planqu&#233; derri&#232;re le pilier, sous le pont d'une autre voie. J'avais une hache et un pieu d'escalade. Je leur ai cass&#233; le pare-brise, pris les cl&#233;s, j'ai coup&#233; le contact pour ouvrir la porte de derri&#232;re et j'ai fait descendre les gars... J'avais une grosse tenaille pour vite couper les cha&#238;nes des pieds et des mains... Puis Mario s'est tir&#233;, sans violence, sans rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; ce moment-l&#224; j'&#233;tais en conditionnelle &#224; Avignon, &#224; l'aller comme au retour, j'ai pris le p&#233;age du c&#244;t&#233; de Lyon pour brouiller les pistes. Vers midi, j'&#233;tais chez ma m&#232;re. En arrivant, je lui dis : &#171; Maman, fais voir la Une&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Une &#233;tait la premi&#232;re cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision &#224; l'&#233;poque.&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! &#187; Et l&#224;, c'est aux infos ! Haha ! Je me marre, je me marre ! Et ma m&#232;re, vous savez ce qu'elle me dit ? &#171; Quand c'est que t'arr&#234;teras de faire des conneries ? &#187; Vu comment elle me connaissait un peu ! Je lui r&#233;ponds : &#171; Mais maman ! C'est un mec qui n'a pas parl&#233; ! Il n'y a eu pas de mort, pas de coup de feu, et parce qu'il ne veut pas balancerses potes, il a pris perpet' ! &#199;a vaut le coup d'aller le chercher ! &#187; De toute fa&#231;on, tout Lyon sait que j'ai particip&#233; &#224; cette belle &#233;vasion. Et j'en suis fier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais bien voulu que Mario me paie au moins un restaurant, parce que je ne le connaissais pas, qu'on discute un peu, qu'on revive la situation. Mais je ne l'ai jamais revu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Larbi : &#171; J'avais d&#233;j&#224; cette maladie de prendre l'air. &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment a commenc&#233; ton histoire de d&#233;tention ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; plac&#233; &#224; l'&#226;ge de 13 ans en maison de correction parce que j'&#233;tais un gamin turbulent, qui ne voulait plus aller &#224; l'&#233;cole, qui commettait des larcins sans cesse... J'&#233;tais devenu le petit qui faisait n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils m'ont plac&#233; jusqu'&#224; mes 21 ans, mais &#224; chaque fois, d&#232;s qu'il y avait un espace ou un truc, que ce soit par les draps, par le portail, ou en volant la voiture d'un &#233;ducateur, je partais. Chaque fois. J'avais d&#233;j&#224; cette maladie de prendre l'air, quoi. Quand plus tard, je me suis trouv&#233; en d&#233;tention, c'&#233;tait un peu la m&#234;me chose. Et puis les discussions des cod&#233;tenus me fatiguaient, ils racontaient toujours les m&#234;mes conneries. Je me disais : &#171; Je vais passer le mur, et ne plus entendre ce qu'ils racontent. &#187; La tentative, c'est presque une envie de passer les murs pour respirer. Personne ne peut penser qu'il va s'&#233;vader et dispara&#238;tre totalement. L'&#233;vasion, c'est aussi du petit artisanat : savoir couper des barreaux, guetter les heures... C'est vraiment un r&#234;ve, et il y en a qui sont enthousiastes : &#171; On va de l'autre c&#244;t&#233;, on va se refaire la vie... Moi je vais en Am&#233;rique du Sud ! &#187; Il y a ceux qui essayaient de revoir leur femme, leur famille... Mais &#231;a ne marche pas. Dedans, c'est facile d'&#234;tre un animal, mais dehors...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et risquer un truc impossible comme &#231;a... Le mirador ne tire pas pour de faux. Les murs sont vraiment hauts, il y a les piques et les barbel&#233;s. Mais bon, malgr&#233; tout, je me suis dit que j'allais essayer de m'&#233;loigner. Comme je le faisais gamin pour m'&#233;loigner de l'&#233;cole. C'&#233;tait le 21 juin 1984, une &#233;vasion classique. J'ai coup&#233; les barreaux et j'ai descendu le mur. Il n'y avait pas d'id&#233;e vraiment pr&#233;cise de leur &#233;chapper, plut&#244;t d'&#234;tre fugitif le temps qu'ils nous rattrapent. Ce sera toujours &#231;a de pris. On n'a pas de plan concret pour la suite, quand on s'&#233;vade. J'ai rarement vu des gens tr&#232;s tr&#232;s organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment as-tu coup&#233; les barreaux ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une lame de scie qu'on a fait entrer. Il y a des chemins vari&#233;s pour faire entrer des choses en prison. J'ai des copains qui prenaient de sacr&#233;s risques pour se procurer des barres Mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais au premier &#233;tage et, &#224; l'&#233;poque, tout n'&#233;tait pas recouvert : on pouvait jeter des choses depuis l'ext&#233;rieur. Je me suis servi du cadavre d'un rat mort. Je peux le raconter maintenant parce que c'est vieux, sinon je garderais le secret, je laisserais &#224; d'autres la chance d'avoir des rats. J'avais demand&#233; &#224; une personne de l'ext&#233;rieur de jeter discr&#232;tement, &#224; un endroit bien pr&#233;cis, le cadavre d'un rat avec une lame de scie dedans. Un rat est toujours n&#233;glig&#233;. Le matin, le surveillant se contente de passer pour voir ce qui a &#233;t&#233; jet&#233; et il appelle l'auxi pour qu'il ramasse. J'avais dit au d&#233;tenu en question de mettre mon petit rat de c&#244;t&#233; pour me l'apporter. Un auxi, soit il est serviable, soit il faut qu'il le devienne. Moi il me l'a fait par sympathie, mais... C'est pas &#233;vident de refuser un tel service &#224; quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire une corde, on a tress&#233; les draps. S'ils sont propres, s'ils sortent de la machine &#224; laver, ils n'ont pas cette graisse qui permet de travailler le tissu et de le torsader comme on fait un scoubidou. Il faut &#234;tre patient. Il faut guetter, parce qu'ils viennent pour les changer. &#171; Tu touches pas les draps ! On aime puer, tu y touches pas ! &#187; L'&#233;vasion, tu la pr&#233;pares un mois et demi, deux mois avant. Et puis les draps... apr&#232;s le sport, on se roulait dedans. Qu'est-ce qu'ils puaient ! On a fait un grappin avec le tabouret, du travail d'artiste ! Une corde magnifique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jour m&#234;me, comment &#231;a s'organise ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait en train de cumuler comme des &#233;cureuils, noisette apr&#232;s noisette. Via la famille, on passait des mots &#224; quelqu'un pour qu'il nous pr&#233;pare un petit truc. C'est tr&#232;s d&#233;licat la communication int&#233;rieur-ext&#233;rieur ; nous, on utilisait des feuilles de papier &#224; rouler...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 juin, tout &#233;tait pr&#234;t. Des amis allaient venir avec leur propre voiture attendre au pied du mur. On avait nos radars : c&#244;t&#233; couloir, un qui guettait &#224; l'&#339;illeton, on avait aussi averti les cellules d'&#224;-c&#244;t&#233; et, c&#244;t&#233; mur, il y avait les rats &#8211; qui prolif&#232;rent dans les maisons d'arr&#234;t. Le grillage au niveau de la fen&#234;tre, c'&#233;tait vraiment une plateforme &#224; rats. Quand les d&#233;tenus jetaient du pain par la fen&#234;tre, &#231;a restait accroch&#233; dessus, et &#231;a devenait leur garde-manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je les nourrissais, c'&#233;tait de tr&#232;s bons guetteurs. D&#232;s qu'il y avait une ronde, je le savais : les rats filaient tous &#224; b&#226;bord et &#224; tribord, &#231;a voulait dire qu'un uniforme n'allait pas tarder &#224; passer. Les matons partis, mes rats revenaient pour que je leur donne &#224; manger. Dans la cellule, il y en avait un de nous qui guettait, un qui coupait les barreaux, et l'autre qui tressait. Il fallait se relayer sans arr&#234;t, toute la journ&#233;e. Le barreau est suppos&#233; faire un bruit diff&#233;rent quand il est coup&#233;, mais il suffit de ne pas le couper compl&#232;tement, et de le reboucher avec du Babibel. Le surveillant venait taper, il ne se rendait compte de rien. J'en ai coup&#233; un paquet, je coupais sans arr&#234;t, dans toutes les cellules o&#249; je passais, en me disant : &#171; On ne sait jamais, si un jour j'ai l'occasion, j'y vais. &#187; Je les coupais des fois m&#234;me pour le plaisir de les couper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on est sortis. On a march&#233; sur le grillage qui recouvrait les trois cours de promenade. Elles &#233;taient grillag&#233;es pour nous emp&#234;cher de remonter comme des oiseaux. On est pass&#233;s de notre b&#226;timent &#224; celui adjacent, et on s'est gliss&#233;s dans un renfoncement du mur, pr&#232;s d'une petite cour dont le mur donnait sur la rue. Mais au bout de ce passage... des surveillants ! Il faisait beau, ils jouaient au foot avec une bo&#238;te de bi&#232;re m&#233;tallique. Il fallait attendre qu'ils se cassent, on &#233;tait coinc&#233;s. Celui qui &#233;tait rest&#233; dans notre cellule devait faire semblant de dormir, et d'&#234;tre au courant de rien. Au bout de vingt-cinq minutes, il a paniqu&#233; et a donn&#233; l'alarme. On l'a entendu sonner, et on a vu les surveillants sortir de la cour, les miradors s'allumer. Mon compagnon a fait demi-tour. Moi, j'ai essay&#233; de trouver une faille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le premier jour de l'&#233;t&#233;, je voulais vraiment partir. Ils m'avaient mis dedans en janvier, et je partais en juin ! Ils allaient me reprendre en ao&#251;t, &#224; la fin des vacances. C'&#233;tait un pied de nez, c'&#233;tait joli ! J'ai escalad&#233; un muret, les flics &#233;taient dans la rue, ils encerclaient la prison, une vraie partie de rigolade. Alors je suis redescendu et ils m'ont poursuivi &#224; l'int&#233;rieur de la d&#233;tention. Ils m'ont couru apr&#232;s pendant une demi-heure, comme apr&#232;s un polisson. Je me suis dit que &#231;a faisait quelques minutes de libert&#233; en plus, qu'on s'amusait un peu. C'&#233;tait juste du temps gagn&#233;, et j'ai fini par me rendre parce que j'avais peur qu'ils me tirent dessus. Apr&#232;s, dans ces cas-l&#224;, on se repose au mitard. On part pour quarante-cinq jours de &#171; vacances &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mitard, personne ne vous saoule. Le maton me disait : &#171; Toi tu te marres tout le temps ! &#187; Je r&#233;pondais : &#171; C'est normal, j'ai un larbin comme toi devant ma porte, et si quelqu'un veut me d&#233;ranger, tu vas le chasser, tu ne trouves pas que j'ai la paix ?! Et toi, t'es en prison pire que moi. &#187; J'essayais de leur casser le moral, h&#233;h&#233; ! Mais je n'y arrivais pas. J'ai toujours kiff&#233; le mitard, c'est la maison de repos de la prison. C'&#233;tait ma nature, comme un ermite qui a trouv&#233; sa caverne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la deuxi&#232;me tentative, comment s'est-elle organis&#233;e ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, c'&#233;tait plus compliqu&#233;. La premi&#232;re, je n'&#233;tais pas condamn&#233;, j'&#233;tais pr&#233;venu. Malgr&#233; le fait que j'avais une affaire grave sur le dos, j'&#233;tais suppos&#233; innocent. Mais lors de la deuxi&#232;me, j'&#233;tais un condamn&#233; : je venais de prendre perp&#233;tuit&#233; et de passer pour un soi-disant gros gros braqueur et compagnie. Donc j'&#233;tais en s&#233;curit&#233; maximum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'avait mis le statut de DPS, d&#233;tenu particuli&#232;rement signal&#233;. T'as des mesures sp&#233;ciales, t'es isol&#233;, tu n'as pas les m&#234;mes gr&#226;ces, tu as sans cesse des transferts disciplinaires. La mesure DPS est tr&#232;s dure &#224; enlever. J'ai fait toutes les centrales de France ; chaque fois, vir&#233; au bout d'un an. Je les ai tra&#238;n&#233;es sur moi, ces tentatives d'&#233;vasion, pendant vingt-cinq ans. J'&#233;tais consid&#233;r&#233; comme dangereux &#224; cause de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette fois-l&#224; aussi, tu fais rentrer du mat&#233;riel ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rebelote. Mais pour le mat&#233;riel, un rat ne suffisait pas. J'avais d&#233;cid&#233; de rentrer le mat&#233;riel petit &#224; petit au t&#233;l&#233;ph&#233;rique : c'est un fil qui sort de la cellule, qui tire un autre fil qui va jusqu'&#224; la rue. Quelqu'un l&#224;-bas, dans l'angle mort, vous attache des choses au bout que vous pouvez tirer. Je ne m'&#233;tais pas priv&#233; : une corde d'alpiniste, une matraque t&#233;lescopique... J'avais ramen&#233; des lames de scie. Au lieu de travailler sur plusieurs jours, en cinq minutes, c'est coup&#233;. C'&#233;tait quand m&#234;me un dr&#244;le d'avantage. J'avais rentr&#233; six kilos de mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#234;tre discret avec le mat&#233;riel, &#224; cause des fouilles permanentes. Pendant la promenade, ils passent la cellule au peigne fin. J'avais de la chance, le bureau du surveillant &#233;tait juste &#224; c&#244;t&#233; de la mienne. Comme il avait un beau petit plancher, qu'il aimait bien avoir propre, des auxis venaient le lui cirer r&#233;guli&#232;rement. Les auxis, ce sont des d&#233;tenus comme nous. Ils ont &#233;t&#233; sympas, ils ont d&#233;latt&#233; les planches et planqu&#233; le mat&#233;riel en dessous. C'est-&#224;-dire que le brave homme, ce qu'il cherchait &#233;tait sous ses pieds. &#192; chaque fois qu'il venait fouiller mes affaires, je rigolais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma cellule n'&#233;tait pas orient&#233;e de mani&#232;re &#224; pouvoir s'&#233;vader, mais un camarade m'a dit : &#171; Tu pars pour gros, et moi j'ai envie de partir aussi. Ma cellule est bien plac&#233;e, fais la demande pour venir. &#187; Et c'est l&#224; que j'ai d&#233;cid&#233; d'essayer de m'&#233;vader depuis sa cellule. Il a tout bien pr&#233;par&#233; en coupant les barreaux. Il ne partait pas sur une grosse peine, il n'avait pas besoin de &#231;a, il l'a vraiment fait par amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris un surveillant en otage pour me faire ouvrir la cellule en question. Je lui ai mis un couteau sous la gorge. En v&#233;rit&#233;, s'il avait cri&#233; au secours, je n'avais qu'&#224; jeter la lame. Je n'avais aucune intention de lui faire du mal. Avec ses cl&#233;s, j'ai fait ouvrir les portes de tout le couloir et je l'ai mis dans la cellule la plus tranquille. Je suis all&#233; dans celle du copain et j'ai saut&#233; par la fen&#234;tre avec la corde d'alpiniste. J'ai fait le coyote, quoi. C'est toujours une histoire de pieds nickel&#233;s, faut pas trop le prendre au s&#233;rieux. Mais l&#224;, je suis tomb&#233; sur ce pic m&#233;tallique qui m'a travers&#233; de part en part. &#199;a a &#233;t&#233; bizarre, mais c'&#233;tait une r&#233;alit&#233; qu'il fallait que je vive &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que tu as regrett&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais de la vie. Aujourd'hui, je ne le ferais pas, mais &#224; l'&#233;poque, je pense que si je ne l'avais pas fait, &#231;a aurait &#233;t&#233; pire encore. L&#224;-bas, on meurt &#224; petit feu. Ceux qui &#233;taient avec moi se disaient : &#171; Avec Larbi, on va pouvoir le passer, ce mur. &#187; M&#234;me s'ils ne s'&#233;vadent pas, les gars veulent voir la fin de la partie, &#231;a les amuse. Il y en a m&#234;me qui me disaient :&#171; Larbi, regarde-moi, demain je vais m'&#233;vader. &#187; Et on voyait les &#233;clop&#233;s revenir avec les surveillants. C'&#233;tait rien du tout, les tentatives, des trucs de filochards, une jolie mani&#232;re de jouer au gendarme et au voleur. On est tous des grands enfants quand on est dedans. Je suis rentr&#233; l&#224;-bas &#224; 21 ans, j'en suis sorti &#224; 27. J'y suis retourn&#233; un an apr&#232;s pour vingt-cinq ans. Entre mes 21 et mes 55 ans, je suis rest&#233; un an dehors. Un an...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et apr&#232;s cette deuxi&#232;me tentative d'&#233;vasion, tu as de nouveau essay&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. En 1992, il y a eu le d&#233;c&#232;s de ma m&#232;re. Je n'imaginais pas le monde sans elle. Elle n'avait que 20 ans quand je suis n&#233;. Le jour de sa mort, mes fr&#232;res et s&#339;urs &#233;taient petites. J'ai compris que je ne m'&#233;vaderais plus. M'&#233;vader pourquoi ? Pour me cacher ? Et je ne pourrai plus m'occuper de mes fr&#232;res et de mes s&#339;urs. Je n'avais plus de rep&#232;res d'adulte. Mon fr&#232;re me demandait des conseils pour la famille, le loyer &#224; payer... J'&#233;tais devenu chef de famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis je n'avais plus envie. M&#234;me s'il y en a eu, des pr&#233;parations, des tentatives. Mais tous mes copains savaient. Ils me demandaient : &#171; Larbi, &#231;a t'int&#233;resse ? &#8212; Non. &#8212; Mais tu veux vraiment pas t'&#233;vader ? &#8212; Non. C'est fini, les fr&#232;res. &#187; Je n'avais plus le virus. Il faut croire &#224; ce que tu fais et moi, m&#234;me si la porte s'&#233;tait ouverte devant moi, je ne l'aurais pas pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour &#231;a que mon rapport &#224; l'&#233;vasion, je crois qu'il n'est pas le m&#234;me que pour celui qui veut vraiment passer le mur et ne jamais revenir. Je passais le mur comme un polisson qui essaie, mais qui n'y croit pas au fond de lui-m&#234;me. C'est personnel : j'ai toujours ressenti ma tentative comme une tentative. Jamais vraiment comme quelque chose de concret, comme on voit dans les films ou les romans. Je n'ai jamais &#233;t&#233; r&#234;veur, je crois. Quand j'essayais, c'&#233;tait agir pour ne pas r&#233;fl&#233;chir. Quand les gens parlent d'&#233;vasion, ils ne font pas forc&#233;ment le rapport entre la tentative d'&#233;vasion et l'&#233;vasion elle-m&#234;me. C'est tr&#232;s important. Un &#233;vad&#233;, c'est quelqu'un qui a franchi le mur, la ligne d'arriv&#233;e. Certains se sont &#233;vad&#233;s, ils sont rest&#233;s une heure dehors, un jour, deux jours, trois jours, un mois... Tr&#232;s peu ont battu les records, mais au moins ils peuvent dire qu'ils l'ont fait. Tandis que moi, j'&#233;tais d'un c&#244;t&#233; du mur, je ne suis pas pass&#233; de l'autre c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les d&#233;tenus auxiliaires travaillent dans la prison. Ils apportent les achats, les bouquins, les cantines.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce sont des n&#339;uds en forme de huit &#224; l'envers qui permettent de r&#233;cup&#233;rer la corde quand on descend les parois en rappel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y a deux types d'isolement en d&#233;tention, l'isolement administratif, qui peut &#234;tre d&#233;cid&#233; par l'administration p&#233;nitentiaire (AP), et l'isolement judiciaire qui ne peut &#234;tre d&#233;cid&#233; que par un&#183;e magistrat&#183;e, g&#233;n&#233;ralement l'instructeur ou l'instructrice. Lors d'un isolement administratif, il n'y a pas de contact avec les autres d&#233;tenus, mais l'AP laisse la possibilit&#233; de n&#233;gocier des arrangements. Avec l'isolement judiciaire, l'AP n'a plus la main. Elle ouvre une porte pour donner &#224; manger et la referme ensuite. Seul&#183;e un&#183;e procureur&#183;e peut le lever.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ric a eu de graves probl&#232;mes dentaires lorsqu'il se trouvait &#224; l'isolement, qui n'ont pas &#233;t&#233; pris en charge par l'AP.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;f&#233;rence &#224; Andr&#233;, dont l'entretien suit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La confusion des peines permet &#224; un&#183;e auteur&#183;e de plusieurs infractions de b&#233;n&#233;ficier du non-cumul des peines de m&#234;me nature. Dans ce cas, il ou elle n'ex&#233;cutera, qu'une seule peine, &#224; savoir la plus longue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le centre de d&#233;tention de Muret en Occitanie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Prison de Lyon, d&#233;saffect&#233;e en 2009, et depuis reconvertie en campus universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Une &#233;tait la premi&#232;re cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cet article est initialement paru en 2018, dans le cinqui&#232;me num&#233;ro de la revue Jef Klak, &#171; Course &#224; pied &#187; (&lt;i&gt;contact@@@jefklak.org&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/Longues_peines_SiteJK_a5-28p-cahier-2020.pdf" length="1337544" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://test.infokiosques.net/IMG/pdf/Longues_peines_SiteJK_a5-28p-fil-2020.pdf" length="1394078" type="application/pdf" />
		

	</item>



</channel>

</rss>
